mardi, janvier 13, 2026

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La chute de Bachar al-Assad et l’empreinte de Netanyahu

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Dans les jours précédant la chute de Bachar al-Assad, Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, a publiquement mis en garde le président syrien contre le même sort que celui réservé à Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, assassiné le 27 septembre dernier dans une opération baptisée « Nouvel Ordre ». Cette mise en garde s’inscrit dans une stratégie de redéfinition géopolitique au Moyen-Orient, visant à affaiblir et fragmenter les grandes puissances régionales.

L’opération « Nouvel Ordre » n’a pas seulement été une démonstration de la supériorité militaire israélienne, mais également un signal envoyé à tous les acteurs de la région. La chute d’Assad, vue comme une opportunité par Israël, ouvre la voie à la mise en œuvre d’une vision de long terme : diviser les grands États voisins pour limiter leur capacité à nuire à la sécurité d’Israël et à son expansion territoriale.

Le Golan : un enjeu stratégique et territorial
L’un des objectifs historiques d’Israël dans sa relation avec la Syrie est la consolidation de son contrôle sur le plateau du Golan, annexé en 1981. Cette région stratégique, riche en ressources hydriques et offrant une position dominante sur le plan militaire, a toujours été un point de contentieux majeur entre les deux pays. La guerre civile syrienne et l’affaiblissement du régime d’Assad ont permis à Israël de renforcer sa présence sur le Golan et de faire reconnaître, en 2019, cette annexion par les États-Unis sous l’administration Trump.

Pour Israël, la fragmentation de la Syrie post-Assad offre l’opportunité d’éliminer définitivement toute revendication syrienne sur cette région. Dans ce contexte, la chute d’Assad est perçue comme un pas vers la réalisation d’un objectif plus large de sécurisation des frontières et d’expansion territoriale, inscrit dans la vision stratégique israélienne depuis des décennies.

Le rôle de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) dans la recomposition régionale
Dans les zones échappant au contrôle du régime syrien, le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS) émerge comme un acteur clé. Sous la direction de son nouvel homme fort, le groupe semble adopter une stratégie pragmatique qui suscite l’attention. Bien que HTS reste fidèle à son idéologie islamiste, des déclarations récentes de son leader évoquent une approche inattendue : une volonté de ne pas se confronter à Israël, qualifiant même ce dernier d’acteur extérieur au conflit syrien.

En revanche, HTS désigne l’Iran et le Hezbollah comme des ennemis héréditaires. Les combats contre ces deux acteurs, qu’il accuse d’avoir soutenu le régime d’Assad, sont décrits comme prioritaires. Cette position ouvre la voie à des spéculations sur d’éventuelles convergences tacites entre HTS et Israël dans la lutte contre l’influence iranienne.

Des réunions secrètes et une offensive coordonnée ?
Des informations non confirmées font état de réunions entre des opposants au régime syrien et des représentants israéliens avant l’offensive israélienne au Liban, lancée le 1er octobre. Cette offensive, officiellement menée pour affaiblir le Hezbollah, pourrait également avoir visé à déstabiliser Assad en coupant l’un de ses soutiens les plus solides.

Ces rencontres, si elles sont avérées, illustreraient une volonté de coordonner les efforts entre certains groupes syriens et Israël pour remodeler le paysage régional. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à affaiblir les alliés de l’Iran et à renforcer les acteurs locaux susceptibles de coopérer tacitement avec Israël.

Le sionisme messianique et la vision d’un Moyen-Orient éclaté
Cette stratégie s’aligne également avec une idéologie plus large, portée par certaines factions du sionisme messianique. Cette idéologie, influente dans certains cercles politiques et religieux israéliens, envisage une expansion territoriale pour restaurer les frontières bibliques d’Israël, incluant une partie de la Syrie, notamment le Golan et des territoires au-delà du Jourdain.

Dans ce cadre, affaiblir les États arabes voisins est vu comme une condition préalable à la réalisation de ces ambitions. Le sionisme messianique justifie souvent cette expansion par des arguments religieux et historiques, mais il s’inscrit également dans une logique pragmatique de domination stratégique. La fragmentation des pays comme la Syrie et l’Irak, qui réduit leur capacité à s’opposer à Israël, est un élément clé de cette vision.

Les think tanks américains et le « Nouveau Moyen-Orient »
En 2006, des think tanks influents aux États-Unis, comme le Brookings Institution et le Project for the New American Century (PNAC), ont conçu des visions pour un « Nouveau Moyen-Orient ». Ces réflexions, portées par des personnalités influentes des administrations Bush et Obama, visaient à remodeler la région pour réduire les tensions régionales tout en garantissant la sécurité d’Israël.

Ces plans reposaient sur une vision divisant la région selon des lignes ethniques et confessionnelles. Les promoteurs de cette stratégie soutenaient que des entités plus petites et fragmentées seraient plus faciles à gérer et moins susceptibles de constituer une menace militaire ou économique. La Syrie, avec sa mosaïque de communautés religieuses et ethniques, a été identifiée comme un terrain idéal pour tester cette approche.

Les résistances au projet de fragmentation
Malgré ces ambitions, plusieurs acteurs régionaux et internationaux ont tenté de s’opposer à ce projet, notamment à partir de 2006.

  • Le Hezbollah et la guerre de 2006 : Israël a mené une guerre contre le Hezbollah, espérant affaiblir durablement ce mouvement soutenu par l’Iran et la Syrie. Cette tentative a échoué, renforçant au contraire le Hezbollah, qui est devenu une force incontournable au Liban.
  • La Russie en Syrie : L’intervention militaire russe en 2015 a été un tournant décisif. En soutenant militairement Assad, la Russie a empêché une défaite totale du régime, freinant ainsi la mise en œuvre du projet de fragmentation syrien.
  • La Chine et sa diplomatie économique : Bien que moins impliquée militairement, la Chine joue un rôle croissant dans la région. Pékin a notamment dénoncé et activement bloqué des projets de frappes israéliennes contre des installations pétrolières iraniennes, soulignant son opposition à une déstabilisation supplémentaire de l’Iran et de ses partenaires. À travers sa diplomatie et ses investissements dans le cadre des « Nouvelles Routes de la Soie », la Chine soutient le maintien de l’intégrité territoriale des États du Moyen-Orient, y compris celle de la Syrie.

Une recomposition aux conséquences incertaines
Malgré ces résistances, la chute d’Assad semble marquer une nouvelle étape dans le projet de recomposition régionale. Si la Syrie venait à être fragmentée comme l’Irak, les répercussions seraient nombreuses :

  1. Un Moyen-Orient éclaté : La désintégration de la Syrie affaiblirait les capacités de résistance des pays arabes face à Israël et à l’Occident.
  2. Des rivalités accrues : Les tensions entre entités locales, comme les Kurdes et les Arabes sunnites, ou entre communautés confessionnelles, alimenteraient des conflits prolongés.
  3. Des opportunités pour les groupes extrémistes : Les zones de non-droit issues de la fragmentation deviendraient des sanctuaires pour les groupes jihadistes, renforçant l’instabilité régionale.
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