1. Front : une intensification des affrontements au Sud
La situation au front sud du Liban s’est considérablement dégradée au cours des dernières heures, marquée par une série d’attaques et de contre-attaques entre le Hezbollah et les forces israéliennes.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, entre 00h00 et 01h00, cinq roquettes ont été tirées depuis le Liban en direction de la ville de Kiryat Shmona en Israël. Ces tirs ont entraîné des dégâts matériels considérables sur un bâtiment, mais aucune victime n’a été signalée. Ce qui est notable dans cet incident, c’est que les sirènes d’alerte n’ont été déclenchées qu’après les impacts, selon des témoins sur place, ce qui a créé une certaine confusion et de l’inquiétude parmi la population locale.
Dans les heures qui ont suivi, les tensions se sont accrues avec une nouvelle salve de roquettes tirées depuis le sud du Liban, cette fois en direction de la zone de Maalot Tarshiha, suivie par des tirs de roquettes vers Haïfa, une des principales villes du nord d’Israël. Ces tirs ont déclenché des sirènes d’alarme à travers plusieurs localités du Galilée, notamment à Acre, Nahariya, et dans des zones proches de Rosh Hanikra, où des alertes liées à la menace de dronesont également été signalées. Ces roquettes, bien que partiellement interceptées par les systèmes de défense israéliens, ont renforcé le climat de peur dans le nord d’Israël.
En réponse à ces attaques, l’armée israélienne a intensifié ses opérations dans le sud du Liban. Des frappes aériennes ont touché les localités de Khiyam, Aïta al-Shaab, Majdalzon, et Jouaya, des villages situés dans les zones frontalières avec Israël. Ces frappes ont causé des destructions importantes, détruisant des maisons et des infrastructures civiles. Plusieurs habitants de ces villages ont été contraints de fuir leurs domiciles pour se réfugier dans des zones plus sûres, augmentant le nombre de déplacés internes dans la région.
Les combats ne se sont pas limités à des échanges de tirs de roquettes et de frappes aériennes. Des combats terrestresont éclaté dans plusieurs secteurs, notamment autour des villages d’Adaisseh et Markaba, où les forces du Hezbollah ont lancé des attaques contre des soldats israéliens. Un rassemblement de soldats israéliens dans cette zone a été ciblé par des roquettes tirées par les combattants du Hezbollah, causant plusieurs pertes du côté israélien. Ces combats au sol, combinés aux frappes aériennes, ont aggravé la situation humanitaire dans la région, où les civils peinent à trouver refuge.
Du côté israélien, l’armée a renforcé ses positions défensives dans le nord du pays. Le déploiement de la batterie antimissile THAAD, fourni par les États-Unis, a été annoncé comme une mesure visant à protéger les localités du nord contre les tirs de roquettes. Ce déploiement s’inscrit dans un cadre plus large de coopération militaire entre les États-Unis et Israël, qui continue de recevoir un soutien matériel important de la part de Washington.
2. Arrière du Front : bombardements et exode des civils
Les attaques israéliennes ne se limitent pas aux zones proches de la frontière. Les villes du sud de Beyrouth, en particulier la banlieue de Dahieh, qui abrite de nombreuses infrastructures civiles et des quartiers résidentiels, ont été visées par des frappes aériennes israéliennes. Les bombardements ont touché des bâtiments résidentiels et des installations médicales, aggravant les conditions de vie déjà précaires des populations locales. Ces frappes ont fait de nombreux blessés et ont détruit une grande partie des infrastructures de base dans la région, rendant l’accès aux soins de plus en plus difficile.
Dans la région de la Bekaa, située plus à l’est du Liban, des frappes israéliennes ont également été signalées. Des localités comme Baalbek, une ville historique de la Bekaa, ont été prises pour cibles par des avions israéliens. Les frappes ont touché des zones résidentielles et agricoles, provoquant la destruction de plusieurs fermes et d’infrastructures agricoles, un coup dur pour une région déjà affaiblie économiquement. Les villages situés près de la frontière syrienne, notamment autour de Qasr et de Hermel, ont également été touchés par des bombardements, soulevant des craintes quant à une escalade du conflit vers la Syrie voisine.
À Nabatieh, au sud du Liban, les bombardements israéliens ont été particulièrement dévastateurs. Le Centre des Opérations d’Urgence Sanitaire a rapporté que les frappes sur la municipalité et ses environs ont fait 16 morts et 52 blessés. Les infrastructures municipales, y compris les bâtiments administratifs, ont été gravement endommagées, laissant la ville en proie à une crise humanitaire grandissante. Le Croissant-Rouge libanais a indiqué que deux de ses secouristes ont été blessés lors d’une mission de sauvetage dans la région de Joya, une autre localité du sud lourdement bombardée.
