Les services de sécurité israéliens ont annoncé, ce mardi 10 février 2026, avoir déjoué un réseau terroriste opérant en Cisjordanie occupée, dirigé par des operatives basés au Liban et liés au Hamas et au Hezbollah. Cette opération, menée par le Shin Bet, a conduit à l’arrestation et à l’inculpation de cinq suspects palestiniens impliqués dans des préparatifs d’attaques contre des cibles israéliennes. L’affaire met en lumière les tentatives persistantes de groupes armés libanais d’infiltrer et d’activer des cellules en Cisjordanie, dans un contexte de tensions régionales accrues le long de la frontière israélo-libanaise.
Une cellule recrutée via des voyages au Liban
Selon les détails révélés par le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, les operatives libanais Mujahed Dahsha et Moussa Abou Seif ont dirigé les activités de la cellule depuis le Liban. Ces individus ont ordonné aux membres de photographier une localité dans la région de Samarie, en Cisjordanie, et de mener des exercices de tir en vue d’un attentat planifié. Le Shin Bet a indiqué que l’un des suspects principaux, Mohammad Sadaqa, originaire du village d’Anza en Cisjordanie, a été arrêté en octobre 2025 pour suspicion de préparation d’une attaque terroriste.
Les interrogatoires ont révélé que Sadaqa s’était rendu au Liban, où il a été recruté par Moussa Abou Seif, surnommé Jibril, dans le but d’organiser des attaques en Judée et en Samarie – termes utilisés par Israël pour désigner la Cisjordanie – et de recruter d’autres membres pour former des cellules opérationnelles. À son retour en Cisjordanie via la Jordanie, Sadaqa a enrôlé plusieurs individus, dont Mohammad Khalil, résident de Ramallah, et Mohammad Barahmeh, également d’Anza. Ces deux derniers ont été arrêtés et interrogés par le Shin Bet. Jusqu’à son arrestation, Sadaqa maintenait des contacts avec le groupe libanais via les réseaux sociaux et une application de jeux vidéo, facilitant ainsi les instructions et la coordination à distance.
Des liens avec une seconde cellule démantelée
Parallèlement, une autre cellule activée par les mêmes operatives libanais a été découverte. Deux résidents du village de Tel, en Samarie, Diaa al-Din Hamad et Nasser Asida, tous deux âgés d’une vingtaine d’années, ont été arrêtés et transférés au Shin Bet pour interrogatoire. Les enquêtes ont montré que ces suspects ont été recrutés par un operative libanais se faisant appeler Mujahed, aux côtés d’autres figures utilisant les pseudonymes Abu Ahmad et Abu Wahid. Les communications se sont déroulées via les réseaux sociaux, et les recrues ont suivi des entraînements aux armes en préparation d’un attentat. Ils ont également reçu des instructions pour photographier une communauté en Samarie, et des arrangements ont été pris pour transférer des fonds destinés à l’achat d’armes.
Les investigations du Shin Bet, combinées à des opérations de renseignement, ont établi que le chef de cette infrastructure au Liban est Mujahed Dahsha, un résident libanais aux liens étroits avec des operatives du Hamas et du Hezbollah. Cette connexion souligne la collaboration croissante entre ces groupes, qui cherchent à étendre leurs opérations au-delà de la frontière libanaise pour cibler des intérêts israéliens en Cisjordanie.
Un contexte de tensions frontalières persistantes
Cette opération s’inscrit dans un climat de tensions accrues à la frontière israélo-libanaise, où des violations récurrentes du cessez-le-feu de novembre 2024 sont observées. Le 9 février 2026, des forces israéliennes ont capturé Atwi Atwi, un cadre d’Al-Jamaa al-Islamiya – un groupe islamiste sunnite allié au Hamas – lors d’un raid transfrontalier dans le village de Hebbarieh, dans la région de Hasbaya, à environ cinq kilomètres de la frontière. Selon l’armée israélienne, Atwi Atwi est un commandant senior impliqué dans des opérations conjointes avec le Hezbollah, ayant revendiqué plusieurs attaques depuis le 8 octobre 2023. Al-Jamaa al-Islamiya a condamné cette incursion, la qualifiant de violation flagrante de la souveraineté libanaise et d’un signal d’une nouvelle phase d’agressions israéliennes impliquant des enlèvements.
Le même jour, un drone israélien a frappé un véhicule près de Tyr, tuant trois personnes, dont un enfant, et blessant plusieurs autres. L’armée israélienne a affirmé cibler des operatives du Hezbollah, mais des sources libanaises ont rapporté que les victimes incluaient des civils. Cet incident a exacerbé les accusations de non-respect du cessez-le-feu, avec le Liban dénonçant des attaques quotidiennes sur son territoire.
