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L’environnement étouffé : la crise des déchets et la pollution empoisonnent le Liban

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Une crise qui dure et s’aggrave

Le Liban vit, à l’automne 2025, une nouvelle phase d’effondrement écologique. Dix ans après la première “crise des ordures” de 2015, la situation dépasse désormais la simple incapacité administrative : elle met en cause la survie sanitaire du pays. Les municipalités accumulent les déchets sans solution durable, les sites de traitement sont saturés et les décharges illégales prolifèrent. Beyrouth et ses banlieues produisent environ 3 000 tonnes d’ordures par jour, pour une capacité de traitement de 1 800 tonnes seulement. À Tripoli, la décharge de Ras Maska reçoit encore 600 tonnes quotidiennes malgré son classement en zone à risque. Dans la Békaa, la situation n’est guère meilleure : les centres de tri de Zahlé et de Baalbek fonctionnent à moins de 40 % de leur capacité faute d’énergie et de maintenance. Le ministère de l’Environnement, dont le budget a été réduit à 5 millions de dollars en 2025 contre 25 millions cinq ans plus tôt, n’a plus les moyens d’assurer le suivi des sites. Cette paralysie institutionnelle a transformé la crise des déchets en désastre chronique.

Des villes submergées par leurs propres déchets

Dans les banlieues de Beyrouth, notamment à Chiyah, Haret Hreik et Bourj el-Barajneh, les ordures s’amoncellent dans les ruelles. Les collectes, interrompues depuis plusieurs semaines, laissent les habitants face à des montagnes de détritus. À Tripoli, près de 400 tonnes de déchets non ramassés s’accumulent chaque jour, forçant les habitants à brûler les sacs dans les terrains vagues. Cette combustion incontrôlée libère des nuages toxiques. Le ministère de la Santé a enregistré une hausse de 18 % des cas de bronchites chroniques et de 25 % d’asthme infantile depuis le début de l’année. Dans la région de Saïda, la mer recrache régulièrement des déchets plastiques et organiques issus des dépotoirs côtiers. Le recyclage officiel, annoncé comme prioritaire, n’atteint plus que 7 % du volume total des déchets, contre 15 % en 2019. Les infrastructures construites avec l’aide internationale — notamment les centres de tri de Tyr et de Zahlé — sont partiellement à l’arrêt. L’incinération à ciel ouvert, interdite par la loi, est redevenue une pratique quotidienne dans plusieurs municipalités.

Les eaux polluées et la contamination du sol

Les études universitaires menées en 2025 montrent que la pollution dépasse désormais les seuils critiques dans de nombreuses régions. Dans la plaine de la Békaa, 45 % des puits d’irrigation contiennent des concentrations de nitrates supérieures aux normes internationales. Le littoral de Bourj Hammoud et de Dora présente des taux de plomb vingt fois plus élevés que les seuils de sécurité de l’Organisation mondiale de la santé. Les lixiviats issus des décharges non étanchéifiées se déversent dans la mer, provoquant une eutrophisation accélérée et une perte de biodiversité marine. Les pêcheurs de Jiyeh et de Khaldé signalent une baisse de 40 % des prises depuis deux ans. Dans le Nord, la rivière Abou Ali, autrefois utilisée pour l’irrigation, est devenue impropre à toute activité agricole. Les rivières Antélias, Nahr Ibrahim et Awali affichent des niveaux de pollution supérieurs à ceux mesurés lors de la crise de 2015. Cette contamination, largement invisible, s’infiltre dans la chaîne alimentaire et atteint les foyers par l’eau du robinet, souvent non filtrée.

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La flambée des cancers : un drame sanitaire silencieux

Les hôpitaux libanais alertent sur une hausse spectaculaire des cancers dans les zones les plus polluées. Entre 2020 et 2025, les cas de cancer du poumon ont augmenté de 28 %, ceux de la peau de 23 % et ceux du côlon de 19 %. Ces chiffres, compilés par les centres hospitaliers universitaires de Beyrouth et de Tripoli, correspondent aux zones où les déchets sont brûlés à ciel ouvert. Les habitants respirent quotidiennement des fumées contenant des dioxines, des hydrocarbures aromatiques polycycliques et des particules fines PM2.5 dont la concentration dépasse de dix fois la limite recommandée. Dans la banlieue sud, les médecins constatent un doublement des cas de maladies respiratoires chroniques depuis 2021. Les cancers du sein et de la thyroïde progressent également, particulièrement dans les zones côtières exposées à la pollution industrielle. À Tripoli, le service d’oncologie de l’hôpital gouvernemental a enregistré une hausse de 30 % des admissions en deux ans. Les experts soulignent la corrélation directe entre la densité des décharges et la prévalence des pathologies cancéreuses. Le manque de filtres sanitaires, la combustion du plastique et la proximité des habitations aggravent le risque. L’absence de politique de dépistage systématique rend la situation encore plus critique : la majorité des cas sont diagnostiqués à un stade avancé.

