Les forces de sécurité libanaises ont intensifié leurs opérations contre le trafic de stupéfiants et la criminalité organisée, comme en témoigne une série d’interventions récentes dans plusieurs régions du pays. Ce 20 février 2026, l’armée a annoncé avoir saisi un véhicule transformé en atelier itinérant de fabrication de drogue dans la localité d’Al-Kweikh, au cœur du Hermel, une zone montagneuse de la Bekaa connue pour ses défis sécuritaires. Cette action s’inscrit dans un effort continu de surveillance et de répression, alors que le Liban fait face à une recrudescence des réseaux illicites, alimentés par les instabilités régionales et les porosités frontalières. Parallèlement, une autre patrouille a appréhendé sept individus à Tripoli, soulignant la persistance de ces activités dans les zones urbaines du nord. Ces opérations rappellent l’urgence de consolider l’autorité de l’État face à des menaces qui minent la stabilité économique et sociale.
Le Hermel, bastion historique du narcotrafic
Dans la matinée du 20 février, une patrouille de la direction du renseignement de l’armée a tendu une embuscade à Al-Kweikh, une petite localité perchée dans les collines du Hermel, à proximité de la frontière syrienne. Les militaires ont intercepté un fourgonnette utilisée comme laboratoire mobile pour la production de stupéfiants. À l’intérieur, une importante quantité de drogue a été découverte, prête à être écoulée sur les marchés locaux ou exportée. Cette saisie illustre la sophistication croissante des trafiquants, qui optent pour des méthodes mobiles afin d’échapper aux raids fixes et aux checkpoints permanents. L’armée, dans son communiqué officiel, a précisé que cette opération résultait d’un suivi minutieux, intégrant des éléments de renseignement accumulés sur plusieurs semaines.
Le Hermel, partie intégrante de la vallée de la Bekaa, reste un épicentre du narcotrafic au Liban. Cette région fertile, autrefois surnommée le « grenier » du pays pour ses cultures agricoles légitimes, s’est transformée au fil des décennies en un terrain propice à la production illicite. Les plantations de cannabis y prolifèrent depuis les années 1970, profitant d’un sol riche et d’un climat méditerranéen idéal. Plus récemment, la fabrication de captagon, un amphétamine synthétique hautement addictif, s’y est implantée, avec des laboratoires clandestins disséminés dans les villages isolés. Selon des rapports officiels, la Bekaa produit une part significative des narcotiques circulant au Moyen-Orient, avec des liens étroits vers la Syrie voisine, où les conflits ont favorisé l’émergence de réseaux transfrontaliers. Les autorités libanaises estiment que ces activités génèrent des revenus annuels colossaux, estimés à plusieurs centaines de millions de dollars, qui échappent à l’économie formelle et alimentent la corruption locale.
Les défis posés par cette zone sont multiples. Le relief accidenté, avec ses vallées profondes et ses routes sinueuses, complique les opérations de surveillance. De plus, la proximité avec la Syrie, où les frontières poreuses facilitent les échanges illicites, ajoute une couche de complexité. Des passages illégaux, souvent gardés par des groupes armés, permettent le transit de matières premières comme les précurseurs chimiques nécessaires à la synthèse du captagon. L’armée libanaise, en coordination avec les forces de sécurité internes, a multiplié les raids ces derniers mois, mais les trafiquants adaptent leurs tactiques, utilisant des véhicules modifiés ou des caches souterraines. Cette embuscade à Al-Kweikh démontre une évolution dans les méthodes de l’armée, qui privilégie désormais les interventions ciblées basées sur le renseignement plutôt que les balayages massifs, souvent inefficaces dans un terrain aussi vaste.
