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“L’autorité de l’État ne se divise pas” : la ligne de Samir Geagea face à la crise du désarmement

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Un discours offensif pour recentrer le débat

Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a multiplié les déclarations publiques dans le contexte tendu généré par la réponse américaine sur le désarmement des groupes non étatiques. Dans une période marquée par une série de prises de position institutionnelles, il a choisi d’adopter un ton particulièrement offensif, recentrant le débat sur ce qu’il qualifie d’essence même de la souveraineté : le monopole de la violence légitime par l’État.

Dans ses propos, il a affirmé sans détour : « Le désarmement du Hezbollah n’est pas une guerre contre une partie de la population, mais une affirmation de la souveraineté nationale. » Cette déclaration, formulée alors que le gouvernement est confronté à une injonction internationale pressante, entend désamorcer toute lecture communautaire ou sectaire du débat sur les armes. Le message est clair : selon lui, la question sécuritaire ne doit pas être interprétée comme un affrontement politique ciblé, mais comme un préalable à la refondation de l’ordre républicain.

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En insistant sur la dimension institutionnelle du débat, Geagea s’inscrit dans une tradition républicaine du discours politique libanais, mettant en avant l’indivisibilité de l’État et la nécessité de restaurer un socle d’unité fonctionnelle. Il suggère que l’heure n’est plus aux équilibres implicites ou aux arrangements de circonstance, mais à la mise en œuvre effective d’un principe constitutionnel fondamental.

Une critique directe des équilibres armés

Cette posture s’accompagne d’une remise en cause explicite de ce qu’il considère comme des “équilibres armés”. Dans sa prise de parole, il a déclaré : « L’autorité de l’État ne peut être divisée. Tant que des armes sont détenues en dehors du cadre étatique, le Liban ne pourra pas se relever. » Ce propos met en accusation la logique selon laquelle la coexistence pacifique pourrait reposer sur des rapports de force militaires parallèles.

Il s’agit ici d’une critique frontale du modèle de coexistence armée, parfois toléré depuis les accords de Taëf, et consolidé dans les années qui ont suivi. Geagea rejette l’idée que des groupes puissent détenir un pouvoir militaire autonome tout en participant à la vie institutionnelle du pays. Pour lui, cette configuration mine la crédibilité de l’État et perpétue une instabilité chronique, visible dans l’enchaînement des crises gouvernementales, des blocages présidentiels, et des violences sporadiques dans certaines zones mixtes.

À travers ce discours, il oppose deux modèles de gouvernance : l’un fondé sur l’autorité de l’État dans toutes ses dimensions, l’autre sur une répartition tacite des zones d’influence. Il affirme que le second modèle est incompatible avec la relance de l’économie, la confiance internationale et la stabilité sociale.

Son positionnement vise également à rappeler que le maintien d’armes illégales ne constitue pas seulement un problème de sécurité, mais un obstacle majeur à la reconstruction institutionnelle et économique du pays. Il fait le lien entre la faiblesse de l’État et les difficultés structurelles qui entravent le redressement libanais.

“La vérité doit être dite” : une rhétorique du sursaut national

Le chef des Forces libanaises a poursuivi sa logique argumentative en déclarant : « Il est temps d’affronter la vérité. La coexistence pacifique ne peut se construire sur des équilibres armés. » Cette citation marque un tournant rhétorique. Elle introduit une dynamique de dévoilement, comme s’il s’agissait de sortir d’un long déni politique autour de la question des armes.

Dans ce discours, Geagea ne se limite pas à une critique du Hezbollah. Il vise une culture politique plus large, celle du compromis permanent avec des entités paraétatiques, rendue possible par la peur de l’instabilité ou les héritages de la guerre civile. Il pose ainsi un diagnostic sur l’état de la République libanaise, fondé sur une analyse des non-dits et des logiques d’évitement.

En insistant sur la nécessité de “dire la vérité”, il cherche à déplacer le débat sur le terrain moral. Il ne s’agit plus uniquement d’un affrontement de légitimités politiques, mais d’un appel à la clarté dans la conduite des affaires publiques. Il tente de mobiliser un sursaut citoyen autour d’une exigence de transparence et de cohérence dans l’application des principes constitutionnels.

