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Le Liban approuve une hausse des taxes sur les concerts et la vie nocturne dans le cadre du budget 2026

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Le Parlement libanais a approuvé, le 6 février 2026, le budget de l’État pour l’année en cours, marquant un tournant dans la gestion des finances publiques au milieu d’une crise économique persistante. Parmi les mesures phares de ce budget, évalué à environ 6 milliards de dollars avec un excédent primaire anticipé d’un milliard de dollars, figure une augmentation significative des taxes sur les concerts, les boîtes de nuit et les événements de divertissement impliquant des artistes étrangers. Cette décision, pilotée par le ministère des Finances sous la direction de Yassine Jaber, vise à renforcer les recettes fiscales en ciblant un secteur dynamique mais souvent sous-taxé. Le budget, ratifié après trois jours de débats intenses avec 59 voix pour, 34 contre et 11 abstentions, intègre également une hausse de la TVA à 12 % et des augmentations sur les carburants, illustrant une stratégie globale de consolidation budgétaire.

Un contexte économique marqué par la crise

Le Liban traverse une période de turbulences économiques depuis 2019, avec une dépréciation massive de la livre libanaise, une inflation galopante et une contraction du PIB estimée à plus de 40 % sur les cinq dernières années. Selon les rapports du Fonds monétaire international (FMI), publiés en janvier 2026, le pays doit impérativement accroître ses recettes pour stabiliser ses finances publiques et éviter un effondrement plus profond. Le budget 2026, fixé à 538,42 billions de livres libanaises (environ 6 milliards de dollars au taux de change de 89 500 livres pour un dollar), reflète cette urgence. Les revenus fiscaux représentent 81,65 % du total, soit 439,61 billions de livres, tandis que les revenus non fiscaux s’élèvent à 98,80 billions. Les taxes sur les biens et services dominent, contribuant à 47,51 % des recettes, suivies par les droits de douane (13,73 %) et les taxes sur les propriétés (6,69 %).

Dans ce cadre, le ministère des Finances a intensifié ses efforts pour combler les lacunes fiscales. Yassine Jaber, nommé en février 2025 au sein du gouvernement de Nawaf Salam, a défendu ces mesures lors d’une conférence de presse le 17 février 2026, affirmant que l’augmentation des salaires du secteur public, coûtant environ 620 millions de dollars, nécessite un équilibre financier strict. « Nous sommes très attachés à maintenir l’équilibre budgétaire, car tout déséquilibre nous mènerait à une crise », a-t-il déclaré, soulignant les recommandations du FMI pour une fiscalité plus rigoureuse.

Détails de la mesure sur les divertissements

La nouvelle politique fiscale double la taxe traditionnelle sur les divertissements, connue sous le nom de taxe sur les amusements, passant de 5 % à 10 %. Cette taxe s’applique aux billets d’entrée pour les concerts, les spectacles et les événements nocturnes. En outre, des règles plus strictes sont imposées sur la TVA, l’impôt sur le revenu et d’autres prélèvements pour les organisateurs et les artistes étrangers. Le ministère des Finances a émis des instructions claires : les organisateurs doivent être enregistrés et payer tous les impôts applicables, y compris la TVA et l’impôt sur le revenu. Une taxe de 17 % est prélevée sur 50 % des montants versés aux artistes non résidents, et des contributions supplémentaires au Fonds de solidarité libanais sont requises : 10 % sur les contrats des artistes étrangers et 2 % sur les ventes de billets.

Ces dispositions visent à surveiller étroitement toutes les activités impliquant des DJ, chanteurs, comédiens et autres performers internationaux. Auparavant, la politique était plus clémente, ciblant principalement les événements luxueux ou à haut profit, tout en épargnant les divertissements quotidiens. Désormais, les lieux accueillant des concerts étrangers ou des spectacles internationaux font face à des coûts plus élevés et à des audits rigoureux. Selon les officiels, ces mesures scellent les failles fiscales et assurent des revenus stables pour l’État face aux défis économiques.