Tripoli, plaque tournante urbaine des réseaux de distribution
Quelques heures plus tôt, une autre unité de l’armée a procédé à l’arrestation de sept citoyens libanais dans le quartier de Souika, à Tripoli, la grande ville portuaire du nord. Ces individus, formant une bande organisée, étaient impliqués dans le trafic et la promotion de stupéfiants. Lors de la perquisition, les forces ont saisi une grande quantité de haschich, de salvia et de pilules de captagon. Le communiqué de l’armée souligne que les suspects ont été remis à la justice compétente, avec ouverture immédiate d’une enquête. Cette opération met en lumière la ramification des réseaux de drogue au-delà des zones rurales, infiltrant les tissus urbains où la demande locale est élevée.
Tripoli, deuxième ville du Liban, concentre une population dense et diversifiée, marquée par des inégalités socio-économiques prononcées. Les quartiers comme Souika, avec leurs ruelles étroites et leurs marchés animés, offrent un camouflage idéal pour les activités illicites. La pauvreté endémique, exacerbée par la crise économique qui sévit depuis 2019, pousse certains résidents vers le trafic comme moyen de subsistance. Les stupéfiants saisis – haschich issu des cultures de la Bekaa, salvia aux effets hallucinogènes, et captagon stimulant – reflètent la variété des produits circulant dans la ville. Tripoli sert souvent de hub pour la distribution vers le nord du pays et au-delà, profitant de son port commercial qui, malgré les contrôles, reste vulnérable aux infiltrations.
Les autorités ont noté une augmentation des gangs organisés dans cette région, souvent composés de jeunes déscolarisés ou au chômage. Ces groupes ne se limitent pas au trafic de drogue ; ils s’adonnent aussi à des extorsions et des vols, créant un climat d’insécurité qui affecte les commerçants et les habitants. L’armée, en partenariat avec les forces de sécurité internes, a lancé plusieurs campagnes ces dernières années pour démanteler ces structures. Par exemple, des raids similaires ont eu lieu en janvier 2026 dans les districts d’Akkar et de Baalbek, aboutissant à l’arrestation de dizaines d’individus et à la saisie d’armes et de munitions en plus des stupéfiants. Ces efforts visent non seulement à réprimer, mais aussi à restaurer la confiance des citoyens dans les institutions étatiques, dans un contexte où les milices locales ont parfois comblé les vides sécuritaires.
Une arrestation rapide à Jall el-Dib souligne les failles de la sécurité privée
Toujours ce 20 février, les forces de sécurité internes ont annoncé l’arrestation d’un employé d’une société de sécurité privée pour le vol d’un pistolet militaire dans une voiture garée à Jall el-Dib, une localité de la banlieue nord de Beyrouth. L’incident s’est produit le 2 février 2026, lorsqu’un individu non identifié, circulant à moto, a brisé la vitre d’un véhicule stationné dans un parking public pour s’emparer de l’arme. Grâce à des investigations rapides, menées par la division des renseignements, le suspect a été identifié comme M. Sh., né en 2001, un Libanais travaillant pour une entreprise de gardiennage.
Moins d’une heure après la confirmation de son identité, une patrouille l’a appréhendé dans la même zone de Jall el-Dib. La fouille a révélé le pistolet volé, accompagné d’un chargeur et de 14 cartouches, ainsi qu’un autre pistolet de fabrication turque avec un chargeur vide, et un téléphone portable. Interrogé, l’homme a avoué les faits qui lui étaient reprochés. Les objets saisis ont été transmis à la justice, et des poursuites ont été engagées. Cette affaire met en exergue les risques liés aux vols opportunistes dans les zones urbaines, où les parkings publics, malgré leur visibilité, restent exposés aux actes délictueux.
Jall el-Dib, située dans le gouvernorat du Mont-Liban, est une zone résidentielle et commerciale animée, proche de la capitale. Les vols de véhicules ou d’objets à l’intérieur des voitures y sont récurrents, favorisés par le trafic dense et les stationnements improvisés. Les forces de sécurité internes ont intensifié leurs patrouilles dans ces banlieues, répondant à une hausse des plaintes pour cambriolages et vols à la tire. En février 2026 seul, plusieurs arrestations similaires ont été rapportées, impliquant des individus utilisant des motos pour des opérations rapides. Ces incidents soulignent les vulnérabilités du secteur de la sécurité privée, où des employés, parfois mal formés ou sous-payés, peuvent basculer dans la délinquance.
