lundi, février 9, 2026

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Le 9 février 1987 : Déclenchement des troubles au camp de Balata, étincelle d’un soulèvement civil en Palestine occupée

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Le 9 février 1987, dans le camp de réfugiés de Balata, près de Nablus en Cisjordanie, une manifestation pacifique de Palestiniens tourne à l’affrontement avec les forces israéliennes. Ce qui commence comme une protestation contre le siège du camp de Shatila au Liban par la milice Amal dégénère rapidement en une vague de troubles qui s’étend à travers plusieurs zones occupées. Quatre Palestiniens sont blessés par des tirs à balles réelles après l’usage initial de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Cet incident, bien que limité dans un premier temps, marque le début d’une période de tensions accrues, révélant les frustrations accumulées sous l’occupation israélienne depuis la guerre de 1967. Les événements de ce jour illustrent comment un acte de solidarité avec des compatriotes lointains peut cristalliser des griefs locaux, transformant un rassemblement en un soulèvement civil qui secoue la Palestine occupée tout au long de l’année.

Les camps de réfugiés, tels que Balata, abritent des milliers de Palestiniens déplacés depuis 1948, vivant dans des conditions précaires, avec un accès limité aux ressources et une surveillance constante des autorités israéliennes. Balata, établi en 1950 par la Croix-Rouge et géré par l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), compte alors environ 15 000 habitants, majoritairement des jeunes nés sous occupation. Ces camps ne sont pas seulement des zones de résidence ; ils sont des foyers de résistance politique, où les nouvelles du monde arabe circulent rapidement via des réseaux informels. Le 9 février, les manifestants, composés en grande partie de jeunes hommes et de femmes, brandissent des slogans en soutien aux Palestiniens assiégés à Shatila, un camp au Liban théâtre de violences interpalestiniennes exacerbées par des acteurs régionaux. Les forces israéliennes, déployées pour maintenir l’ordre, interviennent avec une escalade rapide : d’abord des gaz lacrymogènes pour disperser la foule, puis des balles en caoutchouc, et enfin des munitions réelles lorsque les jets de pierres s’intensifient. Les blessés, transportés vers l’hôpital de Nablus, incluent des civils non armés, ce qui alimente immédiatement la colère locale.

Un contexte de frustrations accumulées

Pour comprendre l’éclatement des troubles ce 9 février, il faut replacer l’événement dans le cadre plus large des tensions régionales et locales qui marquent le début de 1987. La Cisjordanie et la bande de Gaza, occupées par Israël depuis la guerre des Six Jours en 1967, sont soumises à un régime militaire strict, avec des restrictions sur les mouvements, les constructions et les activités politiques. Les Palestiniens y font face à une expansion des colonies israéliennes, perçue comme une expropriation progressive de leurs terres. En parallèle, le conflit au Liban, où des factions palestiniennes sont impliquées, exerce une influence directe sur les territoires occupés. Le siège de Shatila, imposé par la milice chiite Amal depuis mai 1985, a déjà causé des centaines de morts parmi les réfugiés palestiniens, privant les camps d’eau, d’électricité et de nourriture. Des rapports de l’ONU, publiés en janvier 1987, décrivent des conditions humanitaires catastrophiques, avec des civils piégés entre les feux croisés.

Un porte-parole de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), alors basée à Tunis, déclare à l’époque : « Le siège de Shatila est une agression contre l’ensemble du peuple palestinien, et les manifestations en Cisjordanie sont une réponse légitime à cette barbarie. » Ces mots, relayés par des médias arabes, mobilisent les communautés locales. À Balata, les organisateurs de la manifestation du 9 février invoquent explicitement cette solidarité transnationale, appelant à une unité palestinienne face aux menaces extérieures. Les autorités israéliennes, de leur côté, voient dans ces rassemblements une menace potentielle à l’ordre public, justifiant une intervention ferme. Un communiqué du ministère israélien de la Défense, daté du 10 février, affirme : « Les forces de sécurité ont agi avec retenue face à des émeutiers violents, utilisant des moyens non létaux avant de recourir à la légitime défense. » Cette version contraste avec les témoignages palestiniens, qui dénoncent une répression disproportionnée.

