samedi, février 21, 2026

Les derniers articles

Articles liés

La dollarisation refait surface : solution miracle ou mirage économique ?

- Advertisement -

Plusieurs figures économiques, notamment des anciens banquiers ou conseillers financiers, ont remis l’idée sur la table ces dernières semaines, à travers des tribunes, des interventions médiatiques ou des documents circulant dans les milieux politiques.

Ce regain d’intérêt intervient alors que le Liban n’a toujours pas mis en place de plan structuré de redressement monétaire, ni entamé de réelle refonte de son système bancaire.

LES PARTISANS VANTENT LA STABILITÉ DU DOLLAR FACE À L’EFFONDREMENT DE LA LIVRE
Pour les partisans de la dollarisation, cette option permettrait d’instaurer une stabilité immédiate, en éliminant la volatilité de la livre libanaise.

Ils estiment que la confiance dans la monnaie nationale est irrécupérable à court terme, et que seule l’adoption du dollar américain comme monnaie officielle garantirait une prévisibilité minimale dans les transactions commerciales et les investissements.

L’argument de la discipline monétaire est également avancé : en renonçant à émettre sa propre monnaie, le Liban se priverait de la possibilité de financer ses déficits par création monétaire, ce qui pourrait limiter les dérapages budgétaires.

UN REJET MASSIF DES ÉCONOMISTES LIBANAIS FACE À UNE OPTION RISQUÉE
Cependant, la majorité des économistes libanais expriment un rejet clair de la dollarisation. Selon eux, elle ne répondrait pas aux causes profondes de la crise actuelle : déficits structurels, corruption, absence de réforme fiscale et effondrement du système bancaire.

Dans une série de tribunes relayées par plusieurs journaux, dont Al Joumhouriyat et Al Akhbar, ces experts rappellent que dollariser une économie en crise sans réforme préalable ne fait que déplacer les problèmes.

Ils pointent aussi les précédents internationaux, comme l’Équateur ou le Zimbabwe, où la dollarisation a eu des effets ambivalents, notamment une forte réduction de la marge de manœuvre budgétaire.

RENONCER À LA LIVRE : UNE SOUVERAINETÉ MONÉTAIRE EN PÉRIL
La principale objection des économistes réside dans la perte de souveraineté monétaire. En adoptant le dollar, le Liban renoncerait à tout contrôle sur sa politique monétaire, la confiant implicitement à la Réserve fédérale américaine.

Cela signifie l’impossibilité d’ajuster les taux d’intérêt, d’intervenir sur le marché des changes, ou de soutenir certaines politiques ciblées de relance ou de protection.

Par ailleurs, la dollarisation complète rendrait le système encore plus vulnérable aux chocs extérieurs, notamment en cas de sanctions américaines, de variations de la politique monétaire des États-Unis ou de crises mondiales affectant le dollar.

DOLLARISATION : AVEU D’ÉCHEC OU DÉMISSION DE L’ÉTAT LIBANAIS ?
Pour de nombreux observateurs libanais, notamment ceux cités dans les éditions récentes d’Al Binaa et Al Sharq, l’adoption du dollar équivaudrait à un constat d’échec définitif des autorités libanaises dans la gestion de leur propre monnaie.

Cela enverrait un signal négatif aux investisseurs étrangers et aux partenaires internationaux, suggérant que l’État est incapable de rétablir un cadre macroéconomique crédible.

De plus, une dollarisation effective ne réglerait ni la restructuration nécessaire du secteur bancaire, ni le remboursement de la dette intérieure accumulée en livres libanaises, ni la crise de confiance entre déposants et banques.

AUCUNE ALTERNATIVE CRÉDIBLE À LA DOLLARISATION À L’HORIZON
À ce jour, aucun plan alternatif cohérent n’a été présenté par le gouvernement ou la Banque du Liban pour stabiliser la monnaie nationale.

La majorité des discours officiels restent vagues, oscillant entre promesses de réformes et déclarations contradictoires sur les responsabilités monétaires.

Les partenaires internationaux, notamment le FMI et la Banque mondiale, n’ont jamais soutenu l’idée d’une dollarisation formelle, préférant des mesures de réformes structurelles, de discipline budgétaire et de relance progressive du crédit.

L’absence de feuille de route concrète empêche toute sortie durable de la crise et renforce les craintes d’un effondrement progressif des mécanismes monétaires encore en place.

UNE FAUSSE SOLUTION : LA DOLLARISATION N’A PAS FREINÉ L’INFLATION
L’un des arguments souvent avancés par les défenseurs de la dollarisation est la possibilité de freiner l’inflation. Pourtant, les faits démontrent le contraire : la dollarisation partielle de l’économie libanaise, déjà à l’œuvre de manière informelle depuis plusieurs années, n’a pas permis d’enrayer la spirale inflationniste.

Malgré une part croissante des transactions en dollars américains dans les commerces, l’immobilier ou les services, l’inflation reste parmi les plus élevées au monde.

L’indice des prix à la consommation a continué à croître, en grande partie à cause de l’absence de régulation, du flou sur les taux de conversion et de la dualité monétaire persistante.

Cette coexistence entre dollarisation informelle et instabilité monétaire a en réalité exacerbé les déséquilibres économiques.

UN PRÉCÉDENT DESTRUCTEUR : LA DOLLARISATION INDIRECTE À 1507 LL/USD
Le Liban a déjà expérimenté une forme de dollarisation indirecte à travers la politique de parité fixe instaurée depuis les années 1990 à 1507 livres pour un dollar américain.

Cette stratégie avait pour objectif de rassurer les marchés et de créer une stabilité monétaire artificielle.

Cependant, cette parité figée a conduit à une accumulation massive de déficits jumeaux – budgétaire et courant – en rendant les importations artificiellement bon marché et en pénalisant la production locale.

Lorsque les réserves de la Banque du Liban ont commencé à s’épuiser et que la parité n’a plus pu être maintenue, l’effondrement de la livre s’est produit brutalement, entraînant l’ensemble du système bancaire avec lui.

LA DOLLARISATION AGGRAVE LES INÉGALITÉS SOCIALES
La dollarisation, même partielle, a déjà entraîné une profonde transformation des rapports sociaux au Liban, accentuant les inégalités entre les différentes couches de la population.

Une grande partie des Libanais continue à être rémunérée en livres libanaises, tandis que les prix, en particulier dans les secteurs du commerce, de l’immobilier, de la santé ou de l’éducation, sont progressivement libellés en dollars américains.

Ce déséquilibre crée un fossé économique entre ceux qui ont accès aux devises étrangères – souvent via des transferts de l’étranger ou des emplois en lien avec l’économie informelle en dollars – et ceux qui dépendent uniquement de revenus locaux.

Les classes moyennes ont été particulièrement touchées : leur pouvoir d’achat s’est effondré, tandis que les couches favorisées ont pu, au contraire, tirer parti de l’environnement dollarisé pour préserver, voire accroître, leur patrimoine.

Les experts cités dans Al Akhbar et Nida’ Al Watan alertent sur les conséquences sociales d’une telle polarisation : marginalisation de larges pans de la population, montée du travail informel, pressions accrues sur les services publics, et sentiment croissant d’injustice sociale.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi