Le ministère de l’Économie et du Commerce au Liban a réaffirmé, ce 20 février 2026, son engagement ferme à maintenir une vigilance accrue sur les marchés, dans un contexte où les pressions économiques persistent malgré une relative stabilisation. Cette déclaration, émise par le ministère dirigé par Amer Bisat, souligne la poursuite d’inspections quotidiennes menées par la Direction de la protection du consommateur à travers tout le territoire libanais. Elle intervient alors que le pays fait face à une inflation qui, bien qu’en décélération, continue d’affecter le pouvoir d’achat des ménages, avec un taux annuel descendu à 12,2 % en décembre 2025.
Cette position officielle met l’accent sur l’intensification des campagnes de contrôle dans les semaines à venir, en réponse aux mesures gouvernementales récentes. Le ministère insiste sur le fait que toute violation ou augmentation de prix non justifiée sera traitée avec la plus grande sévérité, car elle porte atteinte aux consommateurs et menace la stabilité des marchés. Les autorités ont rappelé que de tels abus sont inacceptables et qu’ils entraîneront des sanctions légales appropriées, visant à dissuader les pratiques spéculatives qui ont marqué les années de crise aiguë.
Une surveillance accrue face à la pression inflationniste
Au cœur de cette stratégie se trouve la Direction de la protection du consommateur, chargée d’effectuer des relevés périodiques sur les prix des biens essentiels. Ces opérations couvrent un large spectre, des produits alimentaires aux articles de première nécessité, et s’étendent des grandes surfaces aux petits commerces dans les régions urbaines comme Beyrouth, Tripoli ou Saïda, ainsi que dans les zones rurales du Sud et de la Bekaa. Les inspecteurs, déployés quotidiennement, collectent des données sur les variations de coûts, identifient les anomalies et vérifient la conformité aux normes de qualité et de tarification.
Cette intensification survient dans un paysage économique marqué par une contraction monétaire persistante, où la masse monétaire en livres libanaises a continué de se réduire au début de 2026, contribuant à une dollarisation accrue de l’économie. Les prix des denrées alimentaires et des boissons non alcoolisées ont augmenté de 14,6 % en glissement annuel en décembre 2025, tandis que les coûts du transport ont ralenti à 3,2 %, reflétant une modération globale mais inégale. Les autorités ont noté que les hausses injustifiées, souvent liées à des chaînes d’approvisionnement perturbées par les tensions régionales passées, ne seront plus tolérées, avec des amendes pouvant atteindre des millions de livres pour les contrevenants récidivistes.
Le gouvernement, sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, a intégré ces mesures dans un cadre plus large de réformes initiées depuis février 2025. Parmi les portefeuilles clés, celui de l’Économie et du Commerce joue un rôle pivot en coordonnant avec d’autres ministères, comme celui des Finances tenu par Yassine Jaber, pour aligner les politiques fiscales sur la protection des consommateurs. La récente hausse de la TVA à 12 % effective ce mois-ci, accompagnée d’une taxe de 300 000 livres sur chaque bidon de 20 litres d’essence, a provoqué des ajustements immédiats sur les marchés, avec une augmentation des prix du carburant observée dès le 17 février 2026. Ces décisions, destinées à financer des allocations salariales pour le secteur public – évaluées à environ 620 millions de dollars annuels –, ont toutefois suscité des réactions vives, incluant des blocages routiers à Beyrouth et Tripoli.
Les engagements des acteurs du secteur privé
Cette déclaration du ministère s’inscrit dans la continuité d’une série de réunions tenues par Amer Bisat avec les représentants des syndicats des supermarchés et des boulangeries. Lors de ces échanges, les parties prenantes ont réaffirmé leur engagement à maintenir les prix stables, assumant pleinement leurs responsabilités dans cette phase critique. Le ministre a insisté sur la nécessité d’une collaboration étroite pour éviter toute escalade spéculative, rappelant que les syndicats représentent plus de 80 % des points de vente alimentaires au Liban, ce qui leur confère une influence décisive sur la chaîne d’approvisionnement.
Parmi les points discutés, la fixation des marges bénéficiaires a été au centre des débats. Les boulangeries, par exemple, ont convenu de limiter les ajustements sur le pain, produit subventionné partiellement malgré la fin des aides massives d’avant 2023. De même, les chaînes de supermarchés ont promis de surveiller leurs fournisseurs pour prévenir les gonflements artificiels des coûts d’importation, souvent exacerbés par la volatilité du taux de change, stabilisé autour de 89 500 livres pour un dollar depuis fin 2025. Ces engagements ont été scellés par des protocoles écrits, prévoyant des audits conjoints entre le ministère et les syndicats pour vérifier l’application sur le terrain.
