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Le destin de la FINUL au Sud-Liban est en jeu

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Le Sud-Liban demeure un théâtre de tensions extrêmes, marqué par des affrontements entre le Hezbollah et Israël, malgré le cessez-le-feu signé le 26 novembre 2024. Cet accord, négocié par les États-Unis et la France, visait à mettre fin à un conflit ayant causé plus de 4 000 morts et 17 000 blessés. La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), déployée depuis 1978, est au centre des débats alors que son mandat, prolongé par la résolution 2749 (2024) jusqu’au 31 août 2025, doit être renouvelé aujourd’hui par le Conseil de sécurité. Composée d’environ 10 800 Casques bleus issus de 49 pays, dont l’Indonésie, l’Inde et la France, la FINUL a pour mission de surveiller la Ligne bleue, d’appuyer les Forces armées libanaises (FAL) et de documenter les violations de la résolution 1701 (2006). Les violations répétées du cessez-le-feu, l’occupation israélienne persistante et les divergences diplomatiques rendent ce renouvellement incertain. Le vote d’aujourd’hui déterminera si la FINUL continuera à jouer son rôle ou si des ajustements majeurs seront imposés, avec des conséquences potentielles sur la stabilité régionale. La situation est d’autant plus critique que le Liban traverse une crise économique et politique profonde, tandis qu’Israël intensifie ses opérations militaires, justifiées par des préoccupations sécuritaires face au Hezbollah.

La position libanaise : la FINUL, un rempart indispensable
Le Liban défend avec vigueur le maintien de la FINUL, considérée comme essentielle pour préserver la stabilité dans le sud du pays. Le président Joseph Aoun, commandant des FAL de 2017 à 2024 et président de la République depuis le 9 janvier 2025, a souligné l’importance de la mission. Lors d’un entretien avec une délégation parlementaire américaine le 20 août 2025, il a déclaré que « toute limitation du mandat de la FINUL aurait un impact négatif, alors qu’Israël occupe encore des portions du territoire libanais ». Le 27 juin 2025, le ministère libanais des Affaires étrangères, dirigé par Abdallah Bouhabib, a adressé une lettre au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, demandant une extension d’un an du mandat, réaffirmant l’engagement de Beyrouth à coopérer avec la mission. La FINUL joue un rôle clé en documentant les violations israéliennes, telles que les survols de drones et les frappes aériennes, dans des rapports soumis au Conseil de sécurité. Le Premier ministre désigné Nawaf Salam, nommé le 13 janvier 2025 après avoir obtenu 84 voix sur 128 au Parlement, a appelé les États-Unis et la France à faire pression sur Israël pour respecter l’accord de cessez-le-feu, soulignant que les retards dans le retrait israélien entravent le déploiement des FAL.

Pour le Liban, la FINUL est un bouclier contre l’escalade et un outil pour renforcer la souveraineté nationale face aux incursions israéliennes. Les autorités libanaises insistent également sur la nécessité de protéger les Casques bleus, dénonçant les attaques israéliennes contre leurs positions, comme celle du 14 mai 2025 à Ras al-Naqoura, comme des violations graves du droit international. Le Liban a également porté plainte auprès du Conseil de sécurité pour exiger un retrait immédiat des forces israéliennes, soulignant que leur présence prolongée constitue une menace directe à la stabilité.

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La position israélienne : une FINUL inefficace et contestée
Israël adopte une posture critique envers la FINUL, remettant en cause son efficacité à empêcher le Hezbollah de maintenir une présence militaire dans le Sud-Liban, en violation de la résolution 1701. Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a exigé dans une déclaration publique le 19 août 2025 la fin du mandat de la FINUL, arguant qu’elle a échoué à désarmer le Hezbollah et à empêcher son réarmement. Israël justifie ses propres violations du cessez-le-feu, notamment le maintien de cinq postes militaires sur le territoire libanais, par la nécessité de contrer les menaces du Hezbollah.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que la FINUL « n’a pas rempli son rôle » et a proposé un mécanisme alternatif de supervision, impliquant un comité à cinq avec les États-Unis, la France, le Liban et Israël. Ce comité, mis en place après le cessez-le-feu de novembre 2024, vise à superviser le respect de l’accord, mais n’a pas empêché les violations répétées. La position israélienne reflète l’intention de Tel-Aviv de créer une zone de sécurité au Sud-Liban, une idée fermement rejetée par Beyrouth.

