La mèche: un choc de change qui met le feu aux marchés
La vague actuelle naît d’un choc monétaire. La hausse brutale du dollar sur le marché parallèle provoque une rupture immédiate. Les prix suivent. La colère aussi. Les premiers arrêts d’activité partent de lieux précis, notamment des zones de commerce.
Le mouvement démarre par une grève dans le grand commerce de la capitale. Des commerçants ferment. Ils stoppent les ventes. Cette fermeture devient un signal. Ensuite, l’arrêt s’étend. Il touche d’autres marchés à Téhéran. Puis il se propage vers des villes et des quartiers.
Les chiffres du change servent de repère à cette colère. Des éléments citent un niveau du dollar autour de 1,4 à 1,5 million de rials au début de 2026 sur le marché parallèle. Cela est présenté comme un record. Cette donnée n’est pas abstraite. Elle se traduit en panier alimentaire. Elle se traduit aussi en coût d’importation.
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Le recul du rial est relié aux sanctions rétablies en 2018. Il est aussi relié à l’épuisement des ressources en devises. Dans les documents, l’idée est simple. Quand la monnaie tombe, la vie quotidienne bascule.
Le passage de la grève à la rue: quand la contestation change de forme
Le mouvement ne reste pas dans les boutiques. Il sort. Il devient nocturne. Il devient diffus. Des récits décrivent une montée des protestations du soir, qui s’étendent à des quartiers centraux de la capitale. Elles gagnent aussi de grandes villes.
Le caractère nocturne a un effet particulier. Il rend la contestation plus difficile à contenir. Il rend aussi les images plus fortes. Les rassemblements sont rapides. Les dispersions le sont aussi. Les participants se retrouvent ensuite ailleurs.
Cette dynamique est décrite comme spontanée et sans centre unique. Un acteur cité insiste sur l’absence de chef de terrain unique. Il décrit des tactiques de regroupement par points multiples. Il décrit aussi une volonté de réduire le risque de répression en évitant les rassemblements longs.
Le mouvement franchit une limite symbolique. Il atteint des zones considérées comme plus proches du pouvoir religieux. Ce déplacement géographique est présenté comme un changement d’humeur. Il signale que la peur recule.
Deux récits qui s’affrontent: protestation sociale ou défi politique
Les documents décrivent une bataille immédiate sur l’interprétation. Une première lecture présente les protestations comme d’abord économiques. Elle insiste sur la récession. Elle insiste aussi sur l’inflation et sur le coût de la vie. Dans cette lecture, si le pouvoir répond aux demandes matérielles, le calme peut revenir.
Une seconde lecture, portée par les autorités, décrit un basculement. Elle affirme que les slogans sociaux ont pris une dimension politique. Elle évoque des slogans hostiles au guide suprême. Elle évoque aussi des appels favorables à Reza Pahlavi. Dans cette version, le mouvement n’est plus une plainte. Il devient une tentative de renversement.
Ces deux récits ne sont pas seulement des discours. Ils orientent la réponse sécuritaire. Si la protestation est sociale, l’exécutif peut promettre des mesures économiques. Si elle est subversive, l’appareil de sécurité durcit. C’est ce qui apparaît dans les éléments rapportés.
Le guide suprême est cité comme ayant appelé, dans un discours daté du 3 janvier, à une fermeté contre les protestataires. Ce repère sert à situer le moment où la logique sécuritaire prend le dessus.
La racine économique: inflation, importations et fatigue de la pénurie
La crise du change est décrite comme une étincelle, pas comme la cause unique. Les textes lient la colère à une accumulation. Ils évoquent une mauvaise gouvernance sur la durée. Ils évoquent aussi un modèle qui produit de la pénurie et une hausse continue des prix.
Le mécanisme est présenté de manière directe. L’économie dépend de certaines importations. Elle dépend de produits de base. Elle dépend aussi d’intrants de production. Quand le rial perd de la valeur, l’importation coûte plus cher. Les commerçants relèvent les prix. Les ménages perdent du pouvoir d’achat.
Une autre pression est mentionnée. Cinq années de sécheresse ont, selon les éléments rapportés, affecté la production locale. Cela augmente la dépendance aux importations. Cela augmente aussi le coût d’une crise de change.
