Dans un entretien accordé à la radio « Voix de tout le Liban », la ministre des Affaires sociales, Hanine Sayyed, a exprimé son souhait que le Liban évite un nouveau scénario de guerre, tout en appelant à une vision positive pour l’année à venir. Elle a mis l’accent sur la poursuite des réformes économiques, sociales et sécuritaires initiées en 2025, soulignant la préparation de son ministère face à d’éventuelles urgences. Ces déclarations interviennent dans un contexte marqué par les tensions régionales persistantes et les défis internes, alors que le pays se remet encore des conséquences de l’agression israélienne de 2024.
La ministre a insisté sur la nécessité d’éloigner le Liban des répercussions des développements internationaux, en se concentrant sur les priorités domestiques. « Nous devons regarder vers l’intérieur avec optimisme pour compléter le parcours des réformes entamé en 2025 », a-t-elle déclaré, évoquant un engagement collectif pour stabiliser le pays après des années de crises multiples.
Espoirs pour une année sans conflit
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La ministre Sayyed a réitéré son espoir que le Liban ne revive pas les horreurs d’une guerre, faisant référence aux événements de 2024 qui ont causé des destructions massives dans le sud du pays. Elle a rappelé que le gouvernement, sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, travaille à consolider la paix intérieure et à renforcer les institutions. Ce discours s’inscrit dans la lignée des efforts diplomatiques récents, où le Liban a cherché à consolider le cessez-le-feu signé en novembre 2024 avec Israël, sous médiation américaine.
Le contexte régional reste tendu, avec des incidents sporadiques le long de la frontière sud. Selon des rapports officiels de l’armée libanaise, des violations israéliennes ont été enregistrées, incluant des survols de drones et des frappes ciblées sur des positions présumées du Hezbollah. La ministre a appelé à une vigilance accrue, tout en soulignant que le Liban doit prioriser sa souveraineté sans se laisser entraîner dans des conflits extérieurs. Elle a également mentionné les discussions en cours au sein du gouvernement pour renforcer les capacités défensives nationales, en conformité avec la résolution 1701 des Nations unies, qui exige le désarmement des milices et le déploiement exclusif de l’armée libanaise au sud du Litani.
Dans ce cadre, le cabinet Salam, formé en février 2025, a mis en place un plan national pour la sécurité, intégrant des réformes judiciaires et économiques. La composition du gouvernement, avec des ministres comme Yassin Jaber aux Finances et Rakan Nasreddine à la Santé, reflète un équilibre confessionnel visant à apaiser les tensions internes. La ministre Sayyed, issue du quota chiite et alignée sur le mouvement Amal, joue un rôle clé dans la coordination sociale, particulièrement dans les régions affectées par les conflits passés.
Préparation d’un plan d’urgence renforcé
Abordant la question des préparatifs en cas de reprise des hostilités, Hanine Sayyed a affirmé que son ministère est prêt à répondre efficacement, grâce à l’expérience acquise lors de la guerre de 2024. « Nous avons la capacité aujourd’hui de gérer la situation plus efficacement, via une évaluation rapide des besoins », a-t-elle expliqué. Elle a mis en avant le coordination permanente avec les autres ministères, la présidence du Conseil et les institutions concernées, y compris les organisations internationales.
Ce plan d’urgence inclut des stocks de secours alimentaires, médicaux et logistiques, répartis dans des centres régionaux. En 2025, le ministère a conduit des exercices de simulation dans les gouvernorats du Sud et de la Bekaa, impliquant plus de 500 volontaires et des partenariats avec la Croix-Rouge libanaise. La ministre a précisé que ces mesures visent à couvrir les besoins immédiats de jusqu’à 500 000 personnes déplacées, en s’appuyant sur des données actualisées des recensements post-conflit.
Les défis logistiques restent toutefois importants, avec des infrastructures endommagées par les bombardements de 2024. Des rapports du ministère indiquent que plus de 20 % des routes secondaires au sud sont encore impraticables, compliquant les distributions d’aide. La coordination avec l’ONU, via l’UNHCR et l’UNICEF, a permis d’allouer des fonds supplémentaires pour renforcer ces capacités, avec un accent sur la protection des enfants et des personnes vulnérables.
Statut des négociations avec Israël
Sur le front diplomatique, la ministre a indiqué que le gouvernement n’a pas reçu de notification officielle concernant la suspension des réunions du comité de mécanisme, malgré des rumeurs d’une crise dans son fonctionnement. Ce comité, établi pour superviser le cessez-le-feu, inclut des représentants libanais, israéliens, américains et onusiens, et se réunit à Naqoura sous l’égide de l’UNIFIL.
En janvier 2026, des sources officielles ont rapporté que les discussions sont gelées, en raison de désaccords sur le rôle du mécanisme et le désarmement du Hezbollah. Israël a imposé des conditions draconiennes, exigeant un retrait complet des armes non étatiques au sud du Litani, tandis que le Liban insiste sur un retrait israélien total des territoires occupés, comme à Chebaa et Kfarchouba. La ministre Sayyed a souligné que toute décision doit préserver la souveraineté libanaise, sans concessions unilatérales.
Les efforts diplomatiques se poursuivent, avec des visites prévues de l’armée libanaise aux États-Unis en février 2026 pour discuter de l’assistance militaire. Le commandant de l’armée, Rodolphe Haykal, prépare un rapport sur les prochaines étapes du désarmement, conformément au plan « Bouclier national » approuvé en août 2025. Ce plan, en cinq phases, vise à confiner les armes à l’État, avec une première phase achevée en janvier 2026, couvrant le sud du Litani.