Les implications sécuritaires d’un narcotrafic enraciné
Ces interventions des forces armées et de sécurité internes interviennent dans un paysage libanais marqué par une instabilité persistante. Le trafic de drogue, en particulier, représente une menace multidimensionnelle : il finance des groupes criminels, corrompt les institutions locales et aggrave les problèmes de santé publique. Dans la Bekaa, où le Hermel constitue un foyer majeur, les cultures illicites comme le cannabis occupent des milliers d’hectares, souvent protégées par des clans influents. Le captagon, produit en quantités industrielles, est exporté vers les pays du Golfe et l’Europe, générant des flux financiers qui échappent au contrôle étatique. Les autorités ont démantelé plusieurs usines ces derniers mois, comme en janvier 2026 à Baalbek, où des équipements de production ont été saisis.
À Tripoli, les réseaux urbains exploitent la précarité sociale. La ville, touchée par un taux de chômage élevé – estimé à plus de 50 % dans certains quartiers – voit ses jeunes recrutés par des gangs qui promettent des gains rapides. Les stupéfiants saisis, comme le haschich et le captagon, alimentent un marché local en expansion, avec des conséquences sur la criminalité juvénile et les addictions. Les forces de sécurité, malgré des ressources limitées, ont multiplié les arrestations : en 2025, plus de 1 000 individus ont été appréhendés pour des délits liés aux drogues dans le nord du pays.
Le vol à Jall el-Dib, quant à lui, révèle les intersections entre criminalité ordinaire et secteurs sensibles. Les armes à feu, souvent détenues légalement pour la protection personnelle, deviennent des cibles privilégiées pour les voleurs, qui les revendent sur le marché noir. Dans un pays où la prolifération des armes reste un défi post-guerre civile, ces incidents contribuent à l’insécurité générale. Les forces internes ont renforcé leurs unités d’investigation, utilisant des caméras de surveillance et des analyses balistiques pour accélérer les résolutions.
Les efforts conjoints face aux défis régionaux
L’armée et les forces de sécurité internes coordonnent de plus en plus leurs actions, comme le démontrent ces opérations simultanées. Dans le Hermel, les patrouilles conjointes avec les unités frontalières visent à sceller les passages illégaux vers la Syrie, d’où proviennent de nombreux précurseurs chimiques. En février 2026, plusieurs fermetures de points de passage clandestins ont été annoncées, réduisant les flux de contrebande. À Tripoli, des programmes de réinsertion sociale complètent les répressions, visant à briser le cycle de la pauvreté et du crime.
Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions sécuritaires. Les échanges de tirs sporadiques avec Israël au sud, malgré le cessez-le-feu de novembre 2024, mobilisent des ressources militaires, détournant partiellement l’attention des menaces internes. Néanmoins, l’armée poursuit son plan de désarmement des groupes non étatiques au sud du Litani, avec plus de 10 000 soldats déployés en janvier 2026. Les arrestations pour trafic d’armes, souvent liées aux stupéfiants, renforcent cette stratégie.
Les perspectives immédiates des opérations en cours
Les enquêtes sur les suspects arrêtés progressent sous supervision judiciaire. À Al-Kweikh, les analyses des substances saisies permettront d’identifier les chaînes d’approvisionnement. À Tripoli, les interrogatoires des sept détenus pourraient révéler des ramifications plus larges, incluant des liens avec des fournisseurs de la Bekaa. Pour le cas de Jall el-Dib, l’examen du téléphone portable du suspect pourrait uncovering des complices potentiels dans le secteur de la sécurité privée. Ces développements immédiats soulignent la détermination des forces libanaises à contrer ces fléaux, malgré les contraintes budgétaires et les pressions régionales persistantes.


