vendredi, janvier 23, 2026

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L’émissaire de Paris à Beyrouth: visite utile ou tournée symbolique?

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Un retour français dans un champ déjà saturé

La visite de la conseillère politique du président français, chargée du Moyen-Orient, intervient dans un moment où le Liban est déjà sous forte pression diplomatique. Un quotidien libanais rappelle qu’un dispositif américain dense, une initiative égyptienne et un activisme saoudien discret occupent déjà le terrain, au point que certains milieux parlent d’un paysage « saturé » où chaque capitale cherche à inscrire sa marque sur le dossier libanais. 

Dans ce contexte, la venue de l’envoyée française est présentée comme une tentative de « relancer la diplomatie » de son pays et de réaffirmer un rôle politique considéré à Paris comme historique au Liban. Des sources citées dans la presse évoquent la volonté française de rappeler qu’elle se voit encore comme l’une des puissances les mieux « informées » des complexités locales, forte d’un héritage qui remonte au mandat et aux accords fondateurs de l’État libanais. 

Mais ces mêmes sources soulignent aussi une difficulté structurelle: la France fait face à l’extension du champ d’action américain et à l’absence de leviers concrets pour infléchir le comportement de l’ennemi au Sud. Le diagnostic est formulé sans détour par un quotidien: le rôle français souffre d’un déficit d’« efficacité » comparé au poids de Washington, ce qui renvoie de plus en plus souvent ses initiatives au rang d’« accessoire » dans l’attente de décisions prises ailleurs. 

C’est sur cette toile de fond que se déroule la tournée libanaise de la conseillère: une séquence courte, dense en symboles, mais dont la portée réelle reste discutée.

Une tournée en quatre étapes: Baabda, Ain el-Tiné, le Sérail et le ministère

La délégation française, conduite par la conseillère du président et accompagnée de l’ambassadeur, a commencé son parcours par le palais de Baabda, avant de se rendre successivement chez le président de la Chambre, au Grand Sérail et au ministère des Affaires étrangères. 

Dès le premier entretien, au palais présidentiel, l’émissaire transmet au chef de l’État les salutations de son homologue français et « la confirmation de la poursuite de l’aide au Liban », en particulier à travers deux projets de conférences: l’une consacrée au soutien de l’armée et des forces armées, l’autre à la reconstruction. 

La même formule est reprise dans les comptes rendus d’autres journaux: la France « travaillera à la stabilisation du Sud » et s’engage à « activer le mécanisme » de suivi du cessez-le-feu « conformément à la volonté libanaise ». 

La journée se poursuit par une visite à Ain el-Tiné, où la délégation est reçue par le président de la Chambre. Un quotidien rapporte que c’est dans ce salon que le ton devient le plus direct, avec un « reproche » explicite sur l’absence de résultats concrets du côté français dans le cadre du mécanisme. 

Au Grand Sérail, l’entretien avec le chef du gouvernement se concentre davantage sur les réformes, le Fonds monétaire international et la question de la stabilité économique, même si « la stabilisation du Sud » est de nouveau mentionnée comme objectif partagé. 

La tournée se conclut au ministère des Affaires étrangères, où il est question de la situation au Sud, du rôle de l’armée et de la future relation avec la Syrie, notamment sur la question du tracé des frontières. 

Sur le papier, tout y est: le protocole, les salutations présidentielles, les promesses de conférences, les déclarations de soutien à l’armée, les engagements de travailler au « mécanisme ». La question demeure: que change réellement cette tournée?

À Baabda: négociation, armée et bataille du récit

La France promet, le président détaille sa ligne

Au palais présidentiel, l’envoyée française déroule d’abord le message de sa capitale: son pays continuera « à aider le Liban » et à travailler à la tenue de deux conférences, la première pour appuyer l’armée et les forces armées, la seconde pour la reconstruction. 

Elle ajoute que Paris s’emploiera à « stabiliser le Sud » et à « activer le mécanisme » de suivi du cessez-le-feu, dans la forme souhaitée par la partie libanaise. 

Le chef de l’État saisit l’occasion pour réaffirmer sa doctrine. Il explique que ce qui empêche l’armée de compléter son déploiement au sud du Litani jusqu’à la frontière internationale, ce n’est pas un refus interne, mais « la poursuite de l’occupation israélienne de terres libanaises, la continuation des actes hostiles et le non-respect de l’accord du 27 novembre 2024 ». 

Il insiste sur le rôle de l’institution militaire, qu’il présente comme exécutant « avec précision » les instructions reçues, en contradiction avec ce que diffuse l’ennemi sur une prétendue défaillance. « Tout ce qui se dit sur un manquement de l’armée n’est qu’une pure calomnie », déclare-t-il, en soulignant que l’institution bénéficie de la confiance des Libanais et des habitants du Sud. 

Le chef de l’État souligne également que le soutien « moral » ne suffit pas. Il affirme que l’armée a besoin de « matériels et de véhicules militaires » pour assurer ses missions, et que ces moyens doivent être fournis via la conférence internationale de soutien que le président français prépare en coordination avec Washington et Riyad, en parallèle d’une conférence de reconstruction. 

