Portrait d’un successeur discret devenu figure centrale
Naim Qassem – ou Naim Kassem – est né en 1953 à Ghobeiry, dans la banlieue sud de Beyrouth, fief chiite marqué par les bouleversements de la guerre civile et les tensions communautaires. Issu d’une famille modeste, il suit des études religieuses à l’Université islamique de Beyrouth avant de se rapprocher des cercles militants chiites des années 1970, influencés par le mouvement Amal et la montée des idées khomeynistes venues d’Iran. La révolution islamique de 1979 et l’invasion israélienne de 1982 scellent son engagement : il est l’un des cofondateurs du Hezbollah, formé avec le soutien des Gardiens de la révolution iraniens.
Dès ses débuts, Kassem se distingue par sa capacité à articuler le discours religieux et l’action politique. En 1989, il devient secrétaire général adjoint du mouvement, un poste qu’il occupera sans interruption pendant 36 ans. À ce titre, il supervise la structuration interne du Hezbollah, la formation idéologique des nouvelles recrues et la coordination entre les branches militaire, politique et sociale. Ses mémoires publiées en 2004, Hezbollah : la voie et l’expérience, constituent une référence doctrinale interne.
Un style de commandement prudent mais ferme
En mars 2025, Hassan Nasrallah annonce son retrait pour raisons de santé, ouvrant la voie à l’accession de Naim Kassem au poste de secrétaire général. Si la transition se fait sans heurts apparents, elle intervient dans un contexte stratégique délicat : pressions croissantes des États-Unis et de la France sur le Liban pour réduire la prolifération d’armes illégales, et lancement du plan Horsiyate el Silah par le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam.
Kassem se démarque par un style moins flamboyant que Nasrallah, mais plus méthodique. Il intensifie les réunions hebdomadaires avec le conseil militaire du Hezbollah, renforce les cellules de renseignement interne et multiplie les canaux de communication avec les acteurs politiques libanais, y compris en dehors du camp chiite. S’il conserve l’arsenal militaire intact, il évite les discours trop provocateurs, préférant insister sur la légitimité de la « résistance » face à Israël.
Position officielle sur le plan Horsiyate el Silah
Dès le 15 mars 2025, deux jours après la présentation officielle du plan, Naim Kassem déclare : « Nous soutenons tout effort visant à renforcer la sécurité de notre pays, mais les armes de la résistance ne sont pas négociables tant que l’ennemi occupe nos terres et menace notre souveraineté. » Ce message, repris lors d’un discours à Baalbek le 22 avril, fixe les limites de la coopération du Hezbollah : soutien tacite aux opérations visant les groupes armés hors de son orbite, mais refus catégorique d’intégrer ses propres unités dans le processus de désarmement.
Dans ses échanges avec des émissaires français et qatariens en mai 2025, Kassem insiste sur trois points :
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- Les armes du Hezbollah sont un élément de dissuasion stratégique contre Israël.
- Toute tentative de désarmement unilatéral provoquerait une crise politique majeure.
- Le Hezbollah ne s’opposera pas aux opérations dans des zones où il n’a pas d’implantation militaire directe.
Un équilibre calculé avec l’État libanais
La stratégie de Kassem repose sur une coopération sélective. Dans le Sud-Liban, où la présence du Hezbollah est la plus dense, l’armée libanaise limite ses patrouilles aux zones tampon prévues par la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU. En revanche, dans la plaine de la Békaa ou dans certains quartiers de Tripoli, le Hezbollah laisse les forces de sécurité agir librement contre d’autres groupes armés.
Ce calcul répond à plusieurs impératifs : éviter un affrontement direct avec l’État, maintenir la capacité opérationnelle intacte, et préserver l’image interne d’un mouvement centré sur la lutte contre Israël et non sur des conflits internes.
Réactions internes et divergences
En interne, la ligne de Kassem n’est pas unanimement acceptée. Certains commandants intermédiaires, notamment dans la Békaa, estiment que cette posture donne trop de latitude à l’État et pourrait ouvrir la voie à un encerclement progressif. D’autres, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth, soutiennent cette stratégie, considérant qu’elle protège le Hezbollah d’une confrontation prématurée avec la communauté internationale.
Le bureau politique du mouvement, réuni à Haret Hreik en juin 2025, a validé la ligne de Kassem par 12 voix sur 15, mais a demandé une vigilance accrue sur les zones frontalières et les dépôts d’armes stratégiques.
Réactions régionales et internationales
L’Iran, principal soutien militaire et financier du Hezbollah, approuve la prudence tactique de Kassem. Téhéran considère que cette approche permet de préserver les capacités tout en évitant une escalade qui détournerait l’attention de la scène régionale, notamment en Syrie et à Gaza.
À l’inverse, Israël interprète cette position comme une confirmation de la pérennité de la menace. Le ministre israélien de la Défense a déclaré le 10 mai 2025 que « tant que le Hezbollah conservera ses missiles, aucune stabilité durable ne sera possible au Liban ». Les États-Unis et la France, tout en saluant l’absence d’hostilité ouverte, continuent de considérer le Hezbollah comme l’obstacle principal à un désarmement complet.
Encadré chiffré : Capacités estimées du Hezbollah en 2025
- Effectifs permanents : 25 000 combattants
- Réservistes mobilisables : 20 000
- Armes légères : 70 000 unités
- Missiles/roquettes : 120 000 à 150 000
- Drones tactiques : environ 400
- Budget annuel : 700 M USD (dont 70 % d’origine extérieure)
Les leviers de Kassem
Kassem conserve des atouts majeurs : contrôle territorial dans des zones clés, soutien populaire dans les bastions chiites, réseaux économiques internes (coopératives, cliniques, écoles) et appuis régionaux solides. Il exploite aussi le contexte politique libanais, marqué par la nécessité pour l’État de ménager toutes les forces armées non étatiques afin d’éviter l’embrasement.
Le 18 juillet 2025, un accord tacite entre l’armée libanaise et le Hezbollah a permis le passage d’un convoi de blindés vers le Sud sans inspection, illustrant ce compromis pragmatique.
Un statu quo fragile
Malgré la prudence affichée, la marge de manœuvre de Kassem pourrait se réduire si la deuxième phase de Horsiyate el Silah, prévue pour novembre 2025, élargit le périmètre des opérations aux zones limitrophes des bastions du Hezbollah. Les pressions américaines et françaises pour inclure l’ensemble des armes illégales dans le processus sont croissantes, et un refus catégorique pourrait entraîner un gel de certaines aides internationales au Liban.
Fait final
Le 3 août 2025, lors d’une patrouille conjointe de la FINUL et de l’armée libanaise à Kfar Kila, des observateurs ont noté la présence à distance de combattants armés en tenue civile, identifiés par des sources locales comme appartenant au Hezbollah. Aucun contact n’a eu lieu, et les deux forces officielles ont poursuivi leur inspection, mais la scène a illustré de manière concrète la cohabitation tendue entre le plan de désarmement et la réalité du terrain.