Cette approche collaborative fait écho aux défis hérités de la crise économique entamée en 2019, qui a vu le PIB libanais chuter de plus de 60 % en termes réels, passant de 55 milliards de dollars à environ 20 milliards en 2023, avant une légère reprise à 3,5 % en 2025. Les destructions liées au conflit de 2024, estimées à 3,4 milliards de dollars en capital physique, ont further compliqué la reconstruction des chaînes logistiques, avec des impacts durables sur les importations alimentaires, qui représentent 80 % des besoins du pays. Le ministère a ainsi mis en place un système de signalement en ligne pour les consommateurs, permettant de rapporter les anomalies en temps réel, avec plus de 5 000 plaintes traitées en 2025.
L’initiative ‘Sawa bil Siyam’ pour soulager les ménages
Lancée le 16 février 2026, l’initiative ‘Sawa bil Siyam’ – traduisible par ‘Ensemble pour le jeûne’ – représente un pilier concret de cette stratégie de protection. Coïncidant avec le début du Ramadan, prévu autour du 17 février, et le Carême pour les communautés chrétiennes, cette mesure vise à atténuer les charges financières sur les familles durant cette période de consommation accrue. Vingt-sept chaînes de supermarchés, couvrant plus de 180 points de vente, se sont engagées à appliquer des remises d’au moins 15 % sur 21 produits essentiels, incluant les lentilles, les fèves, l’huile végétale, le riz, le sucre, la farine et divers produits laitiers.
Cette liste a été établie en consultation avec des experts en nutrition et des représentants des consommateurs, priorisant les articles à haute valeur calorique et culturelle pour les repas de rupture du jeûne. Par exemple, les prix des légumineuses, souvent importées de Turquie ou d’Égypte, seront réduits de 15 à 20 %, selon les chaînes, pour contrer les fluctuations liées aux coûts de fret maritime, qui ont augmenté de 10 % en moyenne depuis janvier 2026 en raison des tensions en mer Rouge. Le ministère supervise l’application via des étiquetages spécifiques en magasin et des rapports hebdomadaires, avec des sanctions pour non-respect, telles que des fermetures temporaires.
Cette initiative s’inspire de campagnes passées, comme celles menées durant la pandémie de Covid-19, mais elle est élargie pour inclure des partenariats avec des producteurs locaux. Dans la Bekaa, par exemple, des accords avec des coopératives agricoles assurent un approvisionnement direct en légumes frais à prix contrôlés, réduisant les intermédiaires et les marges spéculatives. Les bénéficiaires potentiels sont estimés à plus de deux millions de ménages, particulièrement dans les zones urbaines densément peuplées où le coût de la vie reste 30 % supérieur à la moyenne nationale.
Les défis persistants de la dollarisation et des importations
Malgré ces efforts, l’économie libanaise reste marquée par une dollarisation quasi totale, avec plus de 70 % des transactions effectuées en dollars américains en 2026. Cela protège partiellement contre l’inflation en livres, mais exclut les segments les plus vulnérables de la population, comme les employés du secteur public dont les salaires, bien qu’augmentés de six mois supplémentaires via le budget 2026, peinent à suivre les coûts réels. Les projections indiquent une inflation potentielle à 8,7 % pour l’année, mais des risques de remontée à 18 % subsistent si les réformes bancaires stagnent.
Les importations, essentielles pour un pays déficitaire en production alimentaire, ont vu leur volume augmenter de 5 % en janvier 2026, principalement en provenance d’Europe et du Brésil pour les céréales. Cependant, les perturbations logistiques, héritées du conflit de 2024, ont entraîné des retards dans les ports de Beyrouth et Tripoli, augmentant les coûts de stockage et, par ricochet, les prix finaux. Le ministère a répondu en renforçant les contrôles douaniers, avec des inspections conjointes impliquant le ministère de l’Agriculture pour vérifier la qualité des importations, évitant ainsi les scandales passés liés à des produits périmés.
Dans les régions frontalières, comme au Sud-Liban, les marchés informels posent un défi supplémentaire, avec des échanges transfrontaliers non déclarés qui échappent souvent aux radars officiels. Les autorités ont déployé des équipes mobiles pour cartographier ces flux, estimés à 10 % du commerce alimentaire total, et intégrer les commerçants locaux dans le système de surveillance.