Des frappes aériennes en hausse depuis le cessez-le-feu
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en novembre 2024, Israël a mené plus de 50 frappes aériennes sur le Liban en janvier 2026 seul, soit le double du nombre enregistré en décembre 2025 et le plus élevé depuis l’accord. Ces opérations visent des infrastructures présumées du Hezbollah, telles que des dépôts d’armes et des camps d’entraînement, dans le sud du Liban et la vallée de la Bekaa. Le Conseil de sécurité des Nations unies a prolongé le mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) jusqu’au 31 décembre 2026, marquant une extension finale avant un retrait progressif en 2027, conformément à la résolution 1701 de 2006.
Cette résolution, adoptée pour mettre fin aux hostilités de 2006, exige le retrait des forces armées non libanaises au sud du Litani, le déploiement de l’armée libanaise dans la zone et le désarmement des milices. Cependant, des violations persistantes, incluant des survols de drones israéliens et des tirs de roquettes sporadiques du Hezbollah, entravent sa mise en œuvre complète. Le gouvernement libanais, sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, s’est engagé à désarmer le Hezbollah, mais des résistances internes et des influences régionales compliquent ce processus. L’armée libanaise a annoncé avoir achevé la première phase de son plan de déploiement au sud du Litani, couvrant la zone frontalière, mais Israël maintient des troupes sur cinq positions qu’il considère stratégiques.
Les liens entre le Hamas et le Hezbollah en Cisjordanie
Les enquêtes du Shin Bet mettent en évidence les liens opérationnels entre le Hamas et le Hezbollah, qui exploitent le Liban comme base arrière pour diriger des activités en Cisjordanie. Mujahed Dahsha, identifié comme le pivot de ce réseau, entretient des relations avec des operatives des deux groupes, facilitant le recrutement et le financement. Cette collaboration n’est pas nouvelle : depuis 2017, le Hamas maintient une présence en Liban, soutenue par le Hezbollah, pour coordonner des attaques en Cisjordanie et lancer des roquettes vers Israël.
En 2025, des opérations similaires ont été déjouées, comme la découverte d’un réseau de contrebande d’armes iraniennes via l’Irak, la Syrie, le Liban et la Jordanie, impliquant des gangs criminels et des milices. Ces armes, destinées aux militants en Cisjordanie, visaient à intensifier les troubles dans la région. Le Shin Bet a également démantelé des cellules à Bethléem en novembre 2025, où des recruteurs du Hamas planifiaient des attaques à grande échelle contre des civils et des forces de sécurité israéliennes.
Les implications pour la sécurité régionale
Ces développements interviennent alors que l’Iran continue de soutenir des proxies comme le Hezbollah et le Hamas, alimentant les tensions. En janvier 2026, Israël a frappé quatre postes-frontières syro-libanais utilisés pour le trafic d’armes vers le Hezbollah, affirmant que ces routes clandestines servent à réapprovisionner les arsenaux malgré le cessez-le-feu. Le Liban accuse Israël de violations environnementales, notamment après des pulvérisations de substances inconnues sur des terres agricoles frontalières, qualifiées de crime par le président Joseph Aoun.
L’armée israélienne justifie ses opérations par la nécessité de démanteler les infrastructures terroristes restantes du Hezbollah, qui tente de se reconstituer au nord du Litani. Des sources libanaises rapportent que le Hezbollah a transféré le contrôle de 190 positions militaires sur 265 à l’armée libanaise, mais des combattants locaux conservent des armes légères dans certains villages. Cette dynamique fragile est surveillée par des observateurs internationaux, qui soulignent le risque d’escalade si les violations persistent.
Des opérations transfrontalières récurrentes
Le raid du 9 février 2026 sur Hebbarieh n’est pas isolé. Israël a mené plusieurs incursions similaires depuis le cessez-le-feu, capturant des suspects ou détruisant des caches d’armes. Al-Jamaa al-Islamiya, qui a revendiqué des attaques conjointes avec le Hezbollah, voit cette capture comme une menace directe contre les populations du sud Liban. Le groupe appelle le gouvernement libanais à des mesures dissuasives, soulignant que de telles actions exposent les civils à des dangers constants.
Parallèlement, des frappes de drones israéliens ont visé des véhicules soupçonnés de transporter des armes ou des operatives, comme celle près de Tyr qui a tué trois personnes. L’armée israélienne affirme que ces opérations sont ciblées, mais les autorités libanaises rapportent des dommages collatéraux, incluant des civils et des infrastructures. Ces incidents ont provoqué des manifestations locales et des appels à une intervention internationale pour renforcer le respect de la résolution 1701.
