jeudi, janvier 22, 2026

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Israël utilise des munitions à sous-munitions interdites au Sud Liban

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Les images de vestiges d’armes retrouvées dans le sud du Liban, datant de la guerre menée par Israël contre le Hezbollah entre octobre 2023 et novembre 2024, indiquent l’emploi de munitions à sous-munitions, des armes prohibées par une convention internationale signée par 124 pays. Ces vestiges, identifiés dans des zones boisées au sud du fleuve Litani, marquent la première utilisation documentée de tels engins par Israël depuis le conflit de 2006. Parmi les débris analysés par des experts en armement, figurent des restes de deux systèmes israéliens récents : le 155 mm M999 Barak Eitan et le 227 mm Ra’am Eitan, déployés dans les vallées de Wadi Zibqeen, Wadi Burghuz et Wadi Deir Siryan. Ces découvertes, révélées le 19 novembre 2025, soulignent les risques persistants pour les civils libanais, alors que des milliers de sous-munitions non explosées pourraient joncher le terrain, menaçant les populations locales pour des décennies.

Ces munitions, larguées par air ou lancées depuis le sol, libèrent des dizaines ou des centaines de petites bombes sur une vaste zone, rendant leur impact indiscriminé. Leur taux d’échec élevé – souvent bien supérieur aux estimations des fabricants – laisse derrière elles des champs de mines improvisés, où des enfants, des agriculteurs ou des bergers risquent la mort ou des blessures graves des années après la fin des hostilités. Dans le cas précis de la vallée de Wadi Zibqeen, les vestiges ont été localisés dans des forêts denses, des zones que l’armée israélienne accusait le Hezbollah d’exploiter pour se camoufler contre les bombardements aériens et la surveillance. Les experts ont confirmé que ces armes, développées par Israël pour réduire théoriquement le nombre de sous-munitions défaillantes, n’éliminent pas les dangers inhérents à leur conception.

Le porte-parole de l’armée israélienne a déclaré que les forces utilisent uniquement des armes légales, en conformité avec le droit international et en minimisant les dommages aux civils. Cette affirmation intervient alors que les photos des vestiges suggèrent un déploiement dans des régions proches de villages habités, amplifiant les préoccupations humanitaires.

Les munitions à sous-munitions et leur interdiction internationale

Les munitions à sous-munitions, connues pour leur capacité à couvrir de larges surfaces, sont interdites par la Convention sur les armes à sous-munitions adoptée en 2008 à Dublin et entrée en vigueur en 2010. Ce traité, ratifié par 124 États dont le Liban, prohibe leur utilisation, production, stockage et transfert en raison de leur nature indiscriminée et des risques qu’elles posent aux civils longtemps après les conflits. Israël n’a pas adhéré à cette convention, tout comme les États-Unis, la Russie ou l’Ukraine, ce qui lui permet légalement de les employer, bien que leur usage soit scruté au regard du droit international humanitaire, notamment les principes de distinction et de proportionnalité.

Ces armes libèrent typiquement entre 39 et 640 sous-munitions par projectile, selon le modèle. Dans le cas des systèmes israéliens identifiés récemment, le M999 Barak Eitan est un obus d’artillerie de 155 mm capable de disperser des dizaines de bombes antipersonnel, tandis que le Ra’am Eitan, un missile de 227 mm, est conçu pour des frappes à plus longue portée. Les fabricants israéliens affirment que ces modèles récents présentent un taux de défaillance inférieur à 0,01 %, une revendication contredite par des analyses de terrain antérieures. Par exemple, lors du conflit de 2006, Israël avait utilisé des M85 avec un taux de défaillance annoncé à 0,06 %, mais des études ultérieures ont révélé un taux réel avoisinant les 10 %.

Le droit international humanitaire, codifié dans les Conventions de Genève et leurs protocoles additionnels, exige que les attaques distinguent entre cibles militaires et civiles, et que les dommages collatéraux ne soient pas excessifs par rapport à l’avantage militaire escompté. Les munitions à sous-munitions, par leur dispersion imprévisible influencée par les vents ou le relief, rendent souvent impossible le respect de ces principes, particulièrement dans des zones mixtes comme le sud du Liban, où villages et positions militaires se côtoient.

Des experts des Nations unies ont rappelé que l’utilisation de telles armes dans des contextes où les civils sont exposés constitue une violation potentielle du principe de proportionnalité. Un rapport de l’ONU datant de 2008 soulignait déjà que les munitions à sous-munitions restaient mortelles des décennies après leur déploiement, affectant disproportionnellement les populations rurales.

