Les différends territoriaux entre Israël et ses voisins sont le reflet d’une histoire mouvementée, marquée par des guerres, des occupations militaires, des négociations diplomatiques et la recherche de stabilisation. Israël partage des frontières contestées avec plusieurs pays de la région : l’Égypte, le Liban, la Syrie, et la Jordanie. Chacune de ces frontières a été redéfinie par le biais de conflits successifs, de traités de paix, d’alliances régionales et d’influences d’acteurs internationaux, tels que les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et les Nations Unies. L’objectif de cet article est de fournir un aperçu détaillé de ces différends, en incluant les variations des tracés frontaliers durant les conflits, ainsi que les ressources naturelles et les enjeux géopolitiques qui sous-tendent chaque situation.
1. Israël et l’Égypte : Une paix obtenue après plusieurs conflits majeurs
Contexte historique : Les conflits de 1948, 1956, 1967 et 1973
La relation entre Israël et l’Égypte a été marquée par une série de guerres majeures. Le premier conflit a eu lieu en 1948, lors de la guerre d’indépendance d’Israël, où l’Égypte, avec d’autres pays arabes, a attaqué le nouvel État d’Israël. La ligne d’armistice de 1949, fixée après cette guerre, a établi des frontières temporaires qui allaient être contestées à plusieurs reprises dans les décennies suivantes.
En 1956, la crise de Suez a vu une intervention militaire d’Israël, du Royaume-Uni et de la France contre l’Égypte, après que le président égyptien Gamal Abdel Nasser eut nationalisé le canal de Suez. Israël, qui avait envahi le Sinaï, a été contraint par la pression internationale, en particulier celle des États-Unis et de l’URSS, de se retirer de la péninsule. Cette intervention a montré l’importance du Sinaï en tant que région stratégique.
En 1967, la guerre des Six Jours a représenté un tournant important. Israël, prétextant un blocus égyptien du détroit de Tiran et des mouvements militaires égyptiens, a lancé une attaque préventive. Israël a alors capturé le Sinaï et la bande de Gaza. Cette victoire a entraîné la redéfinition des frontières de facto, faisant d’Israël un occupant de territoires égyptiens pendant plus d’une décennie.
En 1973, l’Égypte a mené une offensive surprise contre Israël, connue sous le nom de guerre du Kippour, dans une tentative de récupérer le Sinaï. Bien que la guerre se soit terminée par un cessez-le-feu, elle a ouvert la voie à des négociations diplomatiques et à un rapprochement.
Les Accords de Camp David (1978) et le Traité de paix de 1979
Les Accords de Camp David, négociés en 1978 sous l’égide du président américain Jimmy Carter, ont conduit à la signature du traité de paix israélo-égyptien en 1979. En vertu de ce traité, Israël a restitué la totalité du Sinaï à l’Égypte en 1982, démantelant des colonies israéliennes comme celles de Yamit, en échange de la reconnaissance officielle d’Israël par l’Égypte. Cet événement a marqué la première fois qu’un pays arabe reconnaissait Israël, ouvrant la voie à une paix fragile mais durable.
Le traité a également été fondé sur l’idée d’une démilitarisation du Sinaï, avec des zones spécifiques où les troupes égyptiennes ne pouvaient entrer qu’en nombre limité. Ce dispositif a été essentiel pour apaiser les craintes israéliennes de voir cette région redevenir un champ de bataille. La Force multinationale d’observateurs (MFO) a été mise en place pour veiller au respect des dispositions de l’accord, assurant ainsi une stabilité régionale.
Variations des tracés frontaliers et enjeux du détroit de Tiran
Le détroit de Tiran a été au centre des tensions à plusieurs reprises. Lorsqu’il a été fermé par l’Égypte en 1967, Israël l’a considéré comme un acte de guerre, justifiant l’attaque qui a déclenché la guerre des Six Jours. Ce détroit, en garantissant un accès à la mer Rouge, est vital pour le port d’Eilat et pour le commerce maritime israélien. Après la restitution du Sinaï, la liberté de navigation a été formellement garantie par l’Égypte.
