vendredi, janvier 23, 2026

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Les banques rejettent aussi le plan du gouvernement des banques parce qu’il fait supporter une partie des pertes du secteur bancaire à leurs actionnaires

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Après le rejet par le Fonds monétaire international (FMI) du plan du ministère des Finances que le gouvernement Mikati lui a proposé en ce début d’année 2022 (plan Mikati), l’Association des banques du Liban (ABL) l’a rejeté à son tour. Ce plan visait pourtant à faire supporter les pertes du secteur bancaire aux déposants plutôt qu’aux actionnaires des banques auxquels il n’était même pas demandé de réinjecter les dividendes qu’ils s’étaient fait versés ces dernières années et alors que la Banque Centrale conservait un capital négatif (facteur d’instabilité) et que l’Etat se voyait imposer un nouvel endettement :

Si l’ABL a affirmé hier à Reuters que le plan Mikati (dont elle n’a pas vu de version officielle assure-t-elle) adopte une approche dite de liquidation et causera ainsi une « perte de confiance persistante (dans le secteur bancaire) pour (plusieurs) générations à venir » et un frein à la croissance économique, elle s’attaque surtout au point concernant le capital et l’actionnariat des banques. 

Il y a deux ans, l’ABL s’était déjà opposée au plan du gouvernement précédent (le plan Diab encore connu sous le nom de plan Lazard) parce qu’il priorisait la ponction du capital des banques (write-off) par le biais d’une restructuration du capital des banques (wipe-out) et prévoyait un renflouement par la conversion de dépôts en actions (bail-in) limitée à 13% de décote (haircut) des 931 comptes (sur 2,7 millions de comptes à l’époque) disposant de plus de 10 millions de dollars. 

Le plan Mikati prévoyait un bail-in de 12 milliards de dollars, équivalent à 72% des actions de toutes les banques, réduisant ainsi les parts des actionnaires de banques actuels. Ces derniers ne pouvant conserver la majorité de l’actionnariat de leurs banques uniquement en injectant un milliard de dollars « frais » (fresh dollars).

L’ABL souhaite limiter le bail-in « au cas par cas » et le réaliser uniquement « après avoir obtenu un accord consensuel et global avec le gouvernement, et après que ce dernier a rempli ses obligations légales de rétablir la solvabilité de la Banque du Liban (BDL) ». Or, la BDL conservait un capital négatif dans le plan Mikati. 

De plus, cherchant à gagner l’appui de l’opinion publique, l’ABL a affirmé qu’elle refusera tout plan imposant un haircut sur les dépôts. Toutefois, l’ABL refusera surtout tout plan qui « anéantit totalement les fonds propres » de ses actionnaires (wipe-out et write-off). 

L’ABL s’est dite prête à supporter « certaines pertes » : celles provenant de la restructuration des eurobonds (titres de la dette en devises sur lesquels le Liban a fait défaut en 2020) et celles liées aux crédits octroyés au secteur privé. 

En réalité, l’ABL semble toujours attachée à son projet consistant à vendre les réserves d’or de la BDL, les actifs immobiliers de l’Etat et la façade maritime du pays. 

Les réponses de l’ABL à Reuters :

En soirée, le président de l’ABL et patron de Bank of Beirut, Salim Sfeir, a affirmé que le rejet du plan par son association était « uniquement hypothétique et concerne les fuites » dans la presse. 

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Michel Fayad
Michel Fayadhttp://www.michelfayad.com/
Michel Fayad est un professionnel de l’énergie et de la finance, formateur en géopolitique à l’IFP Training (IFP Énergies nouvelles) et ancien conseiller du ministre libanais de l’Économie et du Commerce. Diplômé entre autres de New York University (NYU) Stern, de la London School of Economics and Political Science (LSE), de HEC Paris et de l’Université Paris Saclay, il a étudié notamment la science politique, la diplomatie, la géopolitique, le droit, l’économie, le management, la finance, la gestion. Son mémoire de Master, consacré à la menace fondamentaliste sunnite au Liban, a été salué par de grands universitaires comme les professeurs Lina Murr Nehmé et Joseph Maïla, ex-directeur de la Prospective et du Pôle Religion au ministère français des Affaires étrangères. Il a conçu, structuré, financé et dirigé des projets dans l’énergie, les ressources naturelles et les infrastructures pour Bluegreen (groupe Bucherer), Bolloré Transport & Logistics et d’autres, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Europe. Il a également exercé des activités de conseil pour Axa, EDF, Manutan et d’autres. Il a enfin siégé aux conseils d’administration de sociétés énergétiques et minières cotées à la Bourse de Londres (AIM) et sur Euronext Growth Oslo. Doctorant à l’Université Grenoble Alpes et à Sciences Po Grenoble, au sein du Centre d’Études et de Recherche sur la Diplomatie, l’Administration Publique et le Politique (CERDAP²), il consacre sa thèse en science politique à la perte de souveraineté du Liban entre 1984 et 1986, à la suite de l’assassinat de Bachir Gemayel et du sabotage de l’accord avec Israël. Expert reconnu des questions géopolitiques (Moyen-Orient, Afrique du Nord et Subsaharienne, ex-URSS et ex-Yougoslavie), il intervient régulièrement dans les médias en France (France 2, M6, BFM TV, CNEWS, LCI, France Info TV, France 24, TV5 Monde, Europe 1, RTL, Radio Classique, Sud Radio, Le Figaro, Libération, Marianne, le JDD, Valeurs Actuelles, Atlantico, etc.) et au Moyen-Orient (Asharq Bloomberg, An-Nahar, El-Nashra, L’Orient-Le Jour, Libnanews, etc.) et au sein des institutions parlementaires et universitaires ainsi qu’auprès de grandes entreprises. Considéré par feu le professeur Antoine Sfeir comme son poulain, ses analyses sont notamment saluées par le professeur Jacques Soppelsa, le diplomate Naji Abi Assi (représentant de la Ligue arabe à Paris) ou encore le général François Chauvancy. Cours et interventions marquantes : Conférence « Risque de guerre civile au Liban », ESJ Lille et Sciences Po Lille Intervention au Sénat français sur la crise financière et judiciaire du Liban Cours à l’IFP Training : Géopolitique des métaux stratégiques et des terres rares ; Géopolitique des hydrocarbures

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