Israël a récemment proposé la création d’une zone de sécurité de 10 km au sud du Liban, dont 3 km seraient sous son contrôle direct, tandis que les 7 km restants seraient supervisés conjointement par l’armée libanaise et la FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban). Cette proposition a été confirmée par Naïm Kassem, le vice-secrétaire général du Hezbollah, qui a également indiqué que le Hezbollah l’avait catégoriquement rejetée. Ce rejet souligne l’importance des enjeux territoriaux et politiques autour de cette demande, perçue par beaucoup comme une tentative d’occupation déguisée du Liban.
Bien que Kassem se soit limité à confirmer et rejeter cette proposition, l’analyse de cette demande révèle des conséquences plus profondes, non seulement pour la souveraineté libanaise, mais aussi pour la population civile, l’armée libanaise, et le rôle stratégique de cette zone dans les conflits israélo-libanais.
1. Les demandes israéliennes : une zone de sécurité problématique
Selon des sources diplomatiques et militaires, la proposition israélienne vise à créer une zone tampon de 10 km le long de la frontière sud du Liban, où Israël exercerait un contrôle direct sur une bande de 3 km, tandis que les 7 km restants seraient placés sous la supervision de l’armée libanaise et de la FINUL. Ce projet est considéré comme une violation flagrante des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, notamment les résolutions 425, 1559 et 1701, qui affirment la souveraineté totale du Liban sur son territoire et demandent le retrait des forces israéliennes.
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L’un des principaux problèmes de cette proposition est l’absence d’un calendrier de retrait des troupes israéliennes, laissant planer le doute sur une présence prolongée, voire permanente, d’Israël dans cette zone. Une occupation prolongée sans limite de temps rappelle de manière troublante l’occupation israélienne du sud du Liban qui a duré de 1982 à 2000, un épisode douloureux pour le pays.
Israël aurait également exigé le retrait des forces de l’ONU de certaines zones, ce qui renforcerait sa mainmise sur la région. Ce point a suscité de vives inquiétudes, car il transformerait une zone prétendument de sécurité en une zone d’influence israélienne directe, affaiblissant la souveraineté libanaise et violant les engagements internationaux.
2. Les conséquences pour la population civile
La mise en place d’une telle zone de sécurité aurait des répercussions dramatiques pour les populations civiles vivant dans le sud du Liban, même si cette zone ne concerne pas directement des villes plus éloignées comme Nabatieh, située au-delà des 10 km proposés. Les populations qui se trouvent dans cette zone tampon risqueraient d’être déplacées de manière permanente, sans garantie de retour dans leurs foyers.
Les récentes opérations militaires ont déjà causé des déplacements massifs de civils dans des régions proches de la frontière avec Israël. Si cette zone tampon était instaurée, les civils vivant dans ces zones frontalières pourraient se retrouver privés de leurs droits de propriété et être empêchés de retourner chez eux. La création de cette zone pourrait transformer ces villages en zones désertées, où la présence militaire israélienne dissuaderait toute tentative de retour.
Israël justifie ces mesures par la nécessité de protéger sa sécurité nationale, mais en réalité, cela pose la question des droits des civils libanais. Cette situation prolongerait une incertitude insoutenable pour ces populations, déjà traumatisées par des années de conflit.
3. Rappel historique : l’occupation israélienne du sud du Liban
Entre 1982 et 2000, Israël a occupé une partie importante du sud du Liban, en s’appuyant sur l’Armée du Liban Sud (ALS), une milice supplétive créée pour maintenir une zone de sécurité. Cette occupation a laissé des cicatrices profondes dans la mémoire collective libanaise, car elle a conduit à des violations des droits de l’homme, à des déplacements forcés de populations, et à une déstabilisation durable de la région.
L’ALS agissait comme une force auxiliaire, aidant Israël à maintenir une présence militaire sans y déployer directement ses propres troupes sur l’ensemble du territoire occupé. Cette période a été marquée par des tensions croissantes avec le Hezbollah, qui a intensifié sa résistance et mené des opérations militaires pour libérer le territoire libanais. Finalement, la pression exercée par le Hezbollah a conduit Israël à se retirer unilatéralement en 2000, marquant la fin de cette occupation.
Aujourd’hui, la proposition israélienne d’une nouvelle zone de sécurité rappelle cette période, ravivant la peur d’une occupation déguisée. Pour de nombreux Libanais, cette proposition est perçue comme une tentative de rétablir une forme de contrôle militaire sur une région qui a déjà souffert de l’occupation israélienne.
4. L’armée libanaise : un rôle supplétif inacceptable
Si cette zone de sécurité venait à être mise en place, l’armée libanaise, qui devrait superviser les 7 km sous sa responsabilité avec la FINUL, risquerait de se retrouver dans une situation délicate. En effet, elle serait perçue par certains comme une force supplétive de l’armée israélienne, un rôle semblable à celui de l’ALS pendant l’occupation.
Ce scénario est considéré comme inacceptable pour de nombreux acteurs politiques libanais, car il compromettrait la neutralité et l’indépendance de l’armée, qui se verrait reléguée à un rôle d’exécutante des décisions sécuritaires d’Israël, plutôt que de défendre la souveraineté nationale. L’armée libanaise, dont la mission principale est de protéger le territoire libanais contre toute agression extérieure, perdrait sa légitimité aux yeux de la population si elle venait à jouer ce rôle.
L’idée que l’armée pourrait être transformée en un outil indirect au service des intérêts israéliens est perçue comme une trahison des principes fondamentaux de souveraineté et d’indépendance nationale. La création d’une telle zone de sécurité affaiblirait donc non seulement l’armée, mais aussi la crédibilité de l’État libanais face à ses propres citoyens.
5. L’inefficacité de la zone de sécurité face aux capacités du Hezbollah
Un autre élément essentiel de cette analyse est l’inefficacité stratégique de la proposition israélienne. En effet, les capacités militaires actuelles du Hezbollah rendent cette zone de sécurité obsolète. Les missiles du Hezbollah, dont la portée dépasse largement les 10 km proposés, peuvent frapper des cibles bien au-delà de cette zone tampon, rendant la justification sécuritaire israélienne caduque.
La stratégie d’Israël visant à protéger sa frontière nord à travers une zone de sécurité est donc illusoire, car elle ne prend pas en compte la réalité militaire sur le terrain. Les missiles de la résistance libanaise peuvent atteindre des positions stratégiques à l’intérieur du territoire israélien, rendant cette zone inefficace dans la perspective de garantir la sécurité d’Israël.
En outre, l’instauration de cette zone tampon ne ferait qu’exacerber les tensions et renforcer la détermination du Hezbollah à maintenir sa résistance face à ce qu’il perçoit comme une nouvelle tentative d’occupation. Cela créerait également un climat d’instabilité durable pour les populations civiles des deux côtés de la frontière.
6. Un prétexte pour une guerre permanente ?
Au-delà de l’inefficacité militaire de cette zone de sécurité, certains craignent que l’occupation prolongée d’une partie du territoire libanais puisse servir de prétexte à une guerre permanente entre le Hezbollah et Israël. En maintenant une présence militaire dans le sud du Liban, Israël pourrait se retrouver constamment en conflit avec le Hezbollah, renforçant ainsi un état de guerre permanent.
Le Hezbollah, qui considère la protection de la souveraineté du Liban comme un de ses principaux objectifs, pourrait voir dans cette occupation un motif légitime pour poursuivre sa résistance armée. Cette situation pourrait enflammer encore davantage les tensions régionales, rendant toute tentative de paix durable extrêmement difficile.



