Des responsables saoudiens et koweïtiens ont manifesté leur intention d’aider le Liban à se reconstruire après les récentes destructions causées par la dernière guerre israélienne. Cette aide, selon des sources informées, serait soumise à des conditions strictes de transparence et de gestion légale par l’État libanais. Dans un contexte de crise économique profonde, ces annonces sont perçues comme une opportunité pour le pays, mais elles mettent également en lumière les défis majeurs auxquels Beyrouth fait face pour obtenir le soutien de la communauté internationale.
Le Liban, un pays en crise économique sans précédent
Depuis 2019, le Liban vit une crise économique qualifiée par la Banque mondiale comme l’une des pires de l’histoire moderne. La monnaie nationale, la livre libanaise, a perdu plus de 90 % de sa valeur, plongeant des millions de Libanais dans la pauvreté. Les pénuries de biens essentiels, y compris l’électricité, les carburants et les médicaments, sont devenues une réalité quotidienne. Le secteur bancaire, autrefois fleuron de l’économie libanaise, est paralysé par l’effondrement du système financier. Les épargnants ont vu leurs dépôts bloqués, tandis que l’inflation galopante a anéanti le pouvoir d’achat de la population. À ce marasme économique s’ajoute une instabilité politique chronique, marquée par l’absence de réformes et la paralysie des institutions. Dans ce contexte, la reconstruction du Liban, notamment après les destructions massives causées par l’explosion du port de Beyrouth en 2020 et les récents affrontements avec Israël, représente un défi titanesque nécessitant des investissements extérieurs conséquents.
Une aide conditionnelle de la part du Golfe
Lors de récents entretiens en marge de réunions financières internationales, des responsables saoudiens et koweïtiens ont exprimé leur volonté d’intervenir financièrement pour soutenir la reconstruction du Liban. Cependant, ces aides seraient strictement encadrées par des mécanismes transparents, afin d’éviter les détournements ou les gaspillages qui ont marqué le passé. Un haut responsable saoudien a notamment souligné que toute aide financière devait passer exclusivement par l’État libanais et être supervisée par des institutions internationales. Une telle approche vise à garantir une utilisation optimale des fonds et à éviter leur exploitation à des fins partisanes ou personnelles. En outre, Riyad a officiellement contacté le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir une évaluation de la situation financière du Liban, une démarche qui témoigne de la prudence des donateurs. Cette vigilance reflète également les conditions posées par les institutions internationales pour débloquer une aide substantielle.
Les exigences de la communauté internationale
La communauté internationale, y compris des acteurs clés comme le FMI, l’Union européenne et la Banque mondiale, a souligné à maintes reprises que toute aide au Liban serait conditionnée à des réformes structurelles. Parmi les principales exigences figurent :
- Lutte contre la corruption : Le Liban est perçu comme l’un des pays les plus corrompus au monde. La communauté internationale exige des mécanismes robustes pour assurer la transparence dans la gestion des fonds publics et des investissements étrangers.
- Réformes bancaires : Le système bancaire doit être restructuré pour restaurer la confiance des épargnants et des investisseurs. Cela inclut une révision des lois sur la transparence financière et la restructuration de la Banque centrale.
- Réduction des dépenses publiques : Le Liban doit rationaliser ses dépenses publiques et réduire son déficit budgétaire, notamment en réformant des secteurs critiques comme l’énergie, où les subventions ont longtemps creusé le déficit.
- Accord avec le FMI : Un programme d’aide du FMI, estimé à plusieurs milliards de dollars, reste en suspens en raison de l’incapacité des dirigeants libanais à s’entendre sur des réformes clés. Cet accord est pourtant crucial pour débloquer des financements internationaux et encourager les investissements étrangers.
Le rôle stratégique du Golfe dans la reconstruction
En parallèle des conditions internationales, l’Arabie saoudite et le Koweït cherchent également à jouer un rôle clé dans la stabilisation du Liban. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane aurait demandé à plusieurs entreprises saoudiennes de reprendre contact avec leurs homologues libanais. L’objectif serait de réévaluer des projets d’investissement gelés depuis la détérioration des relations diplomatiques entre Riyad et Beyrouth. Ces projets pourraient inclure des initiatives dans des secteurs clés tels que l’énergie, les infrastructures et l’agriculture. Cependant, le soutien du Golfe dépendra également de la capacité du Liban à prendre ses distances avec des forces politiques jugées hostiles par Riyad, notamment le Hezbollah.
Une opportunité à saisir pour le Liban
L’annonce de l’intérêt renouvelé des pays du Golfe pour le Liban représente une opportunité majeure pour un pays en quête de solutions à ses crises multiples. Cependant, cette aide est clairement liée à des réformes et à un engagement à respecter des normes internationales en matière de gouvernance. Si le Liban parvient à répondre aux attentes de la communauté internationale, il pourrait non seulement bénéficier de financements nécessaires pour sa reconstruction, mais aussi amorcer une reprise économique durable. En revanche, tout manquement aux réformes risquerait de priver le pays d’un soutien financier crucial et d’aggraver davantage une situation déjà désastreuse.



