Images calmes à l’écran, villes majeures hors champ
Le dimanche matin, des reporters de la télévision officielle iranienne apparaissent dans les rues de plusieurs villes présentées comme calmes. Les images sont montrées avec un horodatage à l’écran. Pourtant, les séquences ne couvrent pas deux villes symboliques du pays, Téhéran et Machhad, alors même que les protestations ont commencé et se sont propagées.
Ce choix visuel n’est pas anodin. Il construit une impression de reprise en main. Il suggère une normalité retrouvée. Il réduit aussi l’espace pour les images concurrentes. Dans le même temps, le fait d’écarter la capitale et une grande ville religieuse alimente une autre lecture. Celle d’un récit qui sélectionne ses décors. Celle d’un récit qui veut prouver le calme, mais qui évite les lieux les plus surveillés.
Accusations d’ingérence et vocabulaire de sécurité intérieure
Depuis le début des protestations, les autorités iraniennes accusent les États-Unis et Israël d’attiser les troubles. Le vocabulaire rapporté durcit la qualification. Des responsables parlent de “fauteurs de troubles”. Ils parlent aussi de “terroristes”. Ils évoquent des opérations organisées visant la sécurité intérieure.
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Le message vise deux cibles. La première est intérieure. Il s’agit de délégitimer les manifestations en les rattachant à un ennemi extérieur. La seconde est extérieure. Il s’agit d’annoncer que toute pression internationale sera présentée comme une hostilité directe, pas comme un débat sur les droits ou l’économie.
Dans la même logique, le ministre iranien de l’Intérieur affirme que les actes de sabotage seraient en recul. Il décrit une situation sécuritaire désormais stable. Il attribue cette stabilisation aux efforts des services concernés, notamment les forces de maintien de l’ordre.
Ces phrases complètent la mise en scène des images “calmes”. Elles donnent une explication. Elles proposent une conclusion. La crise serait en train de se refermer. La force publique serait en train de reprendre le contrôle. La ligne officielle se fixe donc sur une double preuve, l’image et l’autorité.
“Le droit de protester”, mais pas le droit de “détruire”
Un autre discours apparaît dans la même séquence. Un responsable iranien affirme que la protestation est un droit. Il ajoute toutefois une limite nette. Il refuse que des fauteurs de troubles puissent “détruire la société”. Il affirme aussi que des ennemis auraient amené des éléments qualifiés de terroristes, accusés d’avoir incendié des mosquées et attaqué des banques et des biens publics.
Cette formulation a une fonction précise. Elle sépare les manifestants en deux catégories. D’un côté, des citoyens dont la colère serait audible. De l’autre, des groupes présentés comme criminels ou instrumentalisés. Cette séparation est un outil politique classique. Elle permet d’annoncer une écoute économique, tout en justifiant une réponse sécuritaire dure.
Dans le même passage, il est rapporté que le pouvoir se dit prêt à entendre les revendications et à traiter les problèmes économiques qui ont déclenché les protestations.
Le cœur du message est donc une équation. Reconnaître un malaise économique. Refuser de reconnaître un conflit politique. Ouvrir une porte sur les demandes de la population. Fermer la porte sur la contestation du régime.
Vidéos nocturnes à Téhéran: la concurrence des images
En parallèle, des militants diffusent sur les réseaux sociaux des vidéos montrant des rassemblements nocturnes dans des quartiers de Téhéran. Les images mentionnées montrent des slogans, des bruits d’objets métalliques, et des téléphones allumés agités dans la nuit. Un quartier est cité.
Cette circulation d’images crée une rivalité directe avec la mise en scène officielle. Le jour, le récit d’État montre des rues calmes dans des villes choisies. La nuit, des images militantes ramènent la capitale au centre. Elles montrent une agitation, même localisée. Elles montrent surtout que l’espace numérique reste un champ de bataille.
Le pouvoir se retrouve donc entre deux contraintes. Il veut montrer l’ordre. Il veut aussi prouver qu’il n’est pas coupé de la réalité sociale. D’où le discours sur l’économie. Mais la diffusion d’images nocturnes affaiblit la démonstration de “retour au calme”. Elle suggère une crise qui respire encore.
Washington et Tel-Aviv discutent des scénarios, et Israël “hausse la garde”
Au même moment, un autre niveau se met en place. Les informations publiées le 12 janvier 2026 évoquent une discussion entre Washington et Tel-Aviv sur des scénarios liés aux protestations iraniennes. Elles évoquent aussi une montée des avertissements américains envers Téhéran, sur fond de réponse sécuritaire jugée très dure.