Ainsi, le choc monétaire devient un choc alimentaire. Ensuite, il devient un choc social. Enfin, il devient une crise politique. Les documents décrivent précisément ce passage, du marché vers la rue, puis vers les slogans.
La réforme de soutien: sept dollars comme symbole d’humiliation
Le pouvoir tente de répondre. Une nouvelle politique de soutien est décrite comme très risquée. Elle repose sur un versement mensuel d’environ sept dollars par citoyen, destiné à acheter des produits de base dans des magasins sélectionnés. L’objectif annoncé est de changer un système de taux préférentiels qui favorisait des importateurs.
Mais la réception est violente. Des passages décrivent une moquerie et une colère, au motif que ce montant ne couvrirait même pas des achats simples. La mesure est vécue comme une insulte plus que comme une aide. Elle est aussi critiquée pour une raison technique. Elle injecte de la liquidité sans réforme structurelle, ce qui peut nourrir l’inflation au lieu de la calmer.
La réforme produit aussi un effet immédiat sur certains prix. Des éléments rapportent une hausse notable de produits de base, comme l’huile et les œufs, depuis l’annonce du plan. Cette hausse détruit l’effet psychologique de l’aide. Elle donne l’impression d’un pouvoir qui compense d’une main et reprend de l’autre.
Le président Masoud Pezeshkian est rapporté comme mettant en garde contre la hausse des prix et l’accaparement. Il appelle à une surveillance des prix. Il insiste aussi sur la distribution suffisante pour éviter une sensation de pénurie. Cette réponse est d’abord administrative. Or la crise est déjà devenue politique.
La place du bazar: un lieu économique qui devient scène politique
Les récits insistent sur le rôle du commerce comme déclencheur. Le bazar n’est pas décrit comme un simple marché. Il est décrit comme un baromètre. Lorsqu’il ferme, le mouvement gagne en visibilité. Il gagne aussi en légitimité sociale, car il touche le cœur de l’activité urbaine.
Le bazar sert aussi à casser des barrières. Il permet de parler en termes de prix et de survie. Ensuite, les slogans peuvent changer. C’est une trajectoire décrite dans les documents. Les revendications économiques peuvent ouvrir la voie à des slogans politiques quand la réponse est jugée méprisante.
Cette bascule est présentée comme rapide. Elle est aussi présentée comme difficile à inverser. Une fois que le mouvement se pense comme un défi, la concession économique devient insuffisante.
La réponse sécuritaire: gaz lacrymogène, tirs et peur qui recule
Les documents décrivent un durcissement progressif. Avec l’extension des protestations, les forces de sécurité recourent à la force. Des vidéos circulent, selon les récits, montrant des confrontations et l’usage de gaz lacrymogène pour disperser.
Un témoignage cité décrit des méthodes de répression très dures. Il évoque des tirs. Il évoque aussi le ciblage des visages et des yeux pour créer des handicaps permanents. Ces éléments sont présentés comme une raison de l’adaptation tactique des manifestants, qui se dispersent vite et se reconstituent ailleurs.
Dans ce contexte, un détail ressort comme un tournant psychologique. Un passage affirme que, pour la première fois depuis des années, la peur elle-même commence à reculer. Ce recul est présenté comme la condition d’une extension vers des zones auparavant plus calmes.
Le pouvoir répond aussi par le langage judiciaire. Des avertissements sont rapportés, avec une promesse de ne pas faire preuve de la moindre indulgence face à ce que les autorités appellent des troubles. Cette menace vise à décourager. Elle peut aussi pousser à la radicalisation si elle est vécue comme une fermeture totale.
La bataille des mots: “protestation”, “émeute” et “sabotage”
Les textes rapportent une ligne de communication du pouvoir et de médias proches de l’appareil sécuritaire. Ils décrivent les événements comme des émeutes. Ils insistent sur l’idée d’une atteinte aux moyens de subsistance. Ils parlent de fermeture forcée de magasins, imposée par des groupes.
Cette ligne a un objectif. Elle cherche à séparer les commerçants ordinaires des protestataires. Elle cherche aussi à justifier une réponse musclée au nom de l’ordre public. Elle permet enfin de réduire la légitimité sociale du mouvement en le présentant comme destructeur.