Intégration dans une vague plus large de réformes fiscales

Cette hausse s’inscrit dans une série de réformes fiscales plus larges. Le budget 2026 prévoit une augmentation de la TVA de 11 % à 12 %, une mesure qui nécessite encore l’approbation parlementaire mais qui a déjà suscité des protestations. Le 17 février 2026, des manifestants ont bloqué des routes principales à Beyrouth après l’approbation par le Cabinet d’une taxe de 300 000 livres libanaises (environ 3,30 dollars) sur chaque 20 litres d’essence. Le diesel a été exempté, car il est essentiel pour les générateurs privés face aux coupures d’électricité chroniques. Ces augmentations financent une hausse des salaires du secteur public, multipliés par six pour compenser la perte de valeur due à la crise monétaire de 2019.

Le Premier ministre Nawaf Salam a défendu la hausse de la TVA, affirmant qu’elle « ne dépasse pas 1 % et cible les groupes à forte consommation, dans le but de financer les augmentations de salaires pour les employés du secteur public et les retraités ». Il a insisté sur le fait que cette mesure « n’affecte pas les classes à faible revenu », soulignant que les hausses pour les militaires et les fonctionnaires sont « méritées ». Le coût total de ces ajustements salariaux est estimé à 800 millions de dollars, répartis entre six salaires supplémentaires (620 millions), des allocations familiales accrues (100 millions) et l’égalisation des retraités militaires avec des subventions éducatives (70 millions).

Impacts positifs sur les finances publiques

Du point de vue budgétaire, ces mesures renforcent la capacité de l’État à générer des revenus sans introduire de nouvelles taxes généralisées. Le budget 2026 projette une croissance des recettes de 20 % par rapport à 2025, passant de 4,97 milliards à 5,97 milliards de dollars. Les taxes indirectes, comme la TVA et les excises, contribuent à plus du double des revenus provenant des impôts sur le revenu, les profits, les gains en capital et les propriétés (47 % contre 18 %). Cette structure, bien que régressive, permet une collecte plus large et rapide, essentielle dans un contexte où l’évasion fiscale est estimée à 1 milliard de dollars par an pour la TVA seule.

Yassine Jaber a mis en avant, lors de sa conférence du 17 février, que 200 cas majeurs d’évasion fiscale ont été renvoyés au procureur financier, impliquant des accusations de blanchiment d’argent. Le budget inclut également des pénalités multipliées par 25 pour les infractions fiscales, et une obligation accrue de déclaration des bénéficiaires effectifs pour combattre le blanchiment. Pour les importateurs non déclarants, une taxe de 3 % a été introduite, amendée pour cibler uniquement les défaillants. Ces outils renforcent la transparence et pourraient générer des revenus supplémentaires, aidant à financer des investissements stratégiques comme 200 millions de dollars pour l’agriculture via un prêt de la Banque mondiale, ou 250 millions pour l’électricité et les infrastructures.

En ciblant les événements avec des artistes étrangers, le gouvernement adresse un secteur qui a souvent échappé à une taxation pleine, particulièrement dans une économie informelle prédominante. Les contributions au Fonds de solidarité, à 10 % sur les contrats et 2 % sur les billets, soutiennent directement les initiatives sociales, comme les aides aux retraités et aux employés publics. Cela pourrait contribuer à une redistribution modeste, en alignant les secteurs prospères comme le divertissement avec les besoins nationaux.

Risques pour l’industrie du divertissement

Cependant, cette politique exerce une pression financière accrue sur l’industrie du divertissement libanais, traditionnellement un pilier de l’attractivité touristique du pays. Beyrouth, connue pour sa vie nocturne vibrante, attire des milliers de visiteurs annuels grâce à des festivals comme ceux de Baalbek ou Byblos, et des concerts d’artistes internationaux. Le doublement de la taxe sur les amusements à 10 %, combiné à la taxe de 17 % sur les paiements aux non-résidents et aux contributions au Fonds de solidarité, élève les coûts opérationnels pour les organisateurs. Les audits rigoureux pourraient décourager les investissements, particulièrement pour les petites salles ou les événements locaux.

