Beyrouth, 4 mars 2026. Au palais présidentiel de Baabda, le général Joseph Aoun, président de la République, a poursuivi ce mardi une intense série d’entretiens diplomatiques destinés à exposer la position officielle du Liban face aux développements sécuritaires les plus récents. Ces consultations interviennent au lendemain des décisions adoptées par le Conseil des ministres, qui réaffirment avec force le monopole exclusif de l’État libanais sur les questions de paix et de guerre ainsi que sur tout usage de la force armée sur le territoire national. Le chef de l’État a notamment demandé aux États amis et aux organisations internationales de faire pression sur Israël pour qu’il mette fin aux opérations militaires en cours, tout en expliquant les contours précis des mesures gouvernementales prises lundi.
Dans un communiqué officiel diffusé par la présidence, il est rappelé que ces décisions visent à « préserver la souveraineté libanaise et à éviter que le Liban ne soit entraîné dans des conflits qui ne le concernent pas ». Le président Aoun a personnellement mis en avant, lors de chaque entretien, les trois piliers de la résolution gouvernementale : le droit exclusif de l’État à décider de la paix ou de la guerre, l’interdiction stricte de toute activité militaire ou sécuritaire échappant au cadre légal, et la mission confiée à l’armée libanaise et aux forces de sécurité intérieure pour en assurer l’application sur l’ensemble du territoire.
Le soutien russe aux décisions souveraines et au dialogue national
Dès le matin, le président Aoun a reçu l’ambassadeur de la Fédération de Russie, Alexandre Roudakov. À l’issue de la rencontre, le diplomate a été particulièrement clair dans sa déclaration : « J’ai informé le président de la République du soutien de mon pays aux décisions souveraines récentes du gouvernement libanais. Ce soutien vient dans le cadre de la position russe permanente qui appuie la souveraineté du Liban, son intégrité territoriale et son unité, sur la base des principes de non-ingérence extérieure et du règlement de tous les conflits internes par le dialogue national inclusif avec la participation de tous les partis politiques sans exception. »
Cette prise de position russe, qui insiste sur le « dialogue national inclusif » et le rejet de toute ingérence extérieure, s’inscrit dans la continuité de la ligne diplomatique de Moscou au Levant. Le président Aoun a, de son côté, détaillé les implications immédiates des décisions gouvernementales, soulignant que l’armée libanaise est désormais chargée d’appliquer ces mesures dans toutes les régions, y compris les zones frontalières où des incidents ont été signalés ces dernières heures.
L’Italie, pilier de la FINUL, appelle à l’arrêt immédiat des agressions
Quelques instants plus tard, le chef de l’État a accueilli l’ambassadeur d’Italie, Fabrizio Marcelli. Le diplomate a transmis sans ambiguïté le message de Rome : il a « confirmé au président Aoun le soutien total de l’Italie au Liban dans les circonstances actuelles et son appui aux positions et décisions récentes du gouvernement libanais ». Il a ajouté que son pays « s’emploie activement pour que les agressions israéliennes cessent dans les plus brefs délais possibles ».
L’Italie, qui fournit le contingent le plus important à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), avec plus de mille casques bleus déployés principalement dans le secteur occidental du Sud, joue un rôle opérationnel clé sur le terrain. Le président Aoun a profité de cet entretien pour rappeler les violations constatées de la ligne bleue et les incursions terrestres israéliennes dans plusieurs villages frontaliers, incidents documentés par l’armée libanaise et transmis à la FINUL.
La position équilibrée de l’Espagne condamnant à la fois les agressions israéliennes et les actions du Hezbollah
Le chargé d’affaires de l’ambassade d’Espagne, José Luis González García, a été reçu dans la foulée. Il a informé le président que son gouvernement apporte « son soutien aux décisions du gouvernement libanais concernant l’exclusivité des armes entre les mains de l’État ». Le diplomate a réitéré « la condamnation par l’Espagne des agressions israéliennes contre le Liban » tout en condamnant également « ce qu’a entrepris le Hezbollah ». Il a conclu en soulignant « le soutien de l’Espagne au Liban en cette phase délicate de son histoire ».
