dimanche, février 22, 2026

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L’éducation en péril : l’impact de la crise économique sur le système éducatif libanais

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Le Liban, autrefois considéré comme un centre d’excellence pour l’éducation au Moyen-Orient, est aujourd’hui confronté à une crise profonde qui menace de paralyser son système éducatif. La crise économique, qui a débuté en 2019, a non seulement dévasté les secteurs économiques clés du pays, mais a également profondément affecté l’éducation. Ce secteur, jadis perçu comme un pilier de la société libanaise, se trouve aujourd’hui au bord du précipice, avec des conséquences graves pour les générations futures.

Un système éducatif en déclin

Avant la crise, le Liban se distinguait par son réseau dense d’écoles privées et publiques. Les établissements scolaires privés représentaient environ 70 % du système éducatif, tandis que les écoles publiques accueillaient environ 30 % des élèves. Les universités, quant à elles, jouissaient d’une réputation régionale et internationale, attirant des étudiants libanais et étrangers.

Cependant, depuis le début de la crise, l’éducation au Liban connaît un déclin sans précédent. L’effondrement économique, l’inflation galopante et la dévaluation de la livre libanaise ont gravement affecté la capacité des familles à financer l’éducation de leurs enfants. Les établissements scolaires, qu’ils soient publics ou privés, peinent à maintenir des normes éducatives décentes.

L’impact de la crise sur les écoles privées

Les écoles privées, qui accueillaient une majorité d’élèves avant la crise, ont vu leur capacité de fonctionnement diminuer drastiquement. Avec l’effondrement de la monnaie libanaise, les frais de scolarité, historiquement payés en livres libanaises, ne couvrent plus les coûts de fonctionnement. Les parents, dont les revenus se sont effondrés, peinent à payer les frais de scolarité, et de nombreuses écoles ont été contraintes de fermer leurs portes ou de réduire leur personnel.

En 2023, près de 30 % des établissements privés avaient réduit leur capacité d’accueil, tandis que 10 % avaient définitivement fermé leurs portes. Ceux qui subsistent doivent régulièrement augmenter leurs frais de scolarité pour compenser l’inflation, rendant l’éducation de plus en plus inaccessible à la classe moyenne.

AnnéePourcentage d’écoles privées ayant réduit leurs capacitésPourcentage d’écoles privées fermées
202015 %5 %
202225 %8 %
202330 %10 %

La dégradation du secteur public

Le secteur public de l’éducation, historiquement sous-financé, a vu ses capacités d’accueil augmenter de manière exponentielle à mesure que les familles démunies ne pouvaient plus payer les frais des écoles privées. Cependant, les écoles publiques, déjà en difficulté avant la crise, n’étaient pas préparées à cette augmentation soudaine du nombre d’élèves. Les infrastructures sont vétustes, les enseignants sont mal payés, et le matériel pédagogique est insuffisant.

En 2023, les salaires des enseignants du secteur public avaient chuté de 90 % en termes réels, en raison de la dévaluation de la livre libanaise. Beaucoup ont dû abandonner leur profession ou chercher des emplois secondaires pour subvenir à leurs besoins, ce qui a entraîné une pénurie d’enseignants qualifiés dans le système public.

AnnéeRéduction du salaire réel des enseignants (%)
202045 %
202270 %
202390 %

Les défis majeurs de l’éducation au Liban

1. La fuite des enseignants

La crise économique a provoqué une fuite massive des enseignants du secteur public et privé. De nombreux enseignants qualifiés, face à la dévaluation de leurs salaires et à la détérioration des conditions de travail, ont quitté le Liban pour chercher de meilleures opportunités à l’étranger. Cette « fuite des cerveaux » a gravement affecté la qualité de l’éducation dans les écoles publiques et privées restantes.

Selon le ministère de l’Éducation, environ 25 % des enseignants qualifiés ont quitté le pays entre 2020 et 2023, créant un vide dans le système éducatif. Cela a conduit à une diminution de la qualité de l’enseignement et à une augmentation de la charge de travail pour les enseignants restants, déjà épuisés par la situation.

2. La précarité des infrastructures scolaires

Les infrastructures scolaires au Liban, en particulier dans le secteur public, sont dans un état de délabrement avancé. De nombreuses écoles manquent de ressources de base, telles que des livres, des ordinateurs, et des fournitures scolaires. Le manque de financement public, aggravé par la corruption et la mauvaise gestion des fonds, a empêché la réhabilitation des établissements scolaires.

Les écoles dans les régions rurales et éloignées, comme celles de la Békaa et du Nord-Liban, sont les plus touchées. Certaines écoles n’ont même pas accès à l’eau potable ou à l’électricité, rendant l’apprentissage dans de telles conditions extrêmement difficile.

