Un pays à genoux
Le Liban n’a jamais été aussi proche de l’effondrement total. La monnaie s’est effondrée, les banques sont en faillite, les salaires ne valent plus rien et les services publics ne fonctionnent plus. Depuis 2019, la livre libanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur, plongeant la majorité de la population dans une pauvreté extrême. L’État n’a plus les moyens de payer ses fonctionnaires, l’électricité est coupée la plupart du temps et les soins médicaux sont devenus un luxe.
Autrefois surnommé la « Suisse du Moyen-Orient », le Liban est désormais un pays en ruines, pris dans une crise dont il ne semble pas pouvoir sortir. La question n’est plus si le pays est en faillite, mais comment il pourrait encore s’en relever.
Un effondrement programmé
Cette crise n’est pas une surprise. Elle est le résultat de décennies d’un modèle économique défaillant, combiné à une corruption généralisée et une absence totale de réformes.
- Un modèle basé sur la dette : Pendant des années, les banques libanaises ont attiré des milliards de dollars avec des taux d’intérêt élevés, servant à financer une dette publique gigantesque. Quand les investisseurs ont cessé d’injecter de l’argent, tout s’est écroulé.
- Une classe politique corrompue : Ministères vidés de leurs budgets, marchés publics attribués à des proches, services publics en ruine… Depuis la guerre civile, les élites politiques ont pillé le pays.
- L’explosion du port de Beyrouth : Plus de 200 morts, des quartiers entiers détruits, et une économie encore plus affaiblie.
- Un secteur bancaire en chute libre : Les banques ont bloqué les dépôts des citoyens mais ont continué à transférer leurs propres capitaux à l’étranger, avec la complicité de l’élite politique.
La collusion entre banques et classe politique
Si le Hezbollah est souvent accusé d’être un obstacle aux réformes demandées par le FMI, il n’est pas le seul acteur du blocage. Les grandes banques et une partie de la classe politique traditionnelle sont directement responsables de la crise actuelle.
- Les banques ont financé les déficits publics pendant des années, en prêtant à l’État à des taux d’intérêt extravagants, alimentant ainsi une bulle financière.
- Les politiciens au pouvoir, toutes tendances confondues, ont protégé les banques, leur permettant d’imposer des restrictions aux déposants tout en transférant discrètement leurs propres fonds à l’étranger.
- La Banque du Liban a joué un rôle clé en maintenant artificiellement la parité livre-dollar pendant des années, au profit des élites financières et politiques.
Aujourd’hui, les mêmes responsables tentent de se décharger de leurs responsabilités en faisant porter la faute à la situation régionale ou aux sanctions internationales. Mais pour la population libanaise, la responsabilité est claire : ce sont les élites du pays qui ont provoqué l’effondrement.
Une vie quotidienne devenue un cauchemar
Chaque jour qui passe, la survie devient un défi pour des millions de Libanais.
- Inflation incontrôlable : Les prix des aliments et des médicaments explosent. Un pain qui coûtait 1 500 livres en 2019 en coûte aujourd’hui 50 000.
- Pénuries chroniques : Essence, médicaments, électricité… Le pays est paralysé.
- Fuite des cerveaux : Médecins, ingénieurs, enseignants… Tous ceux qui le peuvent quittent le pays, aggravant encore la crise.
Les scènes de colère se multiplient : devant les banques, des déposants désespérés réclament leur argent ; dans les supermarchés, des altercations éclatent autour des produits de première nécessité. Le pays est assis sur un baril de poudre.
Des solutions existent, mais…
Le Liban pourrait-il encore s’en sortir ? Oui, mais cela nécessiterait des mesures radicales, qui se heurtent à des intérêts bien installés.
- Un accord avec le FMI : Le FMI exige des réformes, mais celles-ci impliquent des sacrifices que les élites ne veulent pas faire, notamment la restructuration du secteur bancaire.
- Un changement du modèle économique : Il faut produire plus et importer moins. Le Liban doit relancer son agriculture et son industrie pour réduire sa dépendance aux importations.
- Une véritable lutte contre la corruption : Tant que l’impunité règne, aucun investisseur sérieux ne reviendra au Liban.
- Une réforme monétaire : Il est urgent de stabiliser la monnaie et d’unifier les taux de change, mais cela nécessiterait une restructuration bancaire drastique.
Pourquoi rien ne change ?
Parce que ceux qui détiennent le pouvoir n’ont aucun intérêt à réformer le système.
- Les banques veulent éviter une restructuration qui les forcerait à assumer leurs pertes.
- Les politiciens refusent de perdre leur influence et de rendre des comptes sur leur gestion passée.
- Le Hezbollah et ses alliés s’opposent aux conditions imposées par le FMI, qu’ils considèrent comme une mise sous tutelle du pays.
- Les puissances étrangères sont divisées : la France pousse pour des réformes, les États-Unis veulent limiter l’influence du Hezbollah, l’Arabie saoudite et l’Iran jouent chacun leur carte.
Résultat : tout est bloqué.
Un scénario vénézuélien en vue ?
Si rien ne change, le Liban pourrait suivre la trajectoire du Venezuela, un pays qui a connu un effondrement économique similaire :
- Hyperinflation incontrôlable
- Désertification des classes moyennes
- Pénuries massives et effondrement des infrastructures
- Économie parallèle dominée par les devises étrangères et les trafics
Le Liban est déjà sur cette pente : des villes entières ne fonctionnent plus qu’en dollars, et les marchés noirs se multiplient pour compenser les pénuries. Sans intervention rapide, la crise pourrait s’aggraver et rendre toute reprise économique impossible pendant des décennies.
Dernière chance ou chute finale ?
Le pays joue sa dernière carte. Il peut encore se relever, mais cela nécessitera des décisions fortes et un changement de gouvernance. Le choix est simple : réformes ou chaos.