Madrid, qui contribue également à la FINUL avec un contingent notable, maintient une ligne qui distingue clairement les responsabilités tout en appelant au respect intégral de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Le président Aoun a insisté, lors de cet échange, sur le fait que les décisions gouvernementales s’appliquent uniformément sur tout le territoire et que l’État est seul habilité à gérer les questions de sécurité nationale.
Le Royaume-Uni renouvelle son engagement pour la stabilité et la souveraineté
L’après-midi a débuté par la réception de l’ambassadeur du Royaume-Uni, Hamish Cowell. Le président Aoun l’a mis au courant des développements militaires en cours sur la frontière sud et des conséquences des décisions gouvernementales. Le diplomate britannique a « renouvelé le soutien de son pays à la stabilité, à la souveraineté et à la sécurité du Liban ».
Cette déclaration britannique intervient alors que Londres a récemment accru son aide bilatérale aux forces armées libanaises, notamment dans les domaines de la formation et de l’équipement non létal. Le président Aoun a souligné que les mesures adoptées lundi par le Conseil des ministres constituent une étape décisive pour restaurer l’autorité de l’État.
La Chine condamne les atteintes aux civils et appuie les efforts diplomatiques
Le chargé d’affaires de l’ambassade de Chine, Zhang Qun, a ensuite été reçu. Il a déclaré au sortir de l’entretien : « La Chine soutient fermement la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale du Liban. Elle s’oppose et condamne toutes les actions qui nuisent aux civils innocents, et appuie tous les efforts diplomatiques qui contribuent à la réalisation de la paix. »
Pékin, qui a multiplié ces derniers mois les initiatives de médiation régionale, réaffirme ainsi une position de principe constante en faveur du respect de la souveraineté des États et du rejet de toute escalade militaire. Le président Aoun a exposé en détail les efforts déployés par le gouvernement pour maintenir le Liban à l’écart des confrontations régionales.
L’Allemagne informée des explications présidentielles sur le monopole des armes
La chargée d’affaires de l’ambassade d’Allemagne, Yasmina Raya, a été reçue dans la foulée. Elle a pris connaissance « des explications détaillées fournies par le président Aoun sur la position libanaise face aux développements militaires actuels et sur la décision du gouvernement d’appliquer le monopole des armes par l’État ».
Berlin, contributeur financier important à la FINUL et aux programmes de stabilisation du Sud-Liban, suit avec une attention particulière l’évolution de la situation sécuritaire.
L’Union européenne salue explicitement les décisions alignées sur sa politique vis-à-vis du Hezbollah
La représentante de l’Union européenne, l’ambassadrice Sandra de Waele, a été reçue en fin de matinée. Après l’entretien, elle a publié une déclaration détaillée : « J’ai exprimé mes regrets pour la perte de vies libanaises innocentes. J’ai salué les décisions prises par le gouvernement lundi, qui sont conformes à l’approche de longue date de l’Union européenne à l’égard du Hezbollah, où l’Union européenne interdit son aile militaire et distingue entre son aile militaire soumise aux sanctions et son aile politique. J’ai répété les appels de l’Union européenne au respect de la souveraineté du Liban, de son unité territoriale et à la désescalade régionale. J’ai écouté les demandes de la présidence libanaise et réaffirmé le soutien continu de l’Union européenne au Liban. »
Cette déclaration de l’UE est particulièrement significative car elle aligne explicitement les décisions du gouvernement libanais sur la doctrine européenne en vigueur depuis 2013, date de l’inscription de l’aile militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes de l’Union. Le président Aoun a écouté attentivement les préoccupations européennes tout en réitérant la détermination de l’État à faire respecter ses décisions sur l’ensemble du territoire.