Les critiques israéliennes s’appuient sur des incidents où la FINUL a été empêchée d’accéder à certaines zones par des habitants locaux, souvent liés au Hezbollah, renforçant l’argument de son inefficacité. Des sources diplomatiques israéliennes ont également exprimé leur frustration face à la lenteur du déploiement des FAL, accusant le Liban de ne pas respecter pleinement ses engagements sous la résolution 1701. Israël a conditionné son retrait complet du Sud-Liban à des garanties sur le désarmement du Hezbollah, une exigence que le Liban juge irréaliste tant que l’occupation persiste.

Violations du cessez-le-feu : un fragile équilibre menacé
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 27 novembre 2024, la FINUL a recensé environ 1 500 violations, principalement attribuées à Israël, selon le gouvernement libanais. Ces incidents incluent des frappes aériennes quasi quotidiennes sur des villages comme Alma al-Shaab, Tyre et Khiam, des survols de drones et des destructions d’infrastructures civiles. Un rapport de la FINUL du 3 décembre 2024 note une centaine de violations israéliennes, incluant des tirs sur des civils revenant dans leurs villages, comme à Kafr Kila, où deux personnes ont été tuées le 27 janvier 2025. Le 20 décembre 2024, des drones israéliens ont ciblé des zones civiles à Tayr Debba, tuant cinq personnes.

La France a rapporté 52 violations israéliennes au 2 décembre 2024, tandis que le Liban a recensé 47 attaques mortelles jusqu’au 10 juillet 2025, avec un total de 260 morts depuis le début de la trêve. De son côté, le Hezbollah a globalement respecté l’accord, bien que des tirs de roquettes isolés en mars 2025, non revendiqués par le groupe, aient provoqué des frappes israéliennes en représailles sur Beyrouth.

La FINUL a également signalé une cinquantaine d’incidents où des habitants, souvent proches du Hezbollah, ont entravé ses patrouilles, limitant sa liberté de mouvement. Ces violations fragilisent la mission de la FINUL, prise entre les accusations d’inefficacité et les attentes d’un rôle renforcé. Les Casques bleus ont également été directement ciblés, avec six blessés dans un raid aérien israélien le 7 novembre 2024 près de Naqoura, un incident qui a suscité une condamnation internationale. Le Liban a accusé Israël de chercher à intimider la FINUL pour limiter sa capacité à documenter les violations, tandis qu’Israël rejette ces accusations, affirmant que ses actions visent uniquement des cibles du Hezbollah.

L’occupation israélienne : un point de discorde majeur
L’accord de cessez-le-feu prévoyait un retrait complet des forces israéliennes du Liban d’ici le 18 février 2025, après une extension de la date initiale du 26 janvier. Cependant, Israël maintient cinq postes militaires sur des hauteurs stratégiques près des localités de Shlomi, Zar’it, Avivim, Margaliot et Metula, une présence qualifiée d’« occupation » par le gouvernement libanais. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré le 16 avril 2025 que ces positions seraient conservées jusqu’à ce que le Hezbollah soit pleinement désarmé dans le sud. Cette occupation partielle, dénoncée par António Guterres comme une violation de la souveraineté libanaise, complique le déploiement des FAL, qui ont pris le contrôle de 190 des 265 positions militaires du Hezbollah dans le sud, selon un rapport de l’ONU d’avril 2025. Le Liban a déposé plusieurs plaintes auprès du Conseil de sécurité, exigeant un retrait immédiat. La FINUL, bien que présente, n’a pas les moyens d’imposer un retrait forcé, son mandat se limitant à la surveillance et à la coordination avec les FAL. Cette situation alimente les tensions, les autorités libanaises accusant Israël de chercher à établir une zone tampon permanente. Les restrictions imposées par Israël sur le retour des déplacés dans une trentaine de villages proches de la frontière aggravent la crise humanitaire, avec des familles incapables de regagner leurs foyers. Le Hezbollah, de son côté, a conditionné tout progrès sur son désarmement à un retrait complet d’Israël, créant une impasse diplomatique.