Le rôle de l’armée libanaise dans le déploiement
L’armée libanaise, soutenue par les États-Unis et d’autres partenaires, a déployé environ 5 000 soldats au sud du Litani pour sécuriser la zone et empêcher le réarmement du Hezbollah. Cependant, des défis logistiques et politiques persistent, avec des influences confessionnelles – sunnites à Tripoli, chiites au sud – compliquant les dynamiques. Le Premier ministre Salam a visité des zones frontalières en février 2026, inspectant les tunnels démantelés du Hezbollah, salués par les États-Unis comme un pas vers la stabilité régionale.
Malgré ces efforts, des rapports indiquent que le Hezbollah intensifie ses activités organisationnelles au nord du Litani, sous couvert d’aide humanitaire, ciblant des communautés sunnites et palestiniennes affaiblies. Cela inclut le recrutement d’opératives et l’offre d’incitations économiques, visant à compenser les pertes subies lors des conflits récents. Les leaderships palestiniens dans les camps ont renforcé leur surveillance pour bloquer ces tentatives, craignant des implications sécuritaires et sectaires.
Les défis économiques et humanitaires au Liban
Le Liban, confronté à une crise économique persistante, voit ces tensions aggraver la situation humanitaire. Plus de 64 000 personnes restent déplacées depuis l’escalade d’octobre 2023, avec des estimations de dommages à 11 milliards de dollars causés par la guerre israélo-hezbollah. Les frappes aériennes ont détruit des infrastructures essentielles, et l’armée libanaise lutte pour maintenir l’ordre dans un contexte de dette publique élevée et d’inflation galopante.
Des rapports du ministère des Finances libanais, croisés avec ceux de la Banque mondiale et du FMI, indiquent une dette externe dépassant 150 milliards de dollars en 2026, avec des dépenses publiques orientées vers la sécurité. Le budget soumis en juillet 2025 a priorisé les investissements dans l’armée, mais des retards dans les réformes structurelles entravent l’aide internationale.
Implications immédiates des arrestations en Cisjordanie
Les cinq suspects – Mohammad Sadaqa, Mohammad Khalil, Mohammad Barahmeh, Diaa al-Din Hamad et Nasser Asida – ont été inculpés pour activités terroristes. Leurs interrogatoires ont fourni des renseignements cruciaux sur les méthodes de recrutement et de financement depuis le Liban, incluant l’utilisation d’applications de jeux pour éviter la détection. Le Shin Bet souligne que ces cellules représentent une menace croissante, avec des tentatives d’acquérir des armes et de mener des attaques coordonnées.
Cette affaire reflète les efforts des groupes armés libanais pour exploiter les vulnérabilités en Cisjordanie, où les opérations israéliennes quotidiennes visent à prévenir les infiltrations. En 2025, l’opération « Mur de Fer » de l’armée israélienne a ciblé des camps de réfugiés à Jénine et Tulkarem, démantelant des réseaux militants et réduisant les attaques, mais au prix de tensions accrues avec la population locale.
Les dynamiques confessionnelles et régionales
Au Liban, les coalitions politiques évoluent rapidement, influencées par les équilibres confessionnels. Le Hezbollah, dominant dans les régions chiites du sud, fait face à des pressions pour se désarmer, mais maintient une influence via des alliances avec des groupes comme Al-Jamaa al-Islamiya. Ces liens avec le Hamas facilitent les opérations en Cisjordanie, où des armes sont smuggling via la Jordanie.
Israël accuse l’Iran de orchestrer ces réseaux, citant des routes de contrebande traversant la Syrie et le Liban. Des frappes récentes sur des dépôts d’armes en Syrie visent à perturber ces flux, avec des implications pour la stabilité régionale.
Faits récents et leurs retombées immédiates
Le 2 février 2026, des frappes israéliennes sur Ain Qana et Kfar Tebnit ont suivi des ordres d’évacuation, causant des dommages matériels. Le 4 février, l’armée israélienne a largué des tracts sur Bint Jbeil, accusant le Hezbollah d’utiliser l’hôpital local comme couverture, avec des avis de deuil fictifs nommant des operatives. Ces actions psychologiques visent à dissuader l’utilisation d’infrastructures civiles.
Simultanément, l’armée libanaise a découvert un réseau de tunnels du Hezbollah pour la deuxième fois en deux mois, salué par les États-Unis comme contribuant à la stabilité. Ces découvertes, incluant des armes et des équipements de communication, soulignent les défis pour imposer la résolution 1701.
Dans ce paysage, les arrestations en Cisjordanie illustrent les efforts continus pour contrer les menaces transfrontalières, avec des operatives libanais utilisant des technologies numériques pour diriger des cellules distantes. Les interrogatoires en cours pourraient révéler d’autres réseaux, renforçant les mesures de sécurité israéliennes face à ces menaces persistantes.