Exemple récent : En 2023, des discussions ont eu lieu entre Israël, l’Égypte et l’Arabie saoudite concernant la gestion du détroit de Tiran, alors que la région voyait l’accroissement des activités maritimes iraniennes et la présence de forces alignées sur Téhéran dans le golfe d’Aqaba. Ces discussions montrent l’importance stratégique persistante de ce passage maritime.
Ressources naturelles et coopération économique
Depuis la signature du traité de paix, les relations entre Israël et l’Égypte se sont également développées sur le plan économique. Les ressources en gaz naturel ont renforcé la coopération bilatérale, Israël étant devenu un exportateur de gaz vers l’Égypte. Cette coopération énergétique est essentielle dans un contexte où l’Égypte cherche à se positionner comme un hub énergétique régional, tandis qu’Israël cherche à diversifier ses partenariats commerciaux.
2. Israël et le Liban : Conflits permanents et redéfinition des frontières
Contexte historique : Des tracés frontaliers redéfinis à travers les conflits
La frontière entre Israël et le Liban a été initialement définie par les accords Paulet-Newcombe de 1923, qui ont établi la séparation entre le mandat français sur le Liban et le mandat britannique sur la Palestine. Cette frontière a été redéfinie à plusieurs reprises en fonction des conflits successifs et des interventions militaires israéliennes au Liban.
En 1978, Israël a envahi le sud du Liban lors de l’opération Litani, visant à chasser les combattants palestiniens de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine). La frontière a ensuite été sécurisée par une zone tampon sous contrôle de milices soutenues par Israël. En 1982, Israël a de nouveau envahi le Liban, atteignant Beyrouth, et a occupé une grande partie du sud du pays jusqu’en 2000, date à laquelle Israël s’est retiré sous la pression du Hezbollah et des Nations Unies.
La ligne bleue et les fermes de Chebaa
Après le retrait israélien en 2000, l’ONU a tracé la ligne bleue, une frontière de facto entre Israël et le Liban, destinée à vérifier le retrait complet des forces israéliennes. Cependant, plusieurs zones, dont les fermes de Chebaa, sont restées contestées. Bien qu’Israël ait pris le contrôle de cette région lors de la guerre des Six Jours, le Liban revendique ce territoire, affirmant qu’il fait partie intégrante de sa souveraineté.
Les fermes de Chebaa ont acquis une dimension symbolique et stratégique. Le Hezbollah les utilise comme prétexte pour maintenir une pression militaire sur Israël, considérant cette zone comme « occupée ». Cela a conduit à des affrontements réguliers le long de la frontière.
La plaine de la Houla : Cession et implications géopolitiques
La plaine de la Houla, une région fertile située dans la vallée du Jourdain, a été cédée par la France au Royaume-Uni durant le mandat, consolidant le contrôle britannique sur cette zone. Aujourd’hui sous souveraineté israélienne, cette région reste un point de tension en raison de sa proximité avec le lac de Tibériade et de ses ressources hydriques.
Le litige sur la plaine de la Houla est lié à des revendications historiques et à des préoccupations environnementales et économiques, car elle est essentielle pour l’irrigation et l’agriculture de la région.
Différends maritimes et ressources en gaz
En plus des tensions terrestres, la question des ressources maritimes est devenue un enjeu majeur entre Israël et le Liban avec la découverte de gisements de gaz en Méditerranée. La zone contestée de 860 km² en Méditerranée orientale, riche en ressources énergétiques, a fait l’objet de longues négociations sous l’égide des États-Unis. En 2022, un accord a été signé pour délimiter les zones économiques exclusives (ZEE) des deux pays, permettant une exploitation des ressources gazières tout en atténuant temporairement les tensions.
Exemple récent : En 2024, Israël a commencé l’exploitation d’un nouveau champ gazier dans sa ZEE, tandis que le Liban, avec l’aide de TotalEnergies, a entamé les explorations dans sa partie délimitée. Cela a suscité des espoirs de prospérité économique pour le Liban, tout en restant un sujet de méfiance pour les deux parties.