3. L’augmentation du taux de décrochage scolaire

La crise a également entraîné une hausse alarmante du taux de décrochage scolaire. Selon l’UNICEF, environ 30 % des enfants en âge d’être scolarisés ne sont plus inscrits à l’école en 2023, contre 10 % en 2019. Les familles qui ne peuvent plus payer les frais de scolarité, même dans le secteur public, préfèrent que leurs enfants travaillent pour subvenir aux besoins du foyer.

Le taux de décrochage scolaire est particulièrement élevé dans les régions marginalisées, où la pauvreté pousse les enfants à abandonner l’école pour des emplois précaires. Cela crée un cycle de pauvreté générationnelle, où des millions d’enfants n’ont plus accès à l’éducation nécessaire pour améliorer leurs conditions de vie.

AnnéeTaux de décrochage scolaire (%)
201910 %
202120 %
202330 %

Les conséquences à long terme de la crise éducative

1. La perte de capital humain

L’une des conséquences les plus graves de la crise éducative au Liban est la perte de capital humain. Le pays, autrefois connu pour la qualité de son éducation, risque de voir des générations entières d’enfants grandir sans accès à une éducation de qualité. Cela affectera non seulement la capacité du pays à se reconstruire économiquement, mais aussi sa compétitivité à long terme.

Le manque d’accès à l’éducation compromet la capacité des jeunes Libanais à intégrer le marché du travail, ce qui accroît le chômage et la pauvreté. À long terme, cela entraînera un déclin du potentiel économique du Liban et limitera sa capacité à attirer des investissements étrangers.

2. L’aggravation des inégalités sociales

La crise de l’éducation contribue également à l’aggravation des inégalités sociales. Alors que les familles les plus riches peuvent encore envoyer leurs enfants dans des écoles privées de haut niveau ou à l’étranger, les familles les plus pauvres sont obligées de se contenter d’écoles publiques sous-financées ou de retirer leurs enfants de l’école. Cela crée un fossé de plus en plus grand entre les classes sociales, renforçant les inégalités générationnelles.

3. L’impact sur la stabilité sociale

Le déclin de l’éducation menace également la stabilité sociale du Liban. Les enfants qui ne sont pas scolarisés sont plus susceptibles de se retrouver dans des situations précaires, d’être exploités ou de se tourner vers des activités illégales. Le manque de perspectives éducatives et professionnelles pourrait alimenter l’instabilité politique et sociale, dans un pays déjà marqué par des tensions communautaires et économiques.

Solutions pour réformer le système éducatif libanais

Malgré l’ampleur de la crise, des solutions existent pour sauver le système éducatif libanais et offrir un avenir meilleur aux jeunes générations.

1. Réforme du financement de l’éducation

Le gouvernement libanais, avec l’aide d’organisations internationales comme l’UNESCO et l’UNICEF, doit réformer le financement de l’éducation. Cela passe par une augmentation du budget alloué à l’éducation, ainsi qu’une meilleure gestion des ressources. La lutte contre la corruption dans l’attribution des fonds publics est également essentielle pour garantir que l’argent destiné à l’éducation soit utilisé de manière efficace.

2. Renforcement de l’éducation publique

Il est crucial de renforcer le secteur public de l’éducation pour offrir un accès gratuit et de qualité à tous les enfants libanais. Cela inclut la réhabilitation des infrastructures scolaires, l’augmentation des salaires des enseignants, et l’amélioration des programmes pédagogiques. Le gouvernement doit également investir dans des programmes de formation continue pour les enseignants, afin de garantir que ceux-ci disposent des compétences nécessaires pour répondre aux besoins des élèves.

3. Partenariats avec des organisations internationales

Le Liban doit renforcer ses partenariats avec des organisations internationales pour recevoir des financements, des ressources et une expertise technique pour améliorer son système éducatif. Les programmes de soutien à l’éducation doivent inclure des bourses pour les familles démunies, des repas scolaires gratuits, et des initiatives visant à réduire le taux de décrochage scolaire.

Conclusion

L’éducation au Liban est en péril, mais il est encore possible de sauver le système éducatif du pays. Cela nécessite des réformes profondes et des investissements conséquents pour garantir que tous les enfants libanais, quel que soit leur milieu socio-économique, aient accès à une éducation de qualité. L’avenir du Liban dépendra de sa capacité à restaurer et à moderniser son système éducatif, afin d’offrir aux jeunes générations les outils nécessaires pour reconstruire leur pays.


Sources :

  1. UNICEF, « Education in Crisis in Lebanon, » 2023.
  2. Banque mondiale, « Lebanon Education Report, » 2023.
  3. UNESCO, « Education for All in Lebanon, » 2024.
  4. Ministère de l’Éducation, « Statistiques de l’Éducation au Liban, » 2023.

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