Cette situation a entraîné un exode massif des civils des zones affectées par les combats. Les populations locales fuient vers des régions plus sûres du Liban, notamment vers Saida et Tyr, où les autorités locales peinent à gérer l’afflux croissant de déplacés. Les infrastructures d’accueil, déjà mises à rude épreuve, risquent de ne pas suffire face à l’intensification du conflit. De plus, de nombreuses familles cherchent à obtenir des passeports pour quitter le pays, espérant trouver refuge à l’étranger.
3. Diplomatie : Appels internationaux au cessez-le-feu
Sur le plan diplomatique, les efforts pour obtenir un cessez-le-feu se multiplient, mais sans grand succès pour l’instant. Le Pentagone a annoncé qu’au cours d’une conversation avec son homologue israélien, le secrétaire à la Défense des États-Unis, Lloyd Austin, a insisté sur l’importance de garantir la sécurité des Forces armées libanaises (FAL) et de la FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban), tout en réitérant le soutien indéfectible des États-Unis à Israël. Cet échange diplomatique reflète la complexité de la situation sur le terrain, où les soldats de la FINUL se retrouvent de plus en plus pris entre deux feux.
En parallèle, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et l’Union européenne ont réaffirmé leur soutien à la création d’un État palestinien indépendant sur les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale. Ces déclarations interviennent dans un contexte où les tensions israélo-palestiniennes ont atteint des niveaux critiques, exacerbant encore la crise dans la région.
La question d’un cessez-le-feu reste cependant difficile à mettre en œuvre. Le ministre de la Défense israélien a clairement déclaré qu’aucune négociation n’aurait lieu tant que les combats se poursuivraient. Cette position israélienne, combinée à l’intensité des affrontements sur le terrain, laisse peu d’espoir quant à une résolution rapide du conflit.
4. Politique : Blocage interne et incertitudes présidentielles
Sur le plan interne, le Liban est toujours dans une impasse politique. La guerre dans le sud détourne l’attention des dirigeants politiques, retardant encore plus l’élection présidentielle, qui reste une priorité pour rétablir une forme de stabilité dans le pays. Le président du Parlement, Nabih Berri, a réitéré que l’élection d’un président ne serait possible qu’après la fin des hostilités. Cette déclaration reflète l’immobilisme qui caractérise la scène politique libanaise depuis des mois, et qui est exacerbé par la guerre.
Les appels à un dialogue politique et à la reprise des institutions sont restés lettre morte, alors que la situation sécuritaire se détériore. Plusieurs personnalités politiques ont appelé à une reprise des activités parlementaires pour élire un président, mais le manque de consensus et l’aggravation du conflit rendent cet objectif de plus en plus lointain. En outre, des mesures exceptionnelles de sécurité ont été prises pour protéger certains responsables politiques, en raison des menaces d’assassinat pesant sur eux, notamment sur plusieurs députés.
5. Économie : Effondrement et crise alimentaire
La guerre a exacerbé une crise économique déjà désastreuse. Le Programme alimentaire mondial (WFP) a averti que la situation au Liban est « très mauvaise » et qu’elle pourrait encore s’aggraver dans les semaines à venir. Les infrastructures agricoles dans le sud du Liban et la Bekaa sont gravement touchées par les bombardements, perturbant les chaînes d’approvisionnement alimentaire et menaçant la sécurité alimentaire du pays. De nombreux agriculteurs ont perdu leurs récoltes, tandis que les routes endommagées rendent difficile l’acheminement des produits alimentaires vers les zones urbaines.
La pénurie de carburant complique également les opérations de secours et l’accès aux services de base, comme l’électricité. Cette situation aggrave la crise sanitaire, car de nombreuses installations médicales, déjà submergées par l’afflux de blessés, ne peuvent plus fonctionner correctement.
Le secteur public, déjà fragilisé par la crise monétaire, est quasiment paralysé. Le paiement des salaires des fonctionnaires est de plus en plus incertain, et les banques, qui souffrent d’un manque de liquidités, sont incapables de soutenir l’économie. Cette paralysie affecte également les services publics, notamment la gestion des déchets, où les montagnes de déchets s’accumulent dans les rues des grandes villes, provoquant une forte crainte de catastrophe sanitaire avec l’arrivée des pluies.
6. Divers : Risques sanitaires et situation humanitaire
Outre les conséquences directes des combats, la propagation de l’épidémie de choléra reste une préoccupation majeure dans certaines régions du Liban. Les populations déplacées, vivant dans des conditions précaires, sont particulièrement vulnérables à la maladie. Les autorités sanitaires ont confirmé un premier cas de choléra dans le pays, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti que le risque de propagation est très élevé, en particulier dans les camps de réfugiés et les zones densément peuplées.
Enfin, la sécurité des forces de la FINUL est de plus en plus menacée. Un incident récent a vu un char israélien Merkava tirer sur une tour de surveillance de la FINUL près de la ville de Kafr Kila, ce qui a exacerbé les tensions entre les forces internationales et israéliennes. Cet incident met en lumière les risques encourus par les soldats de la paix, pris au piège entre les deux parties belligérantes.


