La procureure générale du Mont Liban, la juge Ghada Aoun, connue pour ses positions tranchées dans la lutte contre la corruption, a récemment publié des propos forts sur la plateforme X (anciennement Twitter), critiquant l’attitude des autorités judiciaires et politiques face à des dossiers sensibles. Dans sa déclaration, elle fustige le ministre, le qualifiant davantage d’observateur que d’acteur dans les affaires judiciaires, tout en soulignant l’absence de prise de position claire de ce dernier concernant la circulaire illégale émise contre elle-même.
L’attaque contre la circulaire illégale
Le cœur du message de la juge Aoun concerne une circulaire qu’elle juge « illégale » et qui viserait à entraver son travail. Depuis plusieurs mois, elle est au centre de polémiques judiciaires, en particulier à cause de son implication dans des affaires de corruption où elle a engagé des poursuites contre plusieurs figures influentes au Liban. Cette circulaire semble être perçue par Aoun comme une tentative de saboter ses efforts.
Elle critique le fait que, dans ses récentes prises de position, le ministre ne s’est pas prononcé sur cette question pourtant centrale. Ce silence, selon elle, envoie un signal de tolérance face à l’ingérence politique dans le travail des magistrats, une situation qu’elle dénonce depuis longtemps.
Les différences dans la gestion des dossiers judiciaires
Ghada Aoun aborde également la diversité des attitudes observées dans la gestion des affaires judiciaires, comparant les prévenus qui collaborent avec le processus judiciaire et ceux qui, au contraire, cherchent à le saboter. Elle insiste sur le fait qu’il est normal que le traitement des dossiers diffère en fonction des comportements des défendeurs. Selon ses propos, certains prévenus ne se présentent pas aux audiences ou arrivent avec « une armée d’avocats » dans le seul but de contester et d’entraver les procédures.
Cette description semble faire écho aux difficultés qu’elle a rencontrées dans le cadre de certaines affaires de grande envergure, notamment contre des banques et des hommes d’affaires influents. Le recours systématique aux avocats pour ralentir ou contester les procédures judiciaires est une pratique courante, selon la juge, et constitue une entrave à la justice.
Les défis de la lutte contre la corruption
Dans le contexte actuel, la juge Ghada Aoun incarne pour beaucoup une figure de résistance face aux pratiques corrompues. Elle est à l’origine de nombreuses enquêtes visant les élites financières du pays, dont certaines affaires très médiatisées, comme celle impliquant le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé. Cette croisade contre les figures corrompues lui a valu de nombreux ennemis dans les milieux politiques et judiciaires. La circulaire qu’elle dénonce ici fait partie de ces multiples pressions auxquelles elle est confrontée.
Les réactions politiques et médiatiques
Les déclarations de Ghada Aoun ont suscité diverses réactions dans la sphère politique. Certains y voient une nouvelle tentative de la magistrate de dénoncer les manœuvres en coulisses qui viseraient à entraver le bon fonctionnement de la justice. Ses adversaires, quant à eux, l’accusent d’utiliser son poste pour régler des comptes personnels ou politiques, notamment dans le cadre de son affrontement avec la Banque du Liban et ses dirigeants.
De nombreux médias au Liban ont relayé ses propos, en soulignant que cette intervention intervient à un moment où la justice libanaise est particulièrement fragile, minée par des interférences politiques et un manque criant de ressources. La situation judiciaire du pays est au centre de toutes les attentions, notamment en raison des dossiers sensibles qui sont en cours, qu’il s’agisse de corruption, de détournement de fonds publics ou des enquêtes liées à la crise financière.
Un système judiciaire sous pression
La situation judiciaire au Liban traverse actuellement une période de turbulences. Entre les accusations de corruption qui touchent certains juges et les allégations d’ingérence politique, le système judiciaire peine à restaurer la confiance des citoyens. Les propos de la juge Aoun mettent en lumière la gravité des obstacles auxquels les magistrats sont confrontés, en particulier ceux qui s’attaquent aux élites du pays.