Les troubles s’inscrivent également dans une série d’incidents antérieurs. En janvier 1987, plusieurs arrestations administratives – des détentions sans procès – ont visé des leaders communautaires à Nablus, exacerbant le sentiment d’injustice. L’économie locale, dépendante du travail en Israël, souffre d’un chômage élevé parmi les jeunes, qui constituent la majorité des manifestants. Balata, avec ses ruelles étroites et ses maisons surpeuplées, devient un symbole de cette précarité. Les événements du 9 février ne sont pas isolés ; ils font écho à des protestations sporadiques survenues en décembre 1986, lorsque des étudiants de l’université de Birzeit avaient déjà affronté les forces israéliennes.

Le déroulement précis des événements au camp de Balata

Le 9 février 1987, vers midi, une foule d’environ 200 à 300 Palestiniens se rassemble à l’entrée du camp de Balata. Les manifestants, munis de drapeaux palestiniens et de banderoles, scandent des slogans contre Amal et en faveur de l’OLP. Selon des rapports contemporains, l’atmosphère est initialement tendue mais non violente. Les forces israéliennes, composées de soldats de l’armée et de policiers frontaliers, bloquent les accès au camp pour empêcher la propagation. Vers 14 heures, des jets de pierres sont lancés en direction des véhicules militaires, provoquant une riposte immédiate. Des grenades lacrymogènes sont tirées, enveloppant le camp d’un nuage irritant qui force de nombreux résidents à se réfugier chez eux. Des balles en caoutchouc suivent, blessant plusieurs personnes aux jambes et au torse.

C’est à ce moment que l’escalade se produit : des tirs à balles réelles sont rapportés, touchant quatre manifestants. Parmi eux, un jeune homme de 22 ans est grièvement blessé à la poitrine, tandis que d’autres souffrent de fractures et de contusions. Les ambulances de l’UNRWA, dépêchées sur place, évacuent les blessés vers l’hôpital Rafidia de Nablus, où des médecins confirment l’usage de munitions létales. Un porte-parole de l’armée israélienne, interrogé par la presse internationale, explique : « Les soldats ont tiré en l’air pour disperser la foule, mais face à une menace imminente, des mesures proportionnées ont été prises. » Les autorités palestiniennes locales, quant à elles, dénoncent une « agression gratuite contre des civils désarmés ».

Dans les heures qui suivent, le camp est placé sous couvre-feu partiel, interdisant les sorties après 18 heures. Des renforts militaires arrivent, patrouillant les abords pour empêcher toute extension. Pourtant, des groupes de jeunes continuent de défier l’ordre, érigeant des barricades de pneus enflammés et de pierres pour bloquer les routes. Ces actes de résistance civile, bien que spontanés, révèlent une organisation naissante au sein des camps, où des comités populaires commencent à coordonner les actions.

L’escalade rapide et l’extension des protestations

Dès le 10 février, les troubles s’étendent au-delà de Balata. À Nablus, des manifestations solidaires éclatent, avec des commerçants fermant leurs échoppes en signe de grève. Nidal Abu-Oreif, un jeune de 19 ans originaire de Balata, est tué par balles lors d’un affrontement avec une patrouille israélienne. Son décès, survenu alors qu’il participait à une procession funéraire pour les blessés de la veille, enflamme la région. Des funérailles massives, rassemblant des milliers de personnes, se transforment en nouveaux foyers de contestation. Les forces israéliennes imposent un couvre-feu total sur Nablus et Balata, mais les violations sont nombreuses, menant à des arrestations en masse – plus de 50 en une journée.

Le 11 février, les camps voisins, comme Askar et Jalazoun, rejoignent le mouvement. À Askar, des jets de pierres contre des véhicules militaires blessent légèrement deux soldats israéliens. La riposte inclut l’usage de gaz lacrymogènes dans les écoles, affectant des enfants. Un rapport de l’UNRWA note que plus de 20 Palestiniens sont hospitalisés pour inhalation de gaz ce jour-là. Les autorités israéliennes, face à cette propagation, déploient des unités supplémentaires, y compris des hélicoptères pour la surveillance aérienne. Un communiqué du gouvernement israélien, publié le 12 février, déclare : « Ces disturbances sont orchestrées par des éléments extérieurs hostiles, et nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour restaurer la calme. »

