Alors que le Liban est plongé dans une crise économique sans précédent, les révélations sur la gestion opaque de la Banque du Liban viennent ajouter un nouveau volet explosif au scandale financier qui secoue le pays. Une enquête en cours met en lumière des irrégularités massives, impliquant des transactions douteuses en devises étrangères et un système de commissions occultes, orchestré par d’anciens cadres de l’institution financière centrale.
Depuis le début de la crise financière en 2019, la Banque du Liban a joué un rôle central dans la régulation des flux monétaires, notamment en tentant de stabiliser la livre libanaise et d’empêcher une fuite incontrôlée des capitaux. Cependant, selon les résultats préliminaires de l’enquête, des cadres de la banque auraient profité de cette situation chaotique pour mettre en place un réseau frauduleux, siphonnant des millions de dollars via des mécanismes opaques et inaccessibles au contrôle public.
L’une des pratiques frauduleuses les plus alarmantes concerne la mise en place d’un système de commissions illégales sur des transactions en devises étrangères. Alors que le pays faisait face à une crise de liquidités majeure, certains hauts responsables de la Banque du Liban auraient exigé des commissions secrètes sur les transactions effectuées par des banques locales et des entreprises privées cherchant à acheter des dollars sur le marché officiel. Ces commissions, estimées à des dizaines de millions de dollars, auraient permis d’enrichir illégalement des acteurs du secteur bancaire, tout en aggravant la pénurie de devises étrangères.
Un système frauduleux bien rodé au sein de la Banque du Liban
Les révélations sur les pratiques illégales au sein de la Banque du Liban mettent en lumière un mécanisme complexe de détournement de fonds, où des hauts responsables auraient exploité la crise monétaire pour s’enrichir personnellement.
Les investigations ont révélé un système organisé de commissions occultes appliqué aux transactions en devises étrangères. Concrètement, chaque fois qu’une banque commerciale, une entreprise privée ou une institution publique souhaitait acheter des dollars via la Banque du Liban, un pourcentage dissimulé leur était imposé en guise de commission obligatoire. Ces fonds, censés être reversés au Trésor public ou contribuer à la stabilisation monétaire, auraient en réalité été détournés vers des comptes offshore et redistribués entre des cercles restreints de bénéficiaires.
Ce système, qui aurait fonctionné de 2019 à 2024, aurait permis le détournement de plusieurs centaines de millions de dollars, alors même que les réserves en devises du pays s’épuisaient. Cette fuite organisée de capitaux a non seulement affaibli davantage la Banque du Liban, mais elle a aussi empêché toute tentative de redressement économique.
Les documents analysés dans le cadre de l’enquête montrent que ces pratiques frauduleuses impliquaient plusieurs niveaux hiérarchiques au sein de l’institution. Certains cadres auraient utilisé des réseaux de prête-noms et de sociétés écrans basées à Chypre et aux Émirats arabes unis pour masquer l’origine des commissions perçues. D’autres auraient organisé des opérations de change fictives, destinées à gonfler artificiellement les bénéfices tirés des conversions monétaires.
Ces irrégularités ont eu des répercussions directes sur l’économie libanaise, puisque chaque transaction frauduleuse réduisait la quantité de dollars disponibles sur le marché officiel, poussant les banques et les entreprises à se tourner vers le marché noir, où les taux de change explosaient.
Les conséquences désastreuses sur l’économie libanaise et la crise de liquidités
Le système de commissions occultes mis en place par des cadres de la Banque du Liban a eu des effets dévastateurssur l’ensemble de l’économie libanaise, déjà fragilisée par la crise monétaire et la fuite massive des capitaux.
L’un des premiers impacts directs de ce réseau de corruption a été l’aggravation de la crise de liquidités, qui a frappé les banques commerciales, les entreprises et la population. En imposant des commissions illégales sur l’achat de devises étrangères, ces responsables ont artificiellement raréfié le dollar sur le marché officiel, forçant les acteurs économiques à se tourner vers le marché noir, où les taux de change ont explosé.
Entre 2019 et 2024, le taux de change de la livre libanaise est passé de 1 500 LBP à plus de 89 700 LBP pour un dollar, provoquant une inflation de plus de 192 %, rendant les importations de biens essentiels hors de prix.
Les entreprises, qui avaient déjà du mal à se financer auprès des banques locales, ont dû payer des montants exorbitants pour acheter des dollars, ce qui a conduit à des vagues de faillites successives dans le secteur privé. En 2024, plus de 7 500 entreprises ont fermé leurs portes, tandis que le taux de chômage a atteint 40 %, une situation directement liée à la mauvaise gestion des devises par la Banque du Liban.
La crise de liquidités a également mis en danger le système bancaire lui-même, qui n’a plus été en mesure de répondre aux demandes de retraits des épargnants. La Banque du Liban, censée garantir les réserves de change et maintenir la stabilité du secteur financier, s’est retrouvée incapable d’assurer un accès normal aux dépôts bancaires, entraînant une perte de confiance totale des Libanais envers leur propre système bancaire.
Cette situation a provoqué des manifestations massives à travers le pays, avec des citoyens réclamant la restitution de leurs dépôts et la tenue d’une enquête indépendante sur les responsabilités de la Banque du Liban. Cependant, malgré la pression populaire et les avertissements des institutions internationales, aucune mesure judiciaire concrète n’a été prise contre les responsables de ces fraudes financières.
es figures clés impliquées et les complicités institutionnelles
Les enquêtes en cours ont révélé l’implication directe de plusieurs anciens cadres de la Banque du Liban, soupçonnés d’avoir orchestré ce système de commissions occultes. Ces responsables, bénéficiant d’un accès privilégié aux flux financiers et aux réserves en devises, auraient exploité leur position pour tirer profit de la crise monétaire, tout en s’assurant l’impunité grâce à des protections politiques.
