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L’échec du coup de force de Messieurs Adib, Hariri et Mikati

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Le Liban ne peut plus se permettre de perdre du temps. C’est pourquoi les partis se sont engagés à respecter l’initiative française. Mais, les uns ne veulent pas lâcher le ministère des Finances et les autres veulent choisir seuls tous les ministres. 

Le Président du Parlement Nabih Berri (chef du mouvement Amal) et le Hezbollah* souhaitaient le retour de Saad Hariri au poste de Premier ministre. Ce n’était en revanche pas le cas du Courant patriotique libre (CPL, fondé par le Président de la République Michel Aoun et dirigé aujourd’hui par Gébran Bassil) et de Walid Joumblatt (chef du Parti socialiste progressiste, PSP) qui s’étaient néanmoins prononcés en faveur d’un Premier ministre désigné par le leader du Courant du Futur. La logique du CPL étant que le Courant du Futur de Saad Hariri avait remporté la majorité des voix sunnites lors des dernières élections législatives et qu’il revenait donc à ce parti de désigner le Premier ministre (poste dévolu à la communauté sunnite). Cette stratégie s’inscrit aussi dans un contexte de regain de terrorisme islamiste sunnite au Liban et de tension entre les partisans de Saad Hariri et ceux de Baha’ Hariri probablement liés à la montée de l’influence turque au Liban – à travers les Libanais et les réfugiés syriens d’origine turkmène, circassienne et turque, le Forum des jeunes (dirigé par Nabil el-Halabi mais ayant Baha’ Hariri, le fils aîné de Rafic Hariri, pour leader) qui semble désormais être soutenu par Achraf Rifi et la mouvance des Frères Musulmans à commencer par la Jamaa Islamiya (Frères Musulmans libanais) et les Gardiens de la ville (de Tripoli) – les « Horras al-Madina » –.

Les anciens Premiers ministres Saad Hariri, Fouad Siniora (chef du Courant du Futur), Tammam Salam (allié du Courant du Futur) et Najib Mikati (chef du mouvement al-Azem qui s’est allié au Courant du Futur lors des dernières élections législatives) – qui n’avaient pas désigné le Premier ministre démissionnaire Hassan Diab (qui avait été ministre dans le second gouvernement de Najib Mikati), choisi par le CPL, le mouvement Amal et le Hezbollah – se réunirent alors et choisirent l’ambassadeur du Liban en Allemagne Moustapha Adib comme leur candidat au poste de Premier ministre. Les jours qui suivirent virent ce proche de Najib Mikati (il avait été son directeur de cabinet lorsqu’il avait été Premier ministre pour la seconde fois) se faire désigner par une majorité des députés consultés par le biais de leurs blocs parlementaires par le Président de la République. 

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L’article 64 de la Constitution prévoit que le Premier ministre désigné « procède aux consultations parlementaires en vue de former le Gouvernement, dont il contresigne avec le Président de la République le décret de formation du gouvernement ». Cela implique donc qu’un gouvernement doit être formé par le Premier ministre désigné en coopération avec le Président de la République et en consultant les blocs parlementaires. Depuis sa désignation, Moustapha Adib a cherché à former seul – ou en tous cas avec les anciens Premiers ministres Saad Hariri, Fouad Siniora, Tammam Salam et Najib Mikati seulement – le gouvernement et donc à imposer un « gouvernement de fait accompli » et même « de défi » au « duo chiite » (le mouvement Amal et le Hezbollah). Il a pensé pouvoir surfer sur l’initiative française (et de la pression de la France), les sanctions américaines, l’appui des anciens Premiers ministres Saad Hariri, Fouad Siniora, Tammam Salam et Najib Mikati et le « dégagisme » des manifestants (qui souhaitent écarter les partis de gouvernements – y compris ceux de ces anciens Premiers ministres ce que ces derniers semblent feindre d’oublier). La déclaration du secrétaire d’État américain adjoint pour les affaires du Proche-Orient, David Schenker (« les Américains et les Français ont les mêmes objectifs au Liban ») a semé le doute dans l’esprit du Hezbollah sur l’initiative française. Même Nabih Berri s’est senti piégé après les sanctions américaines contre Ali Hassan Khalil, l’un de ses proches, et l’insistance de Moustapha Adib à retirer aux chiites ou en tous cas au mouvement Amal le ministère des Finances. La réunion le 14 septembre 2020 au palais présidentiel de Baabda entre le Président de la République Michel Aoun et le Premier ministre désigné Moustapha Adib a sonné – pour le moment – le glas au coup de force de ce dernier et de ses parrains les anciens Premiers ministres Saad Hariri, Fouad Siniora, Tammam Salam et Najib Mikati visant à désigner tous les ministres (c’est-à-dire de toutes les confessions) sans le Président de la République et sans les partis chrétiens et chiites. 