L’historique des utilisations israéliennes au Liban

L’emploi de munitions à sous-munitions par Israël au Liban n’est pas nouveau et s’inscrit dans une série de conflits marqués par des impacts durables sur les civils. Dès les invasions de 1978 et 1982, des rapports ont documenté leur utilisation, mais c’est lors de la guerre de 2006 que leur déploiement a atteint une échelle massive. Durant les 34 jours de ce conflit, Israël a largué environ quatre millions de sous-munitions sur le sud du Liban, principalement dans les 72 dernières heures avant le cessez-le-feu négocié par l’ONU. Près d’un million de ces bombes n’ont pas explosé, transformant des champs agricoles, des routes et des villages en zones piégées.

Depuis 2006, plus de 400 personnes ont été tuées ou mutilées au Liban par ces vestiges explosifs, selon des estimations officielles. Des enfants, curieux de ces objets ressemblant à des jouets ou des balles, en sont les victimes principales. Des opérations de déminage, menées par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et des organisations comme le Mines Advisory Group, ont identifié plus de 840 sites contaminés en 2007, avec un million de sous-munitions non explosées estimées. Ces efforts ont coûté des millions de dollars et mobilisé des centaines de démineurs, mais des incidents continuent d’occurrence, comme en avril 2025 où un démineur a inspecté une sous-munition dans le village de Ras El Ein.

La saturation du sud du Liban en 2006 a été un facteur clé dans l’élaboration de la Convention sur les armes à sous-munitions. Des experts en armement ont alors qualifié cette utilisation d’inacceptable, soulignant que les frappes visaient des zones civiles pour empêcher le retour des populations. Le chef d’état-major israélien de l’époque avait ordonné une enquête interne, concluant que l’usage respectait le droit international, une conclusion contestée par des organisations comme Human Rights Watch.

Dans les conflits antérieurs, comme en 1982, Israël avait employé ces armes pour couvrir des retraites ou bloquer des avancées ennemies, laissant des séquelles similaires. Le Liban, pays agricole où le sud dépend de cultures comme l’olivier et le tabac, a vu des milliers d’hectares rendus inexploitables, aggravant la pauvreté locale.

Les preuves de l’utilisation récente dans le sud du Liban

Les vestiges découverts en novembre 2025 dans les vallées boisées du sud du Liban fournissent des indications précises sur l’emploi de munitions à sous-munitions lors de la guerre de 2023-2024. Six experts en armement, ayant examiné des photos des débris, ont identifié des composants du M999 Barak Eitan, un obus d’artillerie équipé de sous-munitions antipersonnel, et du Ra’am Eitan, un missile sol-sol capable de disperser des bombes sur une zone étendue. Ces armes, développées par Israël Industries après les critiques de 2006, visaient supposément à réduire les taux de défaillance, mais leur présence sur le terrain soulève des doutes sur leur efficacité réelle.

Les sites concernés incluent Wadi Zibqeen, une vallée profonde près de la frontière, où des restes ont été trouvés accrochés à des clôtures ou enfouis dans la végétation. À Wadi Burghuz, des fragments indiquent une frappe aérienne ou d’artillerie visant des positions présumées du Hezbollah. Wadi Deir Siryan, plus à l’est, montre des signes similaires, avec des sous-munitions non explosées potentiellement affectant les voies d’accès locales. Ces zones, au sud du Litani, étaient des théâtres d’opérations intenses, où Israël accusait le Hezbollah d’utiliser le couvert forestier pour des tirs de roquettes.

Un expert en armes de l’ONU a déclaré que les munitions à sous-munitions, par leur nature, ne peuvent être employées de manière responsable, car elles restent mortelles pendant des décennies. Les photos révèlent des parachutes et des rubans attachés aux bombes, éléments qui facilitent leur dispersion mais augmentent les risques d’errance due aux vents.

Ces découvertes interviennent alors que le Liban dénonce plus de 10 000 violations israéliennes de la résolution 1701 de l’ONU depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, incluant des survols de drones et des frappes aériennes.

Les réactions officielles et internationales

Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a insisté sur la nécessité pour le Liban de continuer à déposer des plaintes auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, appelant à une session urgente pour examiner ces violations. Le ministère libanais des Affaires étrangères, sous la direction de son titulaire actuel dans le gouvernement de Nawaf Salam formé en février 2025, a condamné l’utilisation de ces armes, les qualifiant de violation flagrante du droit humanitaire.