Le « choix de la négociation » mis en avant

Interrogé par l’émissaire sur son « option » politique, le chef de l’État réaffirme ce qu’il a rendu public quelques semaines auparavant: « le choix de la négociation » avec l’ennemi. Selon les comptes rendus, il insiste sur l’idée que ce choix est « de nature à ramener la stabilité dans la région sud et dans tout le Liban », car la poursuite de l’agression « ne conduit à aucun résultat ». 

Il ajoute que les expériences « dans plusieurs pays » montrent que la guerre finit toujours par la négociation, et que cette négociation est « le seul cadre durable » pour des conflits qui, autrement, se prolongent sans perspective. 

Il précise, selon un quotidien panarabe, que le soutien extérieur des « États amis », notamment la France et les États-Unis, à une telle négociation peut lui donner des chances d’aboutir. Il va jusqu’à considérer que la commission du mécanisme pourrait être l’une des instances capables d’accompagner ce processus. 

Ce passage montre comment la visite française sert aussi de plateforme pour installer, dans le discours public, l’idée d’une négociation encadrée par des parrains internationaux, sans rompre avec le cadre de l’accord existant.

Frontières et rôle historique de la France

Au-delà du Sud, la discussion aborde un dossier sensible: la délimitation des frontières terrestres et maritimes entre le Liban et la Syrie. L’émissaire française indique que son pays est prêt à aider dans ce domaine, rappelant qu’il dispose de « cartes et documents » remontant à l’époque du mandat, susceptibles de faciliter l’aboutissement d’un accord clair et définitif, gage de stabilité durable sur toute la ligne frontalière. 

Ce volet illustre la façon dont Paris tente de valoriser son « capital historique », en se présentant comme un acteur disposant de ressources archivistiques et d’une mémoire institutionnelle que d’autres médiateurs n’ont pas.

À Ain el-Tiné: le reproche sur le mécanisme et le rôle manquant

Si Baabda offre au président l’occasion de détailler sa ligne, Ain el-Tiné devient le lieu du « reproche » adressé à la France. Un quotidien rapporte que le président de la Chambre exprime à l’émissaire « un grief » sur l’absence de rôle effectif de son pays au sein de la commission du mécanisme. 

Selon cette version, il déplore que la France, pourtant membre influent du Conseil de sécurité, ne parvienne pas à imposer à l’ennemi le respect du cessez-le-feu. Il lui reproche de ne pas utiliser pleinement son poids pour contraindre l’adversaire à cesser les frappes et à se conformer aux termes de l’accord du 27 novembre 2024. 

Le texte souligne que l’envoyée a essentiellement « écouté » ces doléances et pris note du mécontentement, sans être en mesure d’annoncer un changement concret dans la posture de son pays sur ce point précis. La même source décrit la tournée comme s’étant déroulée « en temps perdu », sans déboucher sur des résultats tangibles, compte tenu de la « faiblesse du rôle français », la délégation se contentant d’exprimer sa « préoccupation » face à l’escalade au Sud. 

Ain el-Tiné apparaît ainsi comme le miroir de la perception d’une partie de la classe politique: la France parle de mécanisme, de stabilisation et de conférences, mais ne parvient ni à faire bouger l’ennemi sur le terrain, ni à peser sur les décisions stratégiques prises à Washington.

Au Grand Sérail: réformes, FMI et Sud en arrière-plan

Au Grand Sérail, la rencontre prend un ton plus technocratique. Selon un quotidien, l’envoyée française affirme le « soutien » de son pays aux efforts du gouvernement pour mener les réformes et progresser dans les négociations avec le Fonds monétaire international, en soulignant que l’accord avec cette institution est vu par Paris comme « une étape pour restaurer la stabilité financière et économique » du Liban. 

Elle réaffirme que la France travaille avec ses partenaires internationaux « pour stabiliser le Sud », liant ainsi de manière explicite la dimension économique et financière au dossier sécuritaire. 

Le chef du gouvernement, de son côté, insiste sur le fait que la réforme est « un choix national avant d’être un engagement international ». Il explique que son équipe s’emploie à achever les « principaux volets » exigés, notamment le projet de loi sur la « brèche financière », destiné à encadrer la répartition des pertes dans le système bancaire et financier. 

Cette séquence illustre la façon dont Paris tente de maintenir un lien entre soutien politique, aide sécuritaire et agenda des réformes. La visite de l’émissaire n’apporte pas de nouveau plan, mais elle sert à réaffirmer, devant l’opinion libanaise, que la France continue de voir dans l’accord avec le FMI un passage obligé, y compris pour consolider la stabilité au Sud.

Au ministère des Affaires étrangères: Sud, armée et relation avec Damas

La dernière étape officielle de la tournée conduit la délégation française au ministère des Affaires étrangères. Le compte rendu souligne que l’entretien porte à la fois sur la situation au Sud et sur le rôle de l’armée. L’envoyée réaffirme « le soutien » de son pays aux forces armées libanaises et à la stabilité du pays. 

