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Le Liban confronté à une précarité persistante des réserves stratégiques : les stocks limités à des niveaux critiques

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Au cœur d’une région marquée par des tensions récurrentes, le Liban continue de faire face à des défis logistiques et économiques exacerbés par les répercussions des hostilités avec Israël, qui ont culminé en une invasion terrestre en septembre 2024 avant un cessez-le-feu le 27 novembre. Le 2 mars 2026, la déclaration de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a mis en lumière les menaces pesant sur les échanges commerciaux et les approvisionnements alimentaires vers l’Afrique et d’autres régions vulnérables, avec des impacts directs sur le marché mondial de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement. Au Liban, les autorités ont indiqué que les réserves en carburant restent précaires, avec des estimations locales pointant vers des stocks couvrant à peine quinze jours de consommation normale, tandis que les réserves alimentaires et pharmaceutiques s’étendent sur environ deux mois. Cette vulnérabilité, héritée de la crise économique de 2019 et amplifiée par les disruptions de 2024, souligne les limites du pays face aux chocs externes, alors que le gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam, formé en février 2025, s’efforce de consolider les importations essentielles.

Les incidents frontaliers sporadiques, tels que ceux rapportés près du Litani fin février 2026, où des échanges de tirs ont blessé au moins deux civils selon le ministère de l’Intérieur, ravivent les inquiétudes d’une déstabilisation accrue. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a déclaré lors d’un briefing au Conseil de sécurité que « les hostilités persistantes risquent d’aggraver l’instabilité au Moyen-Orient, avec des conséquences graves pour le marché mondial de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement alimentaire ». Ces perturbations ont entraîné une hausse de 30 à 50 % des coûts de transport pour les importations libanaises, les navires étant contraints de contourner la mer Rouge via le cap de Bonne-Espérance en raison des attaques des Houthis.

Les réserves énergétiques sous une tension accrue

Les infrastructures énergétiques du Liban, dépendantes à plus de 90 % des importations de carburant, demeurent exposées aux aléas régionaux. Le ministère de l’Énergie et de l’Eau a rapporté une diminution notable des importations de diesel et d’essence en février 2026, liée aux perturbations persistantes en mer Rouge, où plusieurs incidents impliquant des tankers ont été signalés en janvier. Le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, a indiqué lors d’une réunion du cabinet le 28 février que « la protection des infrastructures critiques doit être une priorité absolue pour toutes les parties impliquées ».

À Beyrouth et dans les régions méridionales, les files d’attente aux stations-service se multiplient, avec des mesures de rationnement appliquées dans la Bekaa et le sud du Liban. Les coupures d’électricité, chroniques avec une moyenne de vingt heures par jour dans certaines zones, s’intensifient en raison du manque de diesel pour les générateurs privés. Dans la Bekaa, des dommages aux lignes électriques, hérités des hostilités de 2024, laissent des milliers de foyers dépendants de réserves limitées. Le ministère de l’Énergie et de l’Eau a noté une baisse de 25 % des importations de fuel en février par rapport à janvier, en partie due aux fermetures temporaires de ports comme Tripoli pour des motifs sécuritaires.

Ces disruptions font écho aux crises de 2024, lorsque les échanges avec Israël ont provoqué une hausse de 40 % des prix du carburant au marché noir. Avec les tensions actuelles impliquant l’Iran et ses alliés, les autorités libanaises négocient avec des fournisseurs égyptiens et jordaniens pour diversifier les sources, mais les fermetures d’espaces aériens régionaux, comme celles imposées par la Jordanie et la Syrie fin février, compliquent les livraisons d’urgence. Le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré le 1er mars que « les denrées alimentaires, les médicaments et le carburant sont disponibles pour au moins deux mois », visant à apaiser la population face à la panique observée.

L’insécurité alimentaire dans un contexte de fragilité persistante

Le Liban importe environ 80 % de ses besoins alimentaires, le rendant sensible aux perturbations régionales. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), 874 000 personnes, soit 17 % de la population analysée, font face à des niveaux de crise ou d’urgence en matière d’insécurité alimentaire entre novembre 2025 et mars 2026. Cette situation est projetée à s’aggraver entre avril et juillet 2026, avec 961 000 personnes affectées, représentant 18 % de la population. Les prix des denrées de base, comme le pain et les céréales, ont augmenté de 15 % en quelques semaines dans le sud, en raison des restrictions de mouvement près de la ligne bleue.

Les destructions agricoles issues des conflits de 2024 ont réduit la production locale, avec 70 % du secteur affecté et environ 10 800 hectares de terres endommagées par des incendies. Le ministère de l’Agriculture rapporte que les agriculteurs du sud peinent à accéder à leurs champs, exacerbant la dépendance aux importations. Dans les camps de réfugiés comme Ain al-Hilweh, les distributions humanitaires sont perturbées, laissant des milliers sans accès régulier à la nourriture. Le ministère de la Santé publique a signalé une augmentation de 20 % des cas de malnutrition chez les enfants déplacés depuis janvier 2026, avec des taux de retard de croissance atteignant 19 % parmi les enfants syriens déplacés, selon l’enquête Lebanon Integrated Micronutrient and Child Development mise à jour en février 2026.