Au fil des jours, les troubles gagnent en intensité. Le 13 février, une grève générale est observée dans plusieurs villes de Cisjordanie, paralysant l’économie locale. À Ramallah, des manifestants bloquent la route principale vers Jérusalem, forçant les forces israéliennes à détourner le trafic. Deux Palestiniens supplémentaires sont tués : un à Jalazoun, touché à la tête lors d’un échange de tirs, et un autre à Nablus, victime d’une balle perdue. Les blessés se comptent par dizaines, avec des fractures dues aux balles en caoutchouc et aux bastonnades. Ces méthodes, qualifiées de « force modérée » par les officiels israéliens, sont critiquées par des observateurs internationaux pour leur brutalité.

Le 18 février marque un pic de violence. Dans le camp d’Askar, un taxi palestinien fonce sur une patrouille militaire, blessant deux soldats israéliens. Le chauffeur est abattu sur place par les forces de sécurité. Cet incident, perçu par les Palestiniens comme une provocation, déclenche des émeutes généralisées. Des barricades sont érigées dans tout Nablus, et des cocktails Molotov sont lancés pour la première fois dans ces troubles. Les autorités israéliennes répondent par des raids nocturnes, arrêtant plus de 100 suspects accusés d’incitation à la violence.

La réponse des autorités israéliennes et les mesures répressives

Face à cette vague de protestations, le gouvernement israélien, dirigé par Yitzhak Shamir, adopte une posture ferme. Des renforts sont envoyés en Cisjordanie, portant le nombre de troupes à plusieurs milliers. Les couvre-feux sont étendus, parfois sur plusieurs jours, isolant les camps et empêchant l’accès aux soins et aux vivres. Un porte-parole du ministère de la Défense affirme le 15 février : « Notre objectif est de protéger les civils innocents et de neutraliser les agitateurs qui exploitent la situation au Liban pour semer le chaos ici. » Des expulsions sont ordonnées pour des leaders présumés, bien que contestées par des associations de droits de l’homme.

Sur le plan international, l’ONU exprime sa préoccupation. Une résolution du Conseil de sécurité, adoptée le 20 février, appelle à la retenue et à une enquête sur les tirs à balles réelles. Le secrétaire général de l’ONU, Javier Pérez de Cuéllar, déclare : « La violence en Cisjordanie met en péril la stabilité régionale et nécessite un dialogue urgent entre les parties. » Côté palestinien, l’OLP, par la voix de Yasser Arafat, condamne la répression : « Les forces d’occupation répondent à des cris de justice par des balles, révélant leur peur d’un peuple uni. »

Les comités populaires dans les camps commencent à organiser des distributions de nourriture et des soins médicaux, contrecarrant partiellement les effets des couvre-feux. Ces structures informelles, composées de résidents locaux, démontrent une résilience civile face à la pression militaire.

Les implications immédiates et le bilan des troubles

Au 22 février, date officieuse de la fin de cette vague, le bilan est lourd : au moins cinq Palestiniens tués, dont Nidal Abu-Oreif et d’autres jeunes manifestants, et plus de 100 blessés. Du côté israélien, plusieurs soldats sont légèrement blessés par des pierres ou des véhicules. Les arrestations se chiffrent à plus de 200, avec des procès militaires expéditifs. Les troubles ont paralysé l’économie de Nablus pendant près de deux semaines, avec des pertes estimées à des millions de shekels pour les commerçants palestiniens.

Ces événements révèlent une fracture profonde : les Palestiniens, inspirés par leur solidarité avec Shatila, expriment un refus croissant de l’status quo. Les forces israéliennes, en imposant des mesures strictes, visent à contenir la contagion, mais les graines d’un soulèvement plus large sont semées. Les protestations sporadiques persistent dans les jours suivants, avec des incidents mineurs à Balata et Askar, où des patrouilles nocturnes maintiennent une tension palpable. Les résidents, confrontés à des perquisitions régulières, adaptent leurs routines quotidiennes, transformant les camps en bastions de résistance passive. Les implications pour la stabilité régionale se font sentir, avec des appels internationaux à une médiation qui restent, pour l’heure, sans suite concrète. Les troubles de février 1987, bien que circonscrits, annoncent une année marquée par des confrontations récurrentes, où chaque manifestation renforce la détermination civile face à l’occupation.

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