Parmi les accusations portées contre ces ex-dirigeants figurent :
- La manipulation du marché des devises étrangères, en limitant l’accès officiel aux dollars pour créer une rareté artificielle, obligeant ainsi les banques et les entreprises à passer par des canaux parallèles.
- L’attribution de commissions illicites sur les transactions monétaires, générant des millions de dollars de profits dissimulés.
- Le transfert de ces fonds vers des comptes offshore, en utilisant des sociétés écrans basées à Chypre, aux Émirats arabes unis et au Luxembourg.
Ces opérations n’auraient pas été possibles sans des complicités au sein du système bancaire et financier libanais. Certaines banques commerciales, en échange d’un accès facilité aux devises étrangères, auraient accepté de verser ces commissions secrètes, contribuant ainsi à l’effondrement de la confiance dans le secteur bancaire.
La Banque du Liban, qui aurait dû agir comme un régulateur indépendant, a au contraire participé à la désorganisation du marché monétaire, permettant à des élites financières de tirer profit de la crise tout en excluant la majorité des citoyens libanais du système financier officiel.
Ces révélations ont provoqué des tensions politiques majeures, avec des appels à l’ouverture d’une enquête indépendante et à des poursuites judiciaires contre les responsables. Cependant, le manque de volonté politique et les protections dont bénéficient ces personnalités influentes rendent peu probable une action en justice à court terme.
L’impunité des élites financières et l’échec des réformes judiciaires
L’affaire des commissions occultes et de la manipulation du marché monétaire par des cadres de la Banque du Liban illustre l’ampleur de l’impunité dont bénéficient les élites financières et politiques du pays. Malgré les preuves accablantes révélées par l’enquête, aucune arrestation majeure n’a eu lieu, et aucun responsable impliqué n’a été traduit en justice.
L’absence de poursuites et la protection politique des responsables
Depuis plusieurs années, le système judiciaire libanais est paralysé par des blocages politiques, empêchant toute avancée dans les dossiers de corruption et de détournement de fonds. L’affaire des fraudes à la Banque du Liban ne fait pas exception : bien que des juges aient tenté d’ouvrir des procédures, ils ont été rapidement confrontés à des pressions et des menaces.
Plusieurs magistrats ont même été dessaisis de leurs enquêtes, sous prétexte de vices de procédure ou de conflits d’intérêts. Cette situation a renforcé le sentiment d’impunité parmi les élites financières, qui continuent d’échapper à toute forme de responsabilité, tandis que les citoyens libanais paient le prix de leurs malversations.
Dans ce contexte, les appels à une réforme judiciaire complète se multiplient. Des avocats, des organisations non gouvernementales et des militants anti-corruption exigent la mise en place d’une justice indépendante, capable de poursuivre les crimes économiques sans interférences politiques. Mais jusqu’à présent, aucune mesure concrète n’a été mise en place pour garantir l’impartialité du système judiciaire.
Les répercussions sur l’économie et la confiance des investisseurs
L’impunité des responsables financiers et l’absence de poursuites ont des conséquences dramatiques sur l’économie libanaise. La corruption systémique et l’absence de transparence ont détruit la confiance des investisseurs étrangers, qui refusent d’engager des capitaux dans un pays où les institutions financières sont utilisées pour servir des intérêts privés.
Les institutions internationales, notamment le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, ont clairement indiqué que tout programme d’aide financière au Liban devra être conditionné à des réformes structurelles. Parmi les exigences figurent :
- La mise en place d’une autorité indépendante de lutte contre la corruption, dotée de pouvoirs effectifs pour enquêter et sanctionner les crimes financiers.
- L’adoption de lois transparentes sur la gestion des devises étrangères, afin d’empêcher toute manipulation du marché monétaire.
- Une réforme judiciaire garantissant l’indépendance des magistrats, leur permettant d’enquêter sans subir de pressions politiques.
Cependant, en raison des luttes internes entre les factions politiques et des intérêts des élites en place, aucune de ces réformes n’a encore été mise en œuvre.
Une population en colère et un climat de révolte sociale
Face à cette situation, la population libanaise exprime un ras-le-bol croissant contre l’impunité des responsables financiers. Depuis les révélations sur les fraudes au sein de la Banque du Liban, des manifestations ont éclaté à Beyrouth et dans plusieurs grandes villes, avec des slogans dénonçant la corruption et l’accaparement des richesses par une minorité privilégiée.
Les manifestants réclament une action immédiate contre les fraudeurs et la restitution des fonds détournés, mais jusqu’à présent, aucune réponse concrète n’a été apportée par les autorités. Certains analystes estiment que si le gouvernement continue d’ignorer les revendications populaires, le Liban pourrait être confronté à une nouvelle vague de troubles sociaux, encore plus violente que celle observée en 2019 et 2020.
Cette colère est également nourrie par les conditions de vie de plus en plus précaires : avec une inflation de plus de 192 %, des coupures d’électricité prolongées et un taux de chômage dépassant 40 %, la majorité des Libanais se sentent trahis par leurs dirigeants, incapables de mettre fin au pillage des ressources publiques.
Un avenir incertain pour la lutte contre la corruption au Liban
L’affaire des fraudes à la Banque du Liban illustre les limites du système libanais dans sa capacité à punir les crimes économiques et à restaurer la confiance dans les institutions financières. Alors que les scandales continuent de se multiplier, l’absence de réformes risque d’isoler encore davantage le Liban sur la scène économique internationale.
Sans une refonte en profondeur du secteur bancaire et judiciaire, le pays risque de rester piégé dans un cycle d’effondrement économique et de corruption institutionnalisée, où seuls les plus puissants peuvent s’enrichir au détriment du reste de la population.