Des infrastructures à l’abandon et une écologie en faillite

Les sites de traitement créés après la crise de 2015 se dégradent faute d’entretien. Le centre de Bourj Hammoud, conçu pour 1 200 tonnes quotidiennes, en reçoit 1 800. Les stations d’épuration, au nombre de 12 dans tout le pays, ne fonctionnent qu’à 30 % de leur capacité. Celle de Ghadir, la plus importante, est régulièrement à l’arrêt à cause de pannes électriques. Le réseau de collecte ne couvre plus les zones rurales, où les habitants enfouissent leurs déchets ou les jettent dans les rivières. Le budget du ministère de l’Environnement ne représente plus que 0,03 % du budget national. Les municipalités, privées de transferts financiers, improvisent : certaines louent des camions privés, d’autres font appel à des ONG. Dans les zones touristiques, comme Byblos et Batroun, les plages souffrent d’une pollution chronique. Le tourisme côtier, qui représentait 8 % du PIB avant la crise, enregistre une chute de 35 % en 2025.

Un recyclage symbolique et un État absent

Le Liban n’a jamais mis en place de politique cohérente de recyclage. Moins de 10 % des déchets sont triés à la source. Les projets financés par la Banque mondiale et l’Union européenne entre 2018 et 2020, dotés de 90 millions de dollars, sont suspendus. Les entreprises concessionnaires réclament le paiement de leurs arriérés depuis 2022. Les ONG assurent la continuité dans certaines zones, mais à une échelle marginale. Les centres de tri de Zahlé, Saïda et Tyr tournent à 30 % de leurs capacités. La société civile multiplie les campagnes de sensibilisation, mais leur portée reste limitée face à la crise sociale. Les déchets plastiques à usage unique représentent encore 45 % du volume global. Les tentatives de réinstaurer une taxe municipale pour la collecte, suspendue depuis 2019, se heurtent au refus des citoyens déjà étranglés financièrement. Le ministère de l’Environnement a proposé un plan d’urgence de 150 millions de dollars sur trois ans, resté sans réponse politique.

Des politiques publiques en panne

Le plan national de gestion des déchets adopté en 2020 prévoyait cinq usines de traitement et de valorisation. Quatre ans plus tard, une seule — celle de Jiyyeh — a été inaugurée partiellement. Les désaccords politiques sur le choix des sites et la méfiance entre communautés ont bloqué toute avancée. Le nombre de décharges illégales atteint 941 en 2025, contre 624 en 2022. La décentralisation du traitement, proposée comme solution, n’a produit que de nouveaux dysfonctionnements : chaque région agit isolément, souvent sans respect des normes environnementales. Les bailleurs internationaux conditionnent leur aide à la mise en place d’un mécanisme de transparence et d’audit, que le gouvernement n’a pas encore adopté. Les écologistes estiment que la restauration du système de gestion des déchets nécessiterait au moins 2 milliards de dollars et dix ans de stabilité politique.

Un pays intoxiqué, un avenir incertain

La crise environnementale est devenue une crise sanitaire et sociale. L’air, l’eau et les sols sont contaminés, les institutions impuissantes et la population épuisée. Les médecins parlent d’une “pandémie lente”, celle d’un empoisonnement collectif à bas bruit. Les décharges brûlent jour et nuit, les plages se ferment, les habitants s’adaptent. Le Liban vit au milieu de ses déchets comme s’il s’agissait d’un état normal. Derrière les statistiques se cache une réalité implacable : respirer, boire et se soigner sont devenus des privilèges. Sans plan national, sans gouvernance écologique, le pays continue de se consumer dans un cercle vicieux où la survie immédiate efface toute vision d’avenir.

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