Avancées dans la reconstruction
Hanine Sayyed a salué l’approbation par le Parlement d’un prêt de 250 millions de dollars de la Banque mondiale pour la reconstruction des infrastructures endommagées par l’agression israélienne. « C’est un bon début pour évaluer les dommages et lancer les projets », a-t-elle dit, notant que cela débloque 75 millions supplémentaires de la France, en phase finale d’activation.
Cependant, elle a admis que ce montant est insuffisant pour couvrir tous les coûts, estimés à 14 milliards de dollars par la Banque mondiale en mars 2025, incluant 11 milliards pour la reconstruction. Le Conseil pour le développement et la reconstruction (CDR) supervise les dépenses, avec des études détaillées en cours pour identifier les zones prioritaires. Le gouvernement se concentre sur les régions accessibles à l’armée libanaise, malgré l’occupation persistante de certaines villages par Israël.
La ministre a prévu une « grande chantier de reconstruction » en 2026, commençant par le sud et s’étendant aux autres zones affectées. Les délais pour le retour des habitants varient selon les dommages : certains villages comme Khiam pourraient voir un retour rapide, tandis que d’autres, comme Bint Jbeil, nécessitent des mois de travaux. Elle a lié la normalisation à un stabilité sécuritaire bilatéral, essentiel pour relancer l’économie locale, basée sur l’agriculture et le tourisme.
En 2025, des projets pilotes ont été lancés, comme la réparation de 500 logements dans le sud, financés par des dons qataris et saoudiens. La coordination avec l’ONU a permis d’intégrer des aspects environnementaux, comme la dépollution des sites bombardés.
Une pauvreté alarmante persistante
S’appuyant sur le dernier sondage scientifique de fin 2023, la ministre a révélé que près de 35 % des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté, un indicateur alarmant qui pousse son ministère à intensifier les efforts. « Ce n’est pas un bon signe pour le Liban », a-t-elle commenté, en détaillant les programmes comme Aman pour réduire cette taux via l’intégration économique et le développement local.
Des données plus récentes de la Banque mondiale, datant de 2024, montrent une aggravation : le taux de pauvreté monétaire a triplé en une décennie, atteignant 44 % en 2022, avec une pauvreté multidimensionnelle touchant 73 % de la population, incluant l’accès à l’électricité, à la santé et à l’éducation. En 2025, des estimations indiquent que 60 % des Libanais sont sous le seuil, particulièrement dans les régions marginalisées comme Akkar et Baalbek, où les taux dépassent 70 %.
La crise économique, avec une contraction du PIB de près de 40 % depuis 2019 et une inflation à deux chiffres, exacerbe cette situation. Le gouvernement a adopté un budget équilibré en 2025, avec une croissance projetée à 3,5 %, mais les réformes restent fragiles. La ministre a souligné l’impact sur les familles : le chômage touche 29 % de la population active, avec une émigration massive des jeunes, 69 % des 25-44 ans désirant partir.
Programmes d’aide touchant la moitié de la population
Les initiatives du ministère atteignent près de la moitié des Libanais, avec 800 000 bénéficiaires du programme Aman, soit 160 000 familles. Ajoutés aux services sociaux via les centres et les contrats avec des institutions non gouvernementales, ces efforts couvrent une large part de la société vulnérable.
En 2025, le programme Aman a été étendu pour inclure des aides en espèces, conditionnées à la scolarisation des enfants, en partenariat avec l’UNICEF. La ministre a mentionné des collaborations avec la Banque mondiale pour des prêts à faible intérêt visant l’emploi féminin, particulièrement dans les zones rurales. Des centres sociaux dans 200 localités offrent des services psychosociaux, essentiels après les traumas de la guerre.
Malgré cela, les défis persistent : les fonds humanitaires diminuent, avec des lacunes dans les programmes alimentaires. En janvier 2026, le ministère a lancé un appel pour 376,8 millions de dollars via l’UNICEF, couvrant santé, eau et éducation.
Progrès significatifs sur le retour des réfugiés syriens
Hanine Sayyed a salué les avancées dans le dossier des réfugiés syriens, avec un plan gouvernemental soutenu par l’ONU permettant le retour de 500 000 personnes en 2025, dépassant l’objectif initial de 400 000. « Nous visons à clore ce dossier d’ici fin 2025, en assurant un retour sûr et durable », a-t-elle affirmé, tout en maintenant une main-d’œuvre syrienne selon les besoins du marché, gérés par le ministre du Travail, Muhammad Haidar.
Des données de janvier 2026 confirment 501 603 retours en 2025, dans un cadre organisé. Depuis décembre 2024, plus de 437 000 Syriens ont quitté le Liban, sur un total de 1,3 million retours régionaux. Le comité gouvernemental coordonne avec les autorités syriennes et internationales pour vérifier la sécurité.
Les implications immédiates incluent une réduction de la pression sur les ressources libanaises, avec une réallocation des aides vers les citoyens. En janvier 2026, des centres de réception à Hasakeh et Qamishli ont été établis pour assister les retours, avec des provisions de nourriture et d’abris. Le gouvernement libanais a prolongé les facilités pour les passages frontaliers jusqu’en mars 2026, facilitant les mouvements. Ces efforts, bien que positifs, soulignent les besoins persistants en infrastructures pour absorber les retours, particulièrement dans les zones frontalières où les services sont surchargés.



