Dans une opération menée par une patrouille de la direction des renseignements de l’armée libanaise, une shqa (appartement) située dans le quartier de Lilaki, au cœur de la banlieue sud de Beyrouth, a été perquisitionnée le 16 février 2026. Cette intervention, annoncée par un communiqué officiel de la direction de l’orientation de l’armée, visait un lieu utilisé pour le stockage de stupéfiants en vue de leur écoulement sur le marché local. Les forces ont saisi une importante quantité de drogue, accompagnée de matières premières destinées à leur fabrication, ainsi qu’un montant en devises falsifiées. Les biens confisqués ont été remis aux autorités compétentes, et une enquête a été ouverte sous la supervision du judiciary approprié.
Cette action s’inscrit dans une série d’opérations sécuritaires récentes menées par l’armée libanaise, qui intensifie ses efforts pour contrer les réseaux de narcotrafic dans des zones urbaines densément peuplées. Lilaki, quartier résidentiel de la Dahiyeh, est connu pour sa proximité avec des infrastructures sensibles et sa population majoritairement chiite, ce qui rend de telles interventions particulièrement délicates sur le plan sécuritaire et social. Selon le communiqué, l’opération a été menée sans incidents rapportés, soulignant la précision des renseignements recueillis au préalable.
Les détails fournis par l’armée indiquent que l’appartement servait non seulement de dépôt mais aussi potentiellement de point de transformation rudimentaire, avec la présence de matériaux initiaux pour la production. Bien que le type exact de stupéfiants n’ait pas été spécifié dans le communiqué, les opérations similaires récentes ont souvent impliqué des substances comme le captagon, une amphétamine synthétique largement produite et trafiquée dans la région. L’argent falsifié saisi ajoute une dimension supplémentaire à l’affaire, suggérant des liens avec des réseaux criminels plus larges impliquant la contrefaçon monétaire, une pratique qui alimente souvent le financement d’activités illicites.
Une intervention dans un quartier stratégique
La banlieue sud de Beyrouth, souvent désignée comme la Dahiyeh, représente un défi particulier pour les forces de sécurité libanaises. Historiquement, cette zone a été le théâtre de tensions sécuritaires, notamment en raison de sa proximité avec des bastions politiques et militaires. L’opération à Lilaki intervient à un moment où l’armée libanaise étend son contrôle opérationnel dans des régions auparavant considérées comme sensibles, suite à l’accord de cessez-le-feu avec Israël en novembre 2024 et à la mise en œuvre progressive de la résolution 1701 des Nations unies. Le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, a réaffirmé lors d’une réunion avec des représentants onusiens le 8 février 2026 que les forces armées libanaises assumaient pleinement leur rôle dans le maintien de la stabilité au sud du Litani, tout en étendant leurs opérations anti-criminalité à l’ensemble du territoire.
Des sources sécuritaires ont indiqué que cette perquisition faisait suite à une surveillance prolongée, illustrant l’amélioration des capacités de renseignement de l’armée. Le ministre de l’Intérieur, Ahmad al-Hajjar, a salué l’opération dans un communiqué du 17 février 2026, déclarant : « Ces actions démontrent notre engagement inébranlable à éradiquer les réseaux qui menacent la sécurité nationale et la santé publique. » Al-Hajjar, en poste depuis la formation du cabinet de Nawaf Salam en février 2025, supervise une stratégie nationale contre les stupéfiants qui intègre des collaborations avec des agences internationales, y compris Interpol et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).
L’ampleur de la saisie à Lilaki, bien que non chiffrée précisément, s’aligne sur des tendances observées dans d’autres opérations récentes. Par exemple, le 2 février 2026, les renseignements de l’armée ont arrêté un citoyen à Nahle, dans la région de Baalbek, pour trafic de drogue, avec la confiscation de quantités substantielles. De même, le 11 février 2026, une descente à Budai, toujours dans le Bekaa, a permis la saisie d’équipements de fabrication de drogue et d’une grande quantité de stupéfiants. Ces interventions soulignent une focalisation accrue sur les zones urbaines et suburbaines, où les réseaux utilisent des logements privés pour éviter la détection.
Le renforcement de la campagne anti-drogue au Liban
Depuis le début de 2025, le Liban a lancé une offensive majeure contre le trafic de stupéfiants, qualifiée par certains observateurs de « guerre contre la drogue » gouvernementale. Selon des rapports officiels, l’armée libanaise a saisi plus de 120 millions de pilules de captagon en 2025, représentant une valeur estimée à 600 millions de dollars sur le marché international. Cette campagne a culminé avec l’arrestation de figures notoires, comme Nouh Zaiter, surnommé l’« empereur de la drogue », le 20 novembre 2025, dans la région de Baalbek. Zaiter, sous sanctions américaines depuis 2023 pour ses liens présumés avec des réseaux narcotiques syriens, faisait l’objet de multiples mandats d’arrêt pour formation de gangs, trafic d’armes et de drogue, et vols armés.
Le procès de Zaiter, tenu devant un tribunal militaire le 4 février 2026, s’est conclu en une heure pour 40 affaires mineures, avec des peines légères, mais des charges plus graves, incluant des meurtres de soldats et du trafic massif, restent pendantes. Un source judiciaire a indiqué que Zaiter fait face à des centaines de dossiers liés à la fabrication et à l’exportation de drogue. Cette arrestation a marqué un tournant, illustrant la volonté de l’État libanais de cibler les barons du narcotrafic, souvent protégés par des alliances locales.