La transparence comme outil de régulation
Le ministère s’engage à reprendre la publication régulière de rapports issus de la Direction de la protection du consommateur, renforçant ainsi la transparence vis-à-vis du public. Ces documents incluront des indicateurs détaillés sur les prix du panier alimentaire, des comparatifs entre supermarchés pour identifier les options les plus abordables, et des analyses sur les variations régionales. Par exemple, un rapport récent a révélé que les prix à Beyrouth sont en moyenne 15 % plus élevés qu’à Saïda pour les mêmes produits, attribué à des coûts immobiliers supérieurs.
Ces publications, accessibles via le site du ministère et des plateformes numériques, visent à empower les consommateurs en leur fournissant des données en temps réel. En 2025, plus de 50 rapports ont été émis, couvrant des secteurs comme les produits pharmaceutiques et les matériaux de construction, avec une extension prévue aux services en 2026. Cette démarche s’aligne sur les recommandations internationales pour une gouvernance économique plus ouverte, favorisant la confiance des investisseurs étrangers, dont les flux ont timidement repris à 1,2 milliard de dollars en 2025.
Les implications immédiates sur les secteurs vulnérables
Les mesures actuelles impactent particulièrement les secteurs agricoles et agroalimentaires, où les petits producteurs luttent contre des coûts d’intrants en hausse, comme les engrais importés qui ont augmenté de 12 % depuis décembre 2025. Le ministère coordonne avec le ministère de l’Agriculture, dirigé par un spécialiste des chaînes d’approvisionnement, pour subventionner ciblément ces intrants, préservant ainsi la production locale de fruits et légumes, qui couvre 40 % des besoins nationaux.
Dans le domaine de la santé publique, les contrôles sur les prix des aliments influencent indirectement les indicateurs nutritionnels, avec une prévalence de l’insécurité alimentaire touchant 25 % de la population en zones urbaines. Les initiatives comme ‘Sawa bil Siyam’ intègrent des critères nutritionnels, priorisant les protéines végétales pour contrer la hausse des viandes, dont les prix ont grimpé de 18 % en un an.
Enfin, les récentes manifestations du 17 février, avec des blocages sur le Ring de Beyrouth et la route de Palma à Tripoli, illustrent les tensions sociales immédiates liées aux ajustements fiscaux. Les autorités ont répondu par un déploiement accru d’inspecteurs dans ces zones, vérifiant les stocks et les étiquetages pour prévenir les abus opportunistes. Ces actions, combinées aux engagements syndicaux, visent à stabiliser les marchés dans les jours suivant la hausse de la TVA, avec des rapports indiquant une modération des prix non exemptés d’environ 0,9 % en moyenne.
Les dynamiques régionales et leur effet sur les chaînes d’approvisionnement
Les tensions géopolitiques persistantes, notamment aux frontières sud avec Israël, influencent les flux commerciaux, avec des interruptions sporadiques sur les routes reliant la Bekaa aux ports. Le cessez-le-feu de novembre 2024 a permis une reprise, mais les coûts de reconstruction, estimés à plus de 7 milliards de dollars pour les infrastructures endommagées, pèsent sur le budget public. Le ministère de l’Économie intègre ces facteurs dans ses prévisions, ajustant les quotas d’importation pour anticiper les shortages potentiels en produits de base.
Dans la diaspora libanaise, qui contribue à 33 % du PIB via des transferts de 6,7 milliards de dollars en 2023, les retours saisonniers pendant le Ramadan amplifient la demande, nécessitant une surveillance accrue pour éviter les surchauffe des prix. Les autorités ont noté une augmentation de 15 % des importations de dattes et de fruits secs en février 2026, avec des contrôles renforcés aux aéroports pour contrer la contrebande.
Les ajustements fiscaux et leurs répercussions immédiates
La décision du Conseil des ministres du 16 février 2026 d’augmenter la TVA et la taxe sur l’essence reflète une tentative de équilibrer les finances publiques, couvrant les salaires supplémentaires pour 300 000 employés et retraités du secteur public. Cette mesure, effective immédiatement, a entraîné une hausse des prix du carburant de 25 %, impactant les coûts de transport et, par extension, ceux des biens alimentaires transportés sur de longues distances. Les inspecteurs du ministère ont rapporté des ajustements variables, avec des supermarchés dans le Mont-Liban absorbant partiellement les coûts pour maintenir les prix stables sur les produits essentiels.
Ces développements soulignent les interconnexions entre politique fiscale et protection des consommateurs, avec le ministère jouant un rôle de médiateur pour atténuer les effets sur les classes moyennes et basses. Les données préliminaires de février indiquent une stabilisation relative des prix des légumes frais, grâce à une production locale accrue dans la plaine de la Bekaa, malgré les défis climatiques hivernaux.