Les positions des membres du Conseil de sécurité
Le Conseil de sécurité, composé de 15 membres, est divisé sur l’avenir de la FINUL. La France, qui a présenté un projet de résolution pour une extension d’un an, soutient fermement le maintien de la mission, tout en proposant un retrait progressif à long terme si le gouvernement libanais parvient à contrôler pleinement son territoire. Paris a condamné les attaques israéliennes contre les positions de la FINUL, comme celle du 14 mai 2025 à Ras al-Naqoura, et insiste sur la nécessité de garantir la liberté de mouvement des Casques bleus. Les États-Unis, bien que soutenant officiellement la FINUL, se montrent réticents à un renouvellement automatique, alignés sur la position israélienne critiquant l’inefficacité de la mission. Des diplomates américains ont suggéré, lors d’une réunion à huis clos le 18 août 2025, une réduction des effectifs ou un repositionnement au nord du Litani.

La Russie et la Chine, qui se sont abstenues lors du vote de la résolution 2695 (2023), appellent à une application stricte de la résolution 1701, condamnant les violations israéliennes tout en exhortant le Liban à désarmer le Hezbollah. La Russie considère le Hezbollah comme une force sociopolitique légitime, tandis que le Royaume-Uni et les États-Unis le désignent comme une organisation terroriste dans son ensemble. L’Algérie, membre non permanent, a proposé une mission de visite du Conseil au Liban pour évaluer la situation sur le terrain, une idée soutenue par la majorité des membres mais critiquée par les États-Unis comme pouvant nuire aux progrès du cessez-le-feu. Le Royaume-Uni, tout en soutenant la FINUL, a exprimé des réserves sur son efficacité, appelant à un renforcement des capacités des FAL pour réduire la dépendance aux Casques bleus.

Les pays contributeurs à la FINUL : un engagement sous pression
Les principaux pays contributeurs à la FINUL, comme l’Indonésie (1 232 soldats), l’Inde (893), le Ghana (870), la Malaisie (833) et la France (652), soutiennent généralement la mission, mais font face à des défis croissants. L’Italie, avec un contingent important, a condamné les attaques israéliennes contre les Casques bleus, notamment après l’incident du 7 novembre 2024 où six peacekeepers ont été blessés dans un raid aérien près de Naqoura. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a plaidé pour un renforcement de la FINUL lors de sa visite à Beyrouth en octobre 2024. L’Irlande, dont les troupes ont été visées par des tirs israéliens le 4 octobre 2024, a rejeté la demande d’Israël de retirer ses peacekeepers de la frontière. L’Espagne et la Corée du Sud, également contributeurs, insistent sur la protection des Casques bleus et le respect du droit international humanitaire.

Cependant, la Croatie et la Pologne ont rapatrié une partie de leurs personnels en octobre 2024 en raison des risques accrus, illustrant les tensions auxquelles sont confrontés les pays participants. Les contributeurs appellent à une meilleure coordination avec les FAL pour sécuriser la zone sud et éviter les incidents avec les populations locales, souvent influencées par le Hezbollah. La Malaisie, par exemple, a proposé en juillet 2025 un renforcement des patrouilles conjointes FINUL-FAL pour améliorer la sécurité des Casques bleus.