En janvier 2026, l’armée a annoncé l’arrestation de sept individus et la saisie de grandes quantités de drogue, d’armes et de munitions militaires lors d’opérations dans les régions de Hermel et Baalbek. Le 28 janvier 2026, des sites de fabrication de drogue ont été démantelés dans ces mêmes zones, avec l’arrestation de suspects. Un haut responsable militaire a déclaré à Al Jazeera le 14 janvier 2026 : « L’armée a saisi pour 2 milliards de dollars de drogue et détruit 22 installations de production. » Ces chiffres reflètent une escalade dans la lutte contre un commerce qui a prospéré pendant la guerre civile syrienne, transformant le Liban et la Syrie en hubs régionaux pour le captagon.
Les implications sécuritaires régionales
Le trafic de drogue au Liban n’est pas isolé ; il s’entrelace avec des dynamiques géopolitiques plus larges. La vallée du Bekaa, traditionnellement un centre de culture de cannabis, est devenue un foyer de production de captagon depuis les années 2010, avec des liens transfrontaliers vers la Syrie. L’ONUDC, dans son rapport mondial sur les drogues de 2025, a noté que le Proche et Moyen-Orient reste la région la plus affectée par le captagon, principalement originaire de Syrie et du Liban. Les saisies globales ont augmenté, avec 19,5 tonnes de fentanyl et d’autres stimulants en 2023, bien que le captagon domine localement.
Des coopérations internationales ont permis des interceptions majeures. Le 15 septembre 2025, les autorités libanaises ont saisi 6,5 millions de pilules de captagon et 700 kg de haschich destinées à l’Arabie saoudite, comme l’a annoncé le ministre al-Hajjar lors d’une conférence de presse : « Aucune région, identité ou secte ne couvre le crime. » Cette opération, fruit d’une surveillance de plusieurs mois, a conduit à l’arrestation du chef du réseau et de plusieurs membres. De même, en novembre 2025, 17 kg de cocaïne et 11 200 kg d’ecstasy ont été interceptés en collaboration avec l’Arabie saoudite, renforçant les liens bilatéraux.
Les allégations d’implication de groupes armés, comme le Hezbollah, dans le narcotrafic persistent, bien que démenties par le parti. Des rapports de centres de recherche, tels que le Carnegie Endowment en mars 2025, soulignent que le captagon pose des risques au système politique libanais, avec des suspicions de collaborations entre trafiquants et forces sécuritaires. Un rapport de l’Institut Hudson d’octobre 2025 note que le Hezbollah, affaibli par le conflit avec Israël, pourrait se tourner vers des entreprises criminelles pour compenser les pertes financières, estimées à des milliards suite à la destruction d’infrastructures.
Les défis socio-économiques amplifient le problème. Avec une dette publique dépassant 150 milliards de dollars selon les rapports de la Banque mondiale de 2025, et une inflation galopante, le narcotrafic attire des communautés marginalisées. Le Bekaa, avec ses clans influents, a vu des affrontements, comme la mort de trois trafiquants recherchés par l’armée en août 2025 à Sharawneh, Baalbek.
Vers une extension des opérations au-delà du Litani
L’armée libanaise, renforcée par un plan de désarmement post-conflit, prépare la phase deux de sa stratégie pour confisquer les armes au nord du Litani, comme annoncé par le ministre de l’Information le 11 février 2026. Ce plan, présenté au cabinet, vise à étendre l’autorité de l’État, incluant la lutte contre les armes illicites souvent liées au narcotrafic. Des sources militaires estiment que cette phase pourrait prendre au moins quatre mois, avec un focus sur les zones comme le Bekaa et la banlieue sud.
Des opérations récentes illustrent cette expansion. Le 13 février 2026, les douanes à Saïda ont intercepté un véhicule chargé de médicaments étrangers de contrebande, suivi d’une perquisition domiciliaire révélant un stock supplémentaire. Le contrevenant a été arrêté. Parallèlement, les forces de sécurité ont démantelé un réseau utilisant l’aéroport Rafic Hariri pour le trafic, soulignant une surveillance accrue des frontières.
Dans le contexte de la transition syrienne post-Assad en décembre 2024, les flux de drogue transfrontaliers ont diminué, mais des groupes locaux persistent. Un rapport d’Etana Syria de 2026 note une baisse significative du contrebande à la frontière syro-libanaise, avec une dégradation des chaînes d’approvisionnement autrefois facilitées par des acteurs étatiques.
Les efforts judiciaires se multiplient. Le tribunal militaire a traité des cas comme celui de Zaiter, avec des accusations incluant des tirs sur des patrouilles armées. Des arrestations pour promotion de drogue à Kaslik et Bir el-Abed en février 2026 par les forces de sécurité intérieure ont mené à la saisie de substances, démontrant une coordination entre agences.
Ces interventions, ancrées dans une stratégie nationale, visent à restaurer la souveraineté libanaise. L’opération de Lilaki, avec sa saisie de drogue et d’argent falsifié, exemplifie les défis immédiats : infiltrer des zones urbaines pour démanteler des réseaux sophistiqués. Le 9 février 2026, des raids à Kamid el-Loz et Rachaiya ont abouti à l’arrestation de deux suspects pour trafic d’armes militaires, avec saisie de quantités importantes, reliant souvent armes et drogue dans les gangs organisés.
L’armée continue de cibler les infrastructures de production, comme les 22 sites détruits en janvier 2026. Ces actions, soutenues par des partenariats internationaux, marquent une phase offensive contre un commerce qui a coûté des milliards au Liban en termes de sécurité et d’image régionale.