5. Israël et la zone d’Eilat : Le détroit de Tiran, enjeux maritimes et tensions régionales
Eilat : Un port stratégique pour Israël
Situé à l’extrémité sud d’Israël, le port d’Eilat est d’une importance cruciale pour l’économie et la sécurité d’Israël. Il s’agit du seul port d’Israël donnant un accès direct à la mer Rouge, reliant ainsi le pays aux marchés asiatiques et africains. Cet accès maritime est essentiel pour Israël, qui dépend des routes maritimes pour une grande partie de son commerce international, notamment pour l’importation de pétrole et l’exportation de produits manufacturés et technologiques.
Le détroit de Tiran et son rôle stratégique
Le détroit de Tiran, situé entre la péninsule du Sinaï et l’Arabie saoudite, est un passage maritime vital pour Israël. Ce détroit, qui relie la mer Rouge au golfe d’Aqaba, permet aux navires d’atteindre le port d’Eilat. L’importance géostratégique du détroit de Tiran est devenue apparente au cours des décennies passées, notamment pendant la crise de Suez en 1956 et la guerre des Six Jours en 1967.
En 1956, la fermeture du détroit de Tiran par l’Égypte a conduit Israël à lancer une attaque militaire contre le Sinaï, avec le soutien du Royaume-Uni et de la France, en réponse à la nationalisation du canal de Suez par le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Cette crise a révélé la dépendance d’Israël envers cet accès maritime.
En 1967, la fermeture une nouvelle fois du détroit par l’Égypte a été l’un des éléments déclencheurs de la guerre des Six Jours. La capture du Sinaï par Israël durant cette guerre a garanti un accès libre au détroit, mais la question du statut de Tiran est restée une source de tensions majeures jusqu’à la signature du traité de paix israélo-égyptien en 1979.
Les accords de Camp David et la navigation dans le détroit de Tiran
Les accords de Camp David de 1978 et le traité de paix de 1979 ont formellement garanti la liberté de navigation d’Israël dans le détroit de Tiran, mettant fin aux tensions directes avec l’Égypte sur ce sujet. Le traité de paix a également permis le retrait israélien du Sinaï et la démilitarisation de cette région, tout en assurant que le commerce israélien via Eilat ne serait plus menacé par des fermetures unilatérales.
Depuis lors, Israël a intensifié ses activités commerciales et touristiques dans la région d’Eilat, en profitant de cette route maritime essentielle pour ses échanges avec les marchés asiatiques. Cependant, la stabilité du détroit de Tiran reste un enjeu géopolitique important, compte tenu des tensions persistantes au Moyen-Orient et des intérêts internationaux dans la région.
Enjeux maritimes récents dans le détroit de Tiran
Récemment, l’accroissement des tensions régionales, notamment autour des activités maritimes de l’Iran dans le golfe d’Aqaba et la mer Rouge, a soulevé des préoccupations concernant la sécurité des voies maritimes dans cette région. Israël, en collaboration avec l’Égypte et les États-Unis, surveille étroitement les mouvements navals dans la région, afin d’éviter toute perturbation de la navigation dans le détroit de Tiran.
Exemple récent : En 2022, des drones maritimes iraniens ont été interceptés dans la mer Rouge, ce qui a conduit Israël à renforcer sa présence militaire dans la région. Des exercices conjoints entre les forces navales israéliennes, égyptiennes et américaines ont été organisés pour assurer la sécurité des routes maritimes et dissuader toute tentative de blocage du détroit.
Les ressources naturelles dans les différends territoriaux
Ressources gazières en Méditerranée orientale : Un enjeu énergétique majeur
Au cours des dernières décennies, la découverte de gisements de gaz naturel en Méditerranée orientale a ajouté une nouvelle dimension aux conflits territoriaux d’Israël, en particulier avec le Liban et, dans une moindre mesure, avec la Syrie. Les gisements de gaz, tels que Leviathan et Tamar dans les eaux israéliennes, sont devenus des atouts énergétiques stratégiques, permettant à Israël d’exporter du gaz naturel vers l’Europe et l’Égypte, renforçant ainsi sa position de producteur énergétique régional.
Cependant, les frontières maritimes entre Israël et le Liban n’ayant jamais été clairement définies, des zones potentiellement riches en ressources sont contestées. Le différend porte principalement sur une zone de 860 km², située à cheval entre les deux zones économiques exclusives (ZEE) des deux pays.