Le ton adopté est volontairement grave, presque solennel. Il place ses interlocuteurs politiques face à une responsabilité collective, les appelant à cesser de traiter la question du désarmement comme un sujet secondaire ou différable. Cette posture vise à établir une ligne de fracture claire entre ceux qui acceptent le débat et ceux qui s’y dérobent.

“Nous la paierons demain avec des intérêts” : l’argument du coût différé

Dans une déclaration particulièrement marquante, Samir Geagea a averti : « Si nous ne réglons pas cette question aujourd’hui, nous la paierons demain avec des intérêts. » Par cette formule, il tente d’ancrer son discours dans une logique temporelle qui dépasse le court terme. Il invite ses interlocuteurs à réfléchir aux conséquences différées de l’inaction actuelle.

Ce type d’argument vise à établir un lien entre les problèmes de gouvernance du présent et les risques d’effondrement futurs. Il suggère que le refus d’aborder frontalement le sujet du désarmement revient à poser les jalons d’une prochaine crise, plus grave, plus coûteuse et moins contrôlable. Le registre employé s’apparente à une mise en garde : le silence d’aujourd’hui prépare les fractures de demain.

Cette rhétorique du coût différé repose sur une mémoire récente des cycles de violence au Liban. Le chef des Forces libanaises évoque implicitement les épisodes de confrontation violente survenus depuis la fin de la guerre civile, notamment les événements de mai 2008, les blocages institutionnels répétés, ou les tensions militaires localisées dans certaines régions.

En construisant ainsi une logique de cause à effet entre inaction et chaos, il cherche à priver ses opposants de l’argument de la stabilité relative. Il affirme que le statu quo n’est pas une garantie de paix, mais un facteur de pourrissement politique. Le message est destiné autant à l’opinion publique qu’aux acteurs institutionnels : le désarmement est un impératif de long terme.

Réactions hostiles et accusations d’alignement

Les propos de Samir Geagea n’ont pas tardé à susciter des réactions virulentes. Dans les milieux politiques proches du Hezbollah, ces déclarations ont été perçues comme une tentative d’exacerber les clivages communautaires. Plusieurs figures alliées ont accusé le chef des Forces libanaises de chercher à imposer une ligne d’affrontement, en alignement direct avec les exigences américaines récemment exprimées à travers la réponse diplomatique transmise à Beyrouth.

Selon ces critiques, le discours de Geagea vise à transformer une problématique complexe de souveraineté et de sécurité nationale en un outil de pression politique. Ils y voient une démarche destinée à marginaliser une composante nationale en l’associant systématiquement à des dynamiques étrangères, sans prendre en compte les équilibres internes du pays.

D’autres l’accusent de tenter de raviver les réflexes de confrontation confessionnelle, en instrumentalisant le dossier du désarmement pour des fins de positionnement partisan. Ils mettent en garde contre les conséquences d’un discours perçu comme excluant, dans une période déjà tendue sur les plans sécuritaire, social et économique.

Dans les cercles parlementaires, certaines voix ont appelé à la retenue, estimant que le débat sur les armes ne peut être traité dans un climat de surenchère verbale. Elles plaident pour une approche plus graduelle, intégrant une réflexion sur la stratégie de défense nationale, la réforme de l’armée, et les mécanismes de dialogue interne.

Le discours de Samir Geagea réactive ainsi une ligne de fracture ancienne, mais redevenue centrale. La question du désarmement, posée aujourd’hui dans un cadre international contraignant, devient le miroir d’un affrontement idéologique entre deux visions de l’État libanais. Pour ses partisans, le chef des Forces libanaises pose un cap de redressement. Pour ses adversaires, il met en péril la stabilité nationale en embrassant une logique d’ultimatum. La séquence ouverte par ses déclarations risque de continuer à structurer le débat public dans les semaines à venir.

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Newsdesk Libnanews
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