Le soutien jordanien sous l’autorité du roi Abdallah II
Après le déjeuner, le président Aoun a reçu l’ambassadeur du Royaume hachémite de Jordanie, Walid Abdel Rahman Hadid. Ce dernier a réaffirmé « la position constante et permanente du Royaume hachémite, sous la conduite de Sa Majesté le roi Abdallah II, en faveur de la stabilité et de la prospérité du Liban, ainsi que l’importance de rétablir le calme et le soutien aux efforts du gouvernement libanais dans toutes les mesures qu’il prend pour protéger sa sécurité, sa souveraineté et activer ses institutions légitimes ».
Le message jordanien met l’accent sur la nécessité de restaurer la stabilité et de renforcer les institutions légitimes, dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes.
Échanges avec la Turquie sur la situation au Liban et dans la région
L’ambassadeur de Turquie, Murat Luten, a été reçu dans l’après-midi. Les deux responsables ont passé en revue « les situations actuelles au Liban et dans la région ainsi que sur la position de l’État libanais » sur ces questions. Ankara, qui entretient des relations historiques avec Beyrouth, suit de près les développements sécuritaires au Levant.
L’appui moral et humanitaire du Saint-Siège
Sur un registre distinct, le président Aoun a reçu un appel téléphonique du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège. Le cardinal a confirmé « le soutien du Saint-Siège au Liban en ces jours difficiles et sa disponibilité à aider à limiter les souffrances des Libanais ». Le président Aoun a répondu en remerciant le pape Léon XIV pour ses positions constantes en faveur du Liban et des Libanais, soulignant l’importance de cet appui moral dans un moment où le pays fait face à de multiples défis.
Les appels du président chypriote et du Premier ministre libyen
En fin d’après-midi, deux appels téléphoniques sont venus compléter cette journée diplomatique. Le président chypriote, Nikos Christodoulides, a insisté sur « l’amitié profonde qui unit les peuples libanais et chypriote, enracinée dans l’histoire, les deux pays et leurs peuples amis partageant de nombreux points communs ». Les deux chefs d’État ont examiné les développements sécuritaires et militaires au Liban et dans la région.
Le Premier ministre libyen, Abdul Hamid Dbeibah, a pour sa part réaffirmé « le soutien de son pays à la souveraineté du Liban, à sa stabilité et aux positions du gouvernement libanais dans ce domaine ». Ces deux appels soulignent l’élargissement du cercle des soutiens régionaux aux mesures prises par Beyrouth.
La situation sécuritaire sur le terrain au soir du 4 mars
Au moment où le président Aoun achevait ces consultations, l’armée libanaise a signalé la poursuite des mouvements de troupes israéliennes dans au moins sept localités du Sud, notamment autour de Khiam et de Marjeyoun, où des alertes d’évacuation ont été diffusées à la population civile. Les frappes aériennes israéliennes ont visé des positions dans la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth au cours de la journée, provoquant des dommages matériels confirmés par les services de défense civile.
Selon les données actualisées du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, plus de 31 000 personnes ont été déplacées internes depuis le début de cette nouvelle phase d’escalade. Le ministère des Affaires étrangères libanais a transmis aux missions diplomatiques accréditées à Beyrouth des notes verbales détaillant les violations recensées depuis le 1er mars, avec coordonnées GPS et témoignages de riverains.
L’armée libanaise maintient un niveau d’alerte maximal le long de la ligne bleue tout en coordonnant avec la FINUL les patrouilles conjointes destinées à documenter les incursions. Les services de renseignement libanais ont partagé avec leurs homologues occidentaux et arabes des images de drones montrant les positions avancées des unités israéliennes à l’intérieur du territoire libanais. Les consultations diplomatiques initiées ce 4 mars se poursuivent avec d’autres capitales, tandis que le gouvernement prépare une nouvelle communication officielle sur les mesures d’application des décisions du lundi dans les zones frontalières. Les échanges d’informations entre les services de renseignement des pays du Golfe et les partenaires occidentaux se sont intensifiés, permettant une mise à jour continue de la carte des menaces. Les infrastructures touchées font l’objet d’évaluations techniques détaillées, avec des équipes d’experts dépêchées sur site pour quantifier les dommages et planifier les réparations nécessaires.
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