* L’idéologie khomeyniste du Hezbollah, adossée au principe du vilayet-e faqih, se traduit au Liban par le maintien d’armes échappant au monopole légitime de l’État et de l’armée, tout en vidant de sa substance l’accord de Mar Mikhael avec le Courant patriotique libre, qu’il ne respecte ni dans l’esprit ni dans la pratique.

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Michel Fayad
Michel Fayadhttp://www.michelfayad.com/
Michel Fayad est un professionnel de l’énergie et de la finance, formateur en géopolitique à l’IFP Training (IFP Énergies nouvelles) et ancien conseiller du ministre libanais de l’Économie et du Commerce. Diplômé entre autres de New York University (NYU) Stern, de la London School of Economics and Political Science (LSE), de HEC Paris et de l’Université Paris Saclay, il a étudié notamment la science politique, la diplomatie, la géopolitique, le droit, l’économie, le management, la finance et la gestion. Son mémoire de Master, consacré à la menace fondamentaliste sunnite au Liban, a été salué par de grands universitaires comme les professeurs Lina Murr Nehmé et Joseph Maïla, ex-directeur de la Prospective et du Pôle Religion au ministère français des Affaires étrangères. Il a conçu, structuré, financé et dirigé des projets dans l’énergie, les ressources naturelles et les infrastructures pour Bluegreen (groupe Bucherer), Bolloré Transport & Logistics et d’autres, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Europe. Il a également exercé des activités de conseil pour Axa, EDF, Manutan et d’autres. Il a enfin siégé aux conseils d’administration de sociétés énergétiques et minières cotées à la Bourse de Londres (AIM) et sur Euronext Growth Oslo. Doctorant à l’Université Grenoble Alpes et à Sciences Po Grenoble, au sein du Centre d’Études et de Recherche sur la Diplomatie, l’Administration Publique et le Politique (CERDAP²), il consacre sa thèse en science politique à la perte de souveraineté du Liban entre 1984 et 1986, à la suite de l’assassinat de Bachir Gemayel et du sabotage de l’accord avec Israël. Expert reconnu des questions géopolitiques (Moyen-Orient, Afrique du Nord et Subsaharienne, ex-URSS et ex-Yougoslavie), il intervient régulièrement dans les médias en France (France 2, M6, BFM TV, CNEWS, LCI, France Info TV, France 24, TV5 Monde, Europe 1, RTL, Radio Classique, Sud Radio, Le Figaro, Libération, Marianne, le JDD, Valeurs Actuelles, Atlantico, etc.) et au Moyen-Orient (Asharq Bloomberg, An-Nahar, El-Nashra, L’Orient-Le Jour, Libnanews, etc.) ainsi qu’au sein d’institutions parlementaires et universitaires et auprès de grandes entreprises. Considéré par feu le professeur Antoine Sfeir comme son poulain, ses analyses sont notamment saluées par le professeur Jacques Soppelsa, le diplomate Naji Abi Assi (représentant de la Ligue arabe à Paris), le général François Chauvancy, ainsi que par la professeure Fadia Kiwan, fondatrice de l’Institut de science politique de l’Université Saint-Joseph (Sciences Po Beyrouth). Cours et interventions marquantes : Conférence « Risque de guerre civile au Liban », ESJ Lille et Sciences Po Lille Intervention au Sénat français sur la crise financière et judiciaire du Liban Cours à l’IFP Training : Géopolitique des métaux stratégiques et des terres rares ; Géopolitique des hydrocarbures

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