Les défis humanitaires et économiques aggravés
Le conflit et les violations du cessez-le-feu ont exacerbé la crise humanitaire au Liban. Depuis octobre 2023, plus de 779 000 personnes, principalement dans le sud, ont été déplacées, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Les frappes israéliennes ont endommagé 34 hôpitaux, 107 ambulances et tué 111 techniciens médicaux d’urgence entre septembre et octobre 2024. Un rapport du Programme des Nations Unies pour le développement prévoit une baisse de 9,2 % du PIB libanais en 2024, avec un chômage atteignant 32,6 % d’ici la fin de l’année.

La FINUL, bien que limitée dans ses capacités humanitaires, facilite l’accès des agences de l’ONU aux populations affectées, mais sa mission est entravée par les restrictions de mouvement imposées par les forces israéliennes et les tensions avec les communautés locales. Les besoins de reconstruction sont estimés à 11 milliards de dollars par la Banque mondiale, un défi colossal pour un pays déjà en crise économique depuis 2019. La situation est aggravée par l’incapacité des déplacés à retourner dans leurs villages en raison des restrictions israéliennes, ce qui alimente les tensions sociales et politiques. Les organisations humanitaires, comme le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, ont lancé des appels urgents pour un financement accru, mais les fonds internationaux restent insuffisants face à l’ampleur des besoins.

Vers une redéfinition du mandat de la FINUL ?
Le débat sur le renouvellement de la FINUL soulève la question d’une possible redéfinition de son mandat. La France propose de maintenir la mission tout en renforçant le soutien aux FAL pour qu’elles assument pleinement la sécurité du Sud-Liban. Israël et les États-Unis, en revanche, poussent pour une réduction des effectifs ou un repositionnement des Casques bleus au nord du Litani, une proposition rejetée par le Liban et la majorité des pays contributeurs. Le Hezbollah, affaibli par le conflit de 2024, a signalé en avril 2025 une ouverture à discuter de son désarmement avec le président Joseph Aoun, à condition qu’Israël se retire complètement. Cette ouverture, bien que conditionnelle, pourrait influencer les négociations au Conseil de sécurité.

Cependant, les divergences entre les membres permanents, notamment sur le rôle de la FINUL face au Hezbollah, compliquent un consensus. La Russie et la Chine insistent sur le respect de la souveraineté libanaise, tandis que les États-Unis et le Royaume-Uni mettent l’accent sur le désarmement du Hezbollah comme condition préalable à tout changement de mandat. L’Algérie, membre non permanent, a proposé une mission de visite du Conseil au Liban pour évaluer la situation sur le terrain, une idée soutenue par la majorité des membres mais critiquée par les États-Unis comme pouvant nuire aux progrès du cessez-le-feu. Une telle visite, si elle avait lieu, pourrait clarifier les défis auxquels la FINUL est confrontée, notamment les restrictions de mouvement et les attaques contre ses positions.

Un vote sous haute surveillance
Le vote du 25 août 2025 au Conseil de sécurité est scruté de près, alors que la région reste au bord de l’escalade. La France, soutenue par des pays comme l’Italie et l’Espagne, insiste sur l’importance de la FINUL pour éviter un conflit généralisé. Les États-Unis, tout en reconnaissant le rôle des Casques bleus, semblent sensibles aux arguments israéliens, ce qui pourrait conduire à des amendements au mandat, tels qu’une réduction des effectifs ou une redéfinition des zones d’opération. La Russie et la Chine, critiques des actions israéliennes, exigent des garanties sur la souveraineté libanaise et condamnent l’occupation persistante. Les pays contributeurs, bien que confrontés à des risques croissants, appellent à une meilleure protection de leurs troupes et à un renforcement de la coordination avec les FAL.

Pendant ce temps, les violations continues, l’occupation israélienne et les défis logistiques auxquels fait face la FINUL maintiennent une pression constante sur la mission. Le résultat du vote déterminera non seulement l’avenir de la FINUL, mais aussi la capacité du Liban à restaurer sa stabilité dans un contexte régional hautement instable. Une décision défavorable pourrait exacerber les tensions, tandis qu’un renouvellement renforcé pourrait offrir une chance de stabiliser la région, à condition que les parties respectent leurs engagements sous la résolution 1701.

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