En face, le récit d’acteurs de la contestation insiste sur l’absence de direction unique. Il insiste aussi sur le caractère cumulatif de la crise économique. Il décrit des citoyens qui veulent d’abord une vie supportable. Puis, quand ils se sentent méprisés, ils glissent vers une contestation plus large.
Cette bataille des mots est essentielle, car elle détermine les alliances. Si le mouvement est perçu comme social, il peut attirer des groupes prudents. S’il est perçu comme un chaos, il peut les éloigner.
Le facteur politique: le nom de Reza Pahlavi et l’ombre d’un “après”
Des éléments rapportent des appels publics de Reza Pahlavi à intensifier les mobilisations et les slogans nocturnes. D’autres passages indiquent que certains manifestants le voient comme une figure symbolique d’une phase de transition, plus que comme un chef opérationnel. Cela renforce l’idée d’un mouvement sans centre. Mais cela donne aussi un imaginaire d’après-crise.
Ce point est important pour le pouvoir. Il nourrit la thèse d’un complot politique. Il nourrit aussi l’idée que les protestations sont manipulées. Or les documents montrent que l’accusation d’ingérence extérieure est un réflexe déjà ancien, réactivé face à la rue.
Dans le même temps, des textes soulignent une nuance interne. Une partie du pouvoir reconnaît l’existence de causes économiques à la colère. Il est même question d’un débat au sein de l’autorité sur la manière de traiter la crise. Ce type de fissure n’est pas une rupture. Mais il signale un stress.
La géographie des protestations: extension, mais limites par rapport à 2022
Les protestations sont décrites comme entrant dans leur douzième jour. Elles commencent le 28 décembre par une grève de commerçants. Elles s’étendent ensuite. Les textes indiquent une concentration dans l’ouest du pays, là où vivent davantage de minorités kurdes et lor.
Mais les documents posent aussi une comparaison. Ils précisent que l’ampleur n’atteint pas encore celle des mobilisations de fin 2022. Elle n’atteint pas non plus, selon la même comparaison, des pics historiques comme 2009 ou 2019. Cette précision vise à calibrer. Elle indique que la crise est sérieuse. Elle n’est pas encore maximale.
Ce calibrage ne rassure pas forcément le pouvoir. Une protestation moyenne peut devenir grande si la réponse est brutale. Elle peut aussi grandir si l’économie continue de se détériorer. Or les documents décrivent une crise structurelle. Ils ne décrivent pas un accident qui se résorbe vite.
La variable extérieure: sanctions, menaces et opportunisme des adversaires
Les sanctions sont décrites comme un facteur de fond. Elles pèsent sur les devises. Elles pèsent sur l’importation. Elles pèsent sur les prix. Elles constituent donc un moteur indirect des protestations.
Une autre variable extérieure apparaît dans les récits. Il est fait état de menaces attribuées au président américain Donald Trump, menaçant d’intervenir si les autorités tuent des manifestants. Dans l’espace iranien, ce type de menace peut produire deux effets opposés. Il peut encourager certains. Il peut aussi permettre au pouvoir de renforcer l’accusation d’ingérence.
Des éléments rapportent aussi des propos d’un responsable israélien espérant une extension des troubles, tout en avertissant contre des attentes irréalistes. Cette posture décrit un opportunisme. Elle confirme aussi que la crise interne est observée comme un levier géopolitique.
Ce regard extérieur nourrit le discours officiel iranien sur un complot. Mais il ne répond pas à la question de base. Les prix montent. La monnaie chute. Les ménages encaissent.
Quand l’économie casse la politique: la rue comme tribunal de compétence
Les documents reviennent à une idée constante. Le choc monétaire déclenche. Mais la cause profonde est une accumulation d’échecs de gestion. Le mouvement devient alors un tribunal. Il juge la compétence. Il juge aussi la volonté de réforme.
Le pouvoir répond par des “pansements”, selon les mots rapportés dans les analyses. Il surveille les prix. Il promet de lutter contre l’accaparement. Il crée une aide mensuelle faible. Or ces réponses ne suffisent pas si la monnaie continue de perdre sa valeur.
Dans les récits, c’est là que l’économie casse la politique. Une fois que l’État ne protège plus le pouvoir d’achat, il perd un pacte implicite. Ensuite, il ne lui reste que la coercition. Or la coercition est coûteuse. Elle brise l’image. Elle peut aussi élargir le mouvement, surtout si la peur recule.