Dans la même séquence, il est indiqué qu’Israël relève son niveau de préparation en prévision d’éventuelles évolutions régionales.
Ces éléments déplacent la crise iranienne. Elle n’est plus seulement un dossier intérieur. Elle devient un dossier d’anticipation stratégique. Le simple fait de “discuter des scénarios” change l’atmosphère. Cela installe l’idée que la suite peut toucher la région. Cela installe aussi l’idée que les capitales se préparent à des répercussions, même si aucune action n’est annoncée.
Le soutien public d’Israël aux manifestants: une phrase qui pèse
Dans le même contexte, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, déclare soutenir ce qu’il décrit comme la lutte du peuple iranien pour la liberté.
Cette prise de position a un effet immédiat dans la bataille des récits. Elle offre au pouvoir iranien une preuve rhétorique. Téhéran accuse une ingérence. Téhéran accuse Israël. Une déclaration publique de ce type permet d’alimenter la thèse d’un complot extérieur.
Dans le même temps, cette déclaration vise aussi une audience internationale. Elle permet à Israël de se placer du côté d’un discours de droits et de liberté. Elle transforme une crise intérieure iranienne en argument diplomatique. Elle rend aussi plus complexe la position des autres acteurs, qui peuvent craindre que la crise soit instrumentalisée.
Deux récits qui s’affrontent, et un troisième qui s’installe: celui du risque régional
On voit alors trois récits qui coexistent.
Le premier est le récit officiel iranien. Il met en avant le calme. Il parle de sabotage en recul. Il parle de sécurité stabilisée. Il accuse les États-Unis et Israël d’attiser les troubles. Il qualifie une partie des acteurs de terroristes ou de fauteurs de troubles organisés.
Le deuxième est le récit des opposants et des militants. Il s’appuie sur des vidéos et sur des images de rassemblements, y compris dans la capitale. Il vise à prouver la continuité de la contestation.
Le troisième récit vient de l’extérieur. Il parle de scénarios. Il parle de préparation. Il parle de discussions bilatérales. Il ajoute la dimension régionale, même sans annoncer d’intervention.
La superposition de ces trois récits est un signe. Elle montre que la crise ne se limite pas à l’ordre public. Elle touche la diplomatie. Elle touche la sécurité. Elle touche aussi la communication stratégique.
L’économie comme déclencheur reconnu, et comme limite du discours officiel
Un point reste central dans la manière dont le pouvoir encadre les protestations. Il admet un fond économique. Il promet d’écouter. Il promet de traiter les causes économiques.
Cette reconnaissance est utile au pouvoir. Elle permet de dire que la contestation a des racines matérielles. Elle permet aussi d’éviter de traiter la contestation comme un rejet politique direct.
Mais cette reconnaissance a une limite. Dès que l’économie est citée, la question devient celle des résultats. Or un pouvoir qui promet d’écouter doit ensuite prouver qu’il agit. Dans le cas contraire, le discours se retourne. Il devient une promesse vide. Il devient aussi un aveu.
C’est ici que la concurrence des images compte. Les images officielles de calme veulent prouver que l’ordre revient. Les vidéos nocturnes veulent prouver que la colère reste. Entre les deux, la promesse économique devient le champ où le pouvoir est attendu.
Ce que l’on peut affirmer sans spéculer: trois questions qui restent ouvertes
La première question est celle du contrôle réel du terrain. Les autorités affirment une stabilisation. Des images militantes suggèrent une agitation qui persiste dans la capitale. Ces deux éléments peuvent coexister. Ils peuvent aussi se contredire selon les quartiers et les jours.
La deuxième question est celle de la montée des signaux extérieurs. La discussion Washington–Tel-Aviv et la hausse de préparation israélienne indiquent une anticipation. Elle peut rester une anticipation. Elle peut aussi devenir un élément de pression.
La troisième question est celle de la bataille de légitimité. Plus Israël s’exprime en soutien aux manifestants, plus le pouvoir iranien peut présenter la contestation comme une ingérence. Plus le pouvoir iranien insiste sur l’ingérence, plus il justifie une réponse de sécurité.
Ces trois questions forment une même ligne. La crise iranienne est observée comme un fait intérieur. Elle est aussi traitée comme un risque régional. Et, dans cette semaine-là, c’est précisément ce passage d’un niveau à l’autre qui transforme l’Iran en dossier mondial.