Accord maritime entre Israël et le Liban (2022)
Après des années de médiation menée par les États-Unis, un accord historique sur la délimitation des ZEE entre Israël et le Liban a été signé en 2022, permettant aux deux pays d’exploiter conjointement les ressources gazières dans les zones contestées. Cet accord a ouvert la voie à de nouvelles explorations par des sociétés énergétiques internationales, comme TotalEnergies, qui a commencé des forages exploratoires du côté libanais.
Bien que cet accord ait permis de calmer les tensions sur le plan économique, les relations entre Israël et le Hezbollah restent tendues, et les infrastructures gazières offshore israéliennes sont régulièrement menacées par des discours belliqueux du Hezbollah.
Eau et agriculture : Les enjeux hydriques avec le Liban et la Jordanie
L’accès à l’eau est une question essentielle dans les différends territoriaux d’Israël avec ses voisins, notamment le Liban et la Jordanie. Le fleuve Litani, au Liban, est particulièrement important pour Israël, en raison de sa proximité avec le nord du pays. Bien que le fleuve soit entièrement situé au Liban, Israël a, par le passé, exprimé un intérêt pour l’exploitation de cette ressource en raison de la pénurie d’eau dans la région.
De même, le fleuve Jourdain, qui traverse la frontière entre Israël et la Jordanie, est un élément vital pour l’agriculture et l’approvisionnement en eau potable. Le traité de paix israélo-jordanien de 1994 a permis une coopération sur la gestion des ressources hydriques, mais la baisse continue du débit du fleuve et la détérioration de l’écosystème de la mer Morte ont exacerbé les tensions. La gestion des ressources en eau dans cette région aride est une priorité pour les deux pays, mais des solutions durables restent difficiles à mettre en place.
Exemple récent : En 2023, Israël et la Jordanie ont relancé des négociations pour sauver la mer Morte, dont le niveau a diminué de manière alarmante ces dernières décennies. Le projet de construire un canal reliant la mer Rouge à la mer Morte, connu sous le nom de projet Red-Dead, est en cours de discussion, mais les coûts élevés et les préoccupations environnementales retardent sa mise en œuvre.
Acteurs internationaux dans les différends territoriaux
Les différends territoriaux d’Israël avec ses voisins ne peuvent être pleinement compris sans prendre en compte le rôle des acteurs internationaux, qui influencent directement ou indirectement la dynamique des conflits et des négociations.
Les États-Unis
Principal allié d’Israël, les États-Unis jouent un rôle central dans la médiation des conflits territoriaux de la région. Les accords de Camp David en 1978, ainsi que l’accord de paix israélo-jordanien de 1994, ont été facilités par des négociations soutenues par Washington. De plus, l’accord maritime entre Israël et le Liban en 2022 a été obtenu grâce à la médiation des diplomates américains, qui ont joué un rôle essentiel pour dénouer la situation.
Les États-Unis apportent également un soutien militaire et financier important à Israël, ce qui influence le rapport de force avec ses voisins. Dans le cadre des accords d’Abraham, Washington a également favorisé la normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes, dont les Émirats arabes unis et Bahreïn, ce qui redéfinit la carte géopolitique de la région.
Les Nations Unies
L’ONU joue un rôle d’observateur dans plusieurs différends territoriaux d’Israël, notamment au Liban et en Syrie. La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a été déployée pour surveiller la cessation des hostilités après le retrait israélien du sud du Liban en 2000. Cependant, la FINUL a un rôle limité et ses opérations sont souvent entravées par les hostilités entre Israël et le Hezbollah.
Au Golan, la mission de l’ONU (UNDOF) assure le respect du cessez-le-feu entre Israël et la Syrie depuis 1974, bien que les frappes aériennes israéliennes en Syrie, souvent destinées à cibler des positions iraniennes, compliquent le maintien de la paix dans cette région.
L’Union Européenne
L’Union européenne (UE) joue un rôle diplomatique important dans la région du Moyen-Orient, notamment en matière de résolution des différends territoriaux et de soutien aux processus de paix. Bien que l’UE ne soit pas un acteur militaire direct, elle finance des projets d’aide humanitaire et de développement dans les territoires palestiniens, ainsi que des initiatives pour la stabilisation des relations entre Israël et ses voisins. L’Union européenne a également