Un autre article ajoute que la discussion aborde « l’avenir des relations libano-syriennes » sous la nouvelle autorité à Damas. Le chef de l’État, interrogé par l’émissaire sur ce point dans un autre entretien, indique que le Liban « coordonne avec le côté syrien » dans l’intérêt des deux pays, en insistant sur l’urgence de délimiter les frontières terrestres et maritimes, dossier sur lequel Paris offre explicitement son assistance. 

Là encore, la visite ne débouche pas sur un plan précis, mais elle permet à la France de rappeler sa disponibilité à jouer un rôle sur des dossiers techniques où son expertise historique est mise en avant.

Deux conférences en suspens: armée et reconstruction

Un des éléments les plus concrets de la visite française est la mention répétée de deux conférences en préparation: l’une pour soutenir l’armée et les forces armées, l’autre pour la reconstruction. L’envoyée explique que son pays « travaille toujours » à ces rendez-vous, sans toutefois en fixer la date ni le lieu. 

Un quotidien précise que Paris est en contact avec Riyad, Washington et d’autres partenaires pour lever les obstacles et assurer la tenue de ces conférences, tout en reconnaissant que « rien n’a encore été arrêté » sur le calendrier. 

Dans ses propos publics, le chef de l’État insiste sur l’importance de ces deux rendez-vous. Il explique que l’armée a besoin de matériels et de véhicules, et que la reconstruction des villages du Sud constitue la « pierre angulaire » pour permettre aux habitants de revenir et de tenir sur leurs terres. 

Mais il ajoute qu’une telle reconstruction est impossible sous les bombardements quotidiens, rappelant que les attaques visent à la fois des maisons, des infrastructures et des institutions publiques. 

Ainsi, les conférences évoquées restent suspendues à une double condition: une amélioration minimale de la situation sécuritaire au Sud, et la capacité de Paris à convaincre ses partenaires de s’engager financièrement dans un pays où les réformes tardent et où la crise bancaire n’a pas trouvé d’issue.

Un contexte de pression américaine et de débats sur le format des négociations

La visite de l’émissaire française s’inscrit dans un contexte où les États-Unis repoussent l’idée que le dossier du Sud puisse être géré uniquement à travers le mécanisme militaire. Des sources diplomatiques citées par la presse expliquent que Washington ne veut pas jouer le rôle de médiateur dans ce format technique, et qu’il préfère un « dialogue direct » avec l’ennemi, avec une représentation politique explicite du côté libanais. 

Selon ces mêmes sources, la proposition libanaise sur la négociation serait jugée « incomplète », car elle ne prévoirait pas encore ce type de représentation politique. Les États-Unis souhaiteraient voir émerger une formule de pourparlers où les militaires ne seraient plus les seuls interlocuteurs, ce qui ouvrirait un débat sensible sur la nature même des relations avec l’ennemi. 

Dans ce cadre, la France tente de se positionner comme soutien à une négociation encadrée par le mécanisme, en phase avec la demande officielle libanaise. Mais elle ne dispose ni du poids militaire ni du levier financier que ses partenaires américains ou du Golfe peuvent mobiliser.

Un quotidien résume cette asymétrie en expliquant que, tant que Washington n’a pas « tranché ses options », tout mouvement français risque de rester un « accessoire extérieur », sans capacité réelle à modifier le rapport de forces. 

Perception intérieure: exploration prudente ou médiation sans prise?

Les lectures de la visite divergent dans la scène libanaise. Des sources officielles soulignent, dans la presse, que la conseillère est venue « s’informer » et « poser des questions » sur la situation de l’armée et le fonctionnement du mécanisme, mais aussi sur l’état des relations avec la Syrie et les conditions d’une éventuelle délimitation des frontières. 

Ces mêmes sources insistent sur le fait que la France se dit prête à aider sur ces dossiers, à soutenir les réformes, à plaider la cause libanaise au sein des institutions internationales et à avancer sur les conférences de soutien.

D’autres voix, en revanche, parlent d’une tournée « sans résultats palpables ». Un quotidien décrit la visite comme une séquence menée « en temps perdu », avec un discours inquiet sur l’escalade au Sud, mais sans engagement nouveau ni initiative précise pour imposer à l’ennemi le respect du cessez-le-feu. 

Le reproche exprimé à Ain el-Tiné sur l’absence de rôle effectif au sein du mécanisme résume une partie de ces critiques: la France promet de « travailler à l’activation » de cet instrument, mais les bombardements se poursuivent, y compris contre des villages où l’armée a montré qu’elle remplissait ses obligations. 

Dans les jours qui suivent, aucun signal concret ne vient indiquer que la visite a modifié le comportement de l’ennemi au Sud, ni qu’elle a débloqué des décisions sur les conférences promises. Les drones continuent de survoler les villages, les frappes visent des voitures, des maisons, des cafés, et les habitants ne perçoivent de la tournée française que quelques images de poignées de main et des déclarations générales sur le soutien à l’armée et la volonté de « stabiliser le Sud ».

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