La triple charge de malnutrition – sous-nutrition, obésité et carences en micronutriments – affecte la moitié des enfants de moins de cinq ans, avec des taux d’anémie atteignant 75 % chez les adolescentes. Le PAM projette une augmentation de l’insécurité alimentaire de 19 % à 23 % d’ici septembre 2026, bien que les projections pour décembre 2024 à mars 2025 indiquent déjà 1,65 million de personnes en phase 3 ou supérieure. Les remises des expatriés, cruciales pour 20 % des ménages, ont chuté avec les instabilités au Golfe, forçant de nombreux Libanais à réduire les repas ou à opter pour des aliments moins nutritifs.

Les stocks pharmaceutiques confrontés à des retards persistants

Le secteur pharmaceutique libanais, qui importe 90 % de ses besoins, subit des retards dus aux hostilités. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a vérifié 23 attaques sur les infrastructures de santé depuis septembre 2024, entraînant 72 morts et 43 blessés parmi le personnel médical. Les stocks en médicaments essentiels sont estimés à deux mois par le ministère de la Santé publique, particulièrement pour les traitements chroniques comme l’insuline et les anticoagulants. Le ministre de la Santé publique a annoncé le 1er mars des négociations avec des fournisseurs régionaux, mais les fermetures d’espaces aériens compliquent les arrivées.

À Beyrouth et Tripoli, les pharmacies rationnent les stocks, avec des prix au marché noir triplant pour certains antibiotiques. Depuis 2019, plus de 20 000 professionnels de santé ont quitté le pays, laissant des spécialités sous-dotées. Dans la Bekaa, les services d’urgence peinent, avec des stocks de sérum épuisés rapidement. Le ministère de la Santé publique rapporte des shortages persistants, exacerbés par la fin de la subsidisation des médicaments en 2024. Des aides humanitaires internationales suppléent partiellement, mais elles sont limitées en scope et durée.

Comparaison avec les normes internationales : une insuffisance marquée

Les réserves stratégiques du Liban révèlent des lacunes significatives par rapport aux normes internationales établies par des organismes comme l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’OMS. Pour le carburant, l’AIE requiert de ses membres des stocks équivalant à au moins 90 jours d’importations nettes de pétrole pour contrer les disruptions d’approvisionnement. Au Liban, les réserves d’essence limitées à quinze jours représentent moins du sixième de cette norme, exposant le pays à des risques immédiats en cas d’escalade des tensions en mer Rouge ou de blocages frontaliers. Cette disparité est accentuée par le fait que le Liban n’est pas membre de l’AIE, mais dépend entièrement des importations sans réserves gouvernementales substantielles pour amortir les chocs.

En matière alimentaire, la FAO recommande généralement que les États maintiennent des réserves couvrant au moins trois à six mois de consommation pour les denrées essentielles comme les céréales, afin de prévenir les famines lors de crises. Au Liban, les stocks gérés par l’État pour les produits de base comme le blé et l’huile ne dépassent pas deux mois, selon des évaluations internes du ministère de l’Économie. L’absence d’une réserve stratégique nationale de grains, soulignée dans les rapports du PAM, laisse le pays vulnérable aux fluctuations des importations, particulièrement avec une dépendance de 80 % aux achats extérieurs. Cette insuffisance est illustrée par les projections indiquant que 961 000 personnes pourraient affronter une insécurité alimentaire aiguë d’ici juillet 2026, un chiffre qui met en évidence le manque de tampons pour absorber les impacts des hostilités régionales.

Pour les médicaments, l’OMS préconise des stocks couvrant au moins trois à six mois pour les produits essentiels en cas d’urgence, afin de garantir la continuité des soins lors de perturbations logistiques. Au Liban, les réserves estimées à deux mois pour les traitements chroniques et essentiels tombent en deçà de ces standards, rendant le système de santé fragile face aux retards causés par les conflits. Le ministère de la Santé publique a noté que des stocks de trois mois en produits pharmaceutiques et huit mois en matières premières existent pour certains secteurs, mais ces niveaux restent inférieurs aux guidelines internationales, particulièrement dans un contexte de dépendance à 90 % aux importations et d’exode du personnel médical. Cette insuffisance amplifie les risques pour les populations vulnérables, comme les réfugiés syriens et palestiniens, qui représentent 20 % de la population et subissent des impacts disproportionnés.

Le contexte géopolitique et les pressions internes amplifiées

Les tensions actuelles remontent au cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, avec des violations persistantes rapportées. Le 17 février 2026, le gouvernement a annoncé un délai de quatre mois pour la deuxième phase du désarmement du Hezbollah, une mesure qualifiée de « grave péché » par le chef du groupe, Naim Qassem. Ces déclarations ont coïncidé avec des incidents frontaliers, endommageant des infrastructures et perturbant les flux commerciaux.

