Un solde positif en trompe-l’œil
Au premier trimestre 2025, le Liban affiche un excédent nominal de 5,4 milliards USD dans sa balance des paiements, selon les statistiques de la Banque du Liban. Ce chiffre spectaculaire masque cependant une réalité beaucoup plus modeste : une part importante de cet excédent — 4,2 milliards USD — provient exclusivement de la revalorisation comptable des réserves en or due à la hausse mondiale des prix du métal précieux.
Le solde réel, c’est-à-dire hors ajustement de valorisation, s’élève ainsi à 1,2 milliard USD, ce qui constitue néanmoins un signal positif rare depuis plusieurs années pour les comptes extérieurs du pays.
Composition de l’excédent et éléments techniques
La balance des paiements agrège plusieurs flux : le compte courant (importations, exportations, transferts), le compte financier (investissements directs, emprunts), et les variations de réserves officielles. Dans le cas du Liban, les déséquilibres massifs du compte courant sont partiellement compensés par des flux de capitaux entrants, en particulier des transferts informels et des dépôts de la diaspora.
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La Banque du Liban détient 286,6 tonnes d’or. L’envolée du prix de l’once à plus de 2 400 USD début 2025 a généré une plus-value latente de 4,2 milliards USD, comptabilisée comme gain de réserve dans les données officielles. Cette méthode de valorisation respecte les normes comptables IFRS, mais ne correspond ni à une entrée effective de devises, ni à une amélioration de la liquidité immédiate.
Tableau 1 : Solde de la balance des paiements – T1 2025
| Indicateur | Montant (USD) |
|---|---|
| Solde nominal total | 5 400 000 000 |
| Revalorisation des réserves en or | 4 200 000 000 |
| Solde réel (hors or) | 1 200 000 000 |
Origines probables de l’excédent réel
Le solde réel de 1,2 milliard USD résulte principalement de flux financiers entrants, à défaut de performances commerciales solides. En effet :
- Les exportations libanaises stagnent, plombées par le recul des produits manufacturés.
- Les importations sont en baisse, conséquence directe de l’effondrement du pouvoir d’achat et de la baisse des crédits documentaires.
- Les transferts de la diaspora restent le principal moteur des entrées nettes, sous forme de cash, virements informels et dollars frais.
Il est aussi probable que des opérations financières exceptionnelles, telles que le rapatriement de fonds ou l’achat d’actifs par des résidents non-déclarés, aient contribué à cet excédent.
Une reprise fragile dans un contexte instable
Si l’excédent réel constitue une évolution notable, il ne traduit pas un rééquilibrage structurel de l’économie. Le Liban continue de vivre sous un régime de dollarisation extrême, avec un appareil productif atone et une absence quasi-totale de stratégie d’exportation. La diminution du déficit extérieur repose essentiellement sur la contraction de la demande intérieure, plutôt que sur une amélioration des fondamentaux.
Le pays reste aussi extrêmement vulnérable à tout choc exogène sur les transferts des expatriés, sur les cours internationaux ou sur la confiance des marchés.
Le rôle ambigu de la Banque du Liban
La BDL reste au cœur de la mécanique comptable de la balance des paiements. En affichant un excédent élevé intégrant la valorisation de l’or, elle peut prétendre à une amélioration apparente de son bilan, utile dans les négociations internationales. Toutefois, cette manœuvre d’affichage comptable, si elle n’est pas correctement interprétée, peut induire les partenaires financiers en erreur sur la réalité des flux.
La Banque du Liban détient des réserves liquides estimées à 11,2 milliards USD (hors or), selon les derniers chiffres de mai 2025, soit l’équivalent de 3,5 mois d’importations. Ce niveau reste faible pour une économie ouverte.
Besoin urgent d’un cadre macroéconomique crédible
La bonne tenue du solde réel au T1 2025 ne doit pas dissimuler l’absence de programme économique structuré. Le Liban reste sans accord avec le FMI, sans budget voté, et sans plan de redressement bancaire.
Une balance des paiements soutenable à long terme nécessite :
- Des réformes fiscales et commerciales.
- Un assainissement du secteur financier.
- Une redynamisation de l’investissement productif.
- Une politique industrielle tournée vers l’export.
À défaut, les excédents ponctuels resteront volatils, dépendants de facteurs exogènes comme l’évolution des prix de l’or ou la générosité de la diaspora.
Fiche institutionnelle : Banque du Liban (BDL)
- Rôle : Autorité monétaire, détentrice des réserves officielles (devises + or)
- Réserves en or : 286,6 tonnes, valorisées à 18,6 milliards USD (mai 2025)
- Réserves de change liquides : 11,2 milliards USD (hors or)
- Méthodologie : Publication mensuelle du solde des paiements, incluant gains latents sur l’or
- Limites : Absence de transparence sur les flux financiers privés et les erreurs et omissions