Des acteurs du secteur ont exprimé leurs préoccupations. Les organisateurs d’événements doivent désormais vérifier l’enregistrement fiscal, collecter la TVA sur les revenus d’activités de divertissement et payer dans les sept jours suivant la fin du mois de l’événement. Pour les entités non enregistrées, cela vise à empêcher l’abus par des structures éphémères, mais cela complique les opérations pour les indépendants. Auparavant, la politique épargnait les divertissements quotidiens, se concentrant sur les événements luxueux ; ce virage pourrait réduire le nombre de spectacles, impactant les emplois dans la restauration, l’hôtellerie et les services connexes.

Dans un pays où le tourisme représente environ 10 % du PIB pré-crise, ces hausses risquent de freiner la reprise. Le budget 2026, bien que équilibré sur papier, reste à un tiers des niveaux pré-2019, soulignant une austérité persistante. Les protestations récentes contre la hausse des carburants, bloquant les routes de Beyrouth le 17 février, indiquent une grogne sociale plus large. Des députés indépendants et des blocs comme les Forces libanaises ont voté contre la hausse de la TVA, craignant une inflation accrue.

Une élasticité limitée du secteur

Le secteur du divertissement au Liban, particulièrement dans sa composante luxueuse, présente une élasticité relativement faible de la demande, ce qui signifie que les consommateurs réagissent modérément aux variations de prix. Avec des billets pour des concerts internationaux ou des soirées en clubs souvent positionnés à des niveaux élevés – pouvant atteindre plusieurs centaines de dollars pour des événements premium –, la hausse des taxes ne devrait pas entraîner une contraction significative de l’activité. Les prix, déjà hors de portée pour la majorité de la population libanaise confrontée à une inflation à 50 % en 2025 et à une dette publique à 150 % du PIB, rendent ce marché essentiellement élitiste. Ainsi, la mesure n’empêchera pas les événements les plus luxueux, fréquentés par une clientèle aisée ou touristique, notamment des visiteurs du Golfe, mais elle pourrait consolider cette orientation haut de gamme, sans dissuader fortement les organisateurs de programmer des spectacles premium, tout en accentuant les inégalités d’accès à la culture et au loisir pour les classes moyennes et populaires

La portée sur les « artistes » et les établissements de Mameltein

La mesure soulève des questions sur son champ d’application, particulièrement concernant les « artistes » étrangers entrant au Liban sous contrat. Dans le contexte libanais, le terme « artiste » est souvent associé aux visas délivrés pour des performeuses dans les nightclubs, notamment dans la zone de Mameltein, au nord de Beyrouth, connue pour ses « super nightclubs ». Ces établissements emploient fréquemment des femmes étrangères, originaires d’Europe de l’Est, d’Asie ou d’Afrique, sous couvert de visas artistes qui autorisent des spectacles de danse ou de performance, mais qui masquent parfois des activités de prostitution. La prostitution est légale au Liban depuis une loi de 1931, mais strictement réglementée et limitée aux établissements licenciés, bien que les licences pour maisons closes n’aient plus été délivrées depuis les années 1970.

Les instructions fiscales du budget 2026, en imposant une taxe de 10 % sur les contrats d’artistes étrangers et 17 % sur 50 % des paiements aux non-résidents, semblent inclure ces catégories. Déjà en 2018, une taxe de 10 % sur le recrutement d’artistes étrangers avait été introduite pour les firmes artistiques ou commerciales, couvrant tous les domaines artistiques, y compris ceux liés aux nightclubs. Les contributions au Fonds de solidarité s’appliquent également, potentiellement augmentant les coûts pour les opérateurs de Mameltein. Cela pourrait renforcer la surveillance sur un secteur souvent critiqué pour des pratiques d’exploitation, comme la confiscation de passeports ou la manipulation de dettes, bien que les autorités libanaises aient remplacé les visas artistes par des permis de travail en 2008 sans éradiquer les abus.

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Newsdesk Libnanews
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