Au-delà de la frontière sud, les hostilités plus larges, incluant des frappes israélo-américaines sur l’Iran, affectent les routes maritimes. Le Liban, dépendant des ports du Golfe pour 40 % de ses importations, voit ses coûts logistiques augmenter. La Cédéao a averti que « l’intensification des hostilités menace d’aggraver l’instabilité au Moyen-Orient, avec des conséquences graves pour le commerce et les chaînes d’approvisionnement alimentaire ». Les flux de réfugiés syriens ajoutent à la pression : des milliers ont fui vers le Liban depuis décembre 2025, dépendant de l’aide humanitaire. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) rapporte que ces arrivées, combinées aux déplacements internes, maintiennent des pressions sur l’insécurité alimentaire, avec un financement sécurisé seulement jusqu’en avril 2026.

Les réponses gouvernementales aux défis structurels

Sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, le cabinet formé en février 2025 s’efforce de stabiliser l’économie. Le ministre des Finances a indiqué que le Liban anticipe une contraction du PIB de 6,6 % en 2024, malgré des efforts pour reconstituer les réserves. Le budget général de 2026, approuvé par le Parlement le 13 février, inclut des allocations pour les réserves stratégiques, avec un focus sur la diversification des fournisseurs. Pourtant, les hausses de taxes sur l’essence et les ventes, annoncées le 17 février, ont provoqué des protestations, les analystes les qualifiant de regressives.

Les défis internes persistent : l’insécurité au sud limite les opportunités de travail, maintenant 98 994 personnes déplacées après le cessez-le-feu de novembre 2024. Le ministère de l’Agriculture promeut une agriculture résiliente pour réduire la dépendance aux importations, mais les destructions récentes entravent ces efforts. Un rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) note que « les tensions persistantes soutiennent le déplacement et limitent les opportunités de travail pour les ménages pauvres ». Les partenariats avec la Banque mondiale et le FMI visent à sécuriser des fonds, mais les réformes structurelles, comme la normalisation des subventions, tardent.

Les implications sur les secteurs vitaux immédiats

Les hostilités affectent les infrastructures critiques : les coupures d’eau, dues au manque de fuel pour les pompes, touchent 30 % de la population dans la Bekaa, où 34 installations d’eau ont été endommagées, affectant plus de 400 000 résidents. Le ministère de l’Environnement a rapporté des contaminations accrues des sources d’eau près des zones de conflit, aggravant les risques sanitaires.

Dans le secteur éducatif, des milliers d’enfants déplacés manquent d’accès à la nutrition scolaire, avec des programmes de l’UNICEF signalant une exposition traumatique accrue. La directrice exécutive de l’UNICEF, Catherine Russell, a déclaré que « les enfants du Liban portent le fardeau de bombardements continus et de privations ». Les dynamiques économiques, avec un PIB chuté à 17,94 milliards de dollars en 2023 et une inflation persistante, limitent la capacité de réponse.

Les pressions sur les communautés vulnérables exacerbées

Les réfugiés syriens et palestiniens, représentant près de 20 % de la population, subissent des impacts disproportionnés. Dans les camps, les frappes de 2024 ont détruit des stocks d’aide. Le PAM projette une augmentation de l’insécurité alimentaire pour les réfugiés syriens, avec des niveaux de pauvreté aigus. Des arrivées récentes de Syrie dépendent entièrement de l’assistance, incapables de travailler en raison des restrictions de mouvement. Un rapport clé du 2 février 2026 souligne que « ces nouveaux arrivants font face à des défis substantiels d’accès à la nourriture ».

Les efforts pour intégrer la nutrition dans les secteurs de la santé et de l’éducation, comme prévus dans la stratégie nutritionnelle 2026, visent à atténuer ces vulnérabilités, mais les disruptions régionales entravent leur mise en œuvre. Dans les zones rurales, les femmes et les enfants sont particulièrement touchés, avec des taux d’anémie élevés.

Les dynamiques régionales et les impacts logistiques immédiats

Avec des violations quotidiennes du cessez-le-feu de 2024, les approvisionnements restent précaires. L’ONU a livré 32 tonnes de fournitures médicales en août 2024, incluant 1 000 kits de trauma, mais les besoins excèdent les ressources. Le conflit de 2024 a causé 90 076 structures endommagées, dont 23 489 détruites, selon la Banque mondiale. Les pertes d’emplois atteignent 25 % dans le privé, avec des baisses de revenus de 15 % en moyenne. Ces impacts se répercutent sur les ménages, où 45 % ont réduit les dépenses de santé en raison des coûts élevés des importations. Les autorités locales, dans un communiqué du 2 mars, ont réitéré que les réserves en essence couvrent quinze jours, en nourriture et médicaments deux mois, soulignant la nécessité de routes commerciales sécurisées pour éviter une aggravation de la crise.

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