Des experts des Nations unies ont exprimé leur consternation face aux frappes aériennes et drones israéliens persistants au Liban malgré le cessez-le-feu, appelant à des enquêtes indépendantes sur toutes les violations du droit international. Ils ont noté que plus de 80 000 personnes restent déplacées au Liban, incapables de retourner chez elles en raison des destructions et des risques explosifs.

Du côté israélien, le ministère des Affaires étrangères n’a pas commenté spécifiquement ces allégations, mais l’armée a réaffirmé son engagement à utiliser des armes conformes au droit international. Des sources gouvernementales israéliennes ont rappelé que le Hezbollah avait lancé des milliers de roquettes sur le nord d’Israël pendant le conflit, justifiant les opérations défensives.

L’Union européenne et les États-Unis ont exprimé des préoccupations sur l’escalade, avec des appels à respecter la résolution 1701 qui exige le retrait des forces au-delà de la Ligne bleue et le désarmement des milices au sud du Litani.

Les impacts humanitaires sur les populations libanaises

Les munitions à sous-munitions posent un danger immédiat et à long terme pour les civils libanais, particulièrement dans le sud où l’agriculture et l’élevage sont vitaux. Avec un taux de défaillance pouvant atteindre 20 à 40 % selon des études passées, ces armes laissent des milliers de bombes non explosées, sensibles au moindre contact. En 2025, des incidents ont déjà été rapportés : un civil blessé en octobre lors d’une explosion près d’un village frontalier, et des enfants évacués d’écoles contaminées.

La FINUL, déployée depuis 1978 et renforcée en 2006, coordonne les efforts de déminage avec l’armée libanaise. En novembre 2025, des équipes ont identifié de nouveaux sites contaminés, mobilisant des démineurs équipés de détecteurs GPS pour cartographier les zones. Le coût de ces opérations s’élève à des millions, financé en partie par des dons internationaux, mais le relief escarpé des vallées complique le travail.

Plus de 3 961 personnes ont été tuées au Liban durant le conflit, dont 736 femmes et 248 enfants, selon le ministère de la Santé. Les frappes ont détruit des infrastructures essentielles : écoles, centres de santé et lieux de culte inaccessibles, empêchant la reprise des services civils. Des abductions de civils libanais par des soldats israéliens, potentiellement qualifiées de disparitions forcées, ont été documentées, avec au moins 19 cas depuis le cessez-le-feu.

Un porte-parole de l’ONU a indiqué que les munitions à sous-munitions, avec leur haut taux d’échec, créent des dangers immédiats et à long terme, affectant particulièrement les enfants, les déplacés et les travailleurs.

Les tensions régionales et les violations persistantes

Malgré le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, Israël a mené plus de 500 frappes aériennes au Liban au cours des dix premiers mois, tuant au moins 108 civils dont 16 enfants. Des experts de l’ONU ont averti contre ces violations continues, notant que des projectiles ont été tirés du Liban vers Israël à quatre reprises, sans victimes. En octobre 2025, des frappes intenses sur le sud du Liban ont tué une personne et blessé sept autres.

Le gouvernement libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam et le président Joseph Aoun, a discuté en août 2025 du désarmement du Hezbollah, reflétant les pressions confessionnelles et régionales. Le ministre de la Défense, dans la composition actuelle du cabinet, supervise les efforts pour sécuriser la frontière, tandis que le ministre des Affaires étrangères coordonne les plaintes internationales.

Les implications immédiates des vestiges explosifs

Les vestiges des munitions à sous-munitions découvertes en novembre 2025 dans les vallées du sud exacerbent les risques pour les retours de déplacés. À Wadi Zibqeen, des fermiers ont signalé des explosions sporadiques perturbant les récoltes hivernales, forçant des évacuations temporaires. Dans Wadi Burghuz, des routes locales restent fermées, isolant des villages et compliquant l’acheminement d’aide humanitaire. Les équipes de déminage, opérant sous la supervision de la FINUL, ont priorisé ces zones, mais les pluies automnales érodent le sol, révélant de nouvelles menaces. En novembre 2025, une frappe israélienne sur un camp de réfugiés palestiniens a tué 13 personnes, illustrant la fragilité du cessez-le-feu et les dangers persistants des armes résiduelles pour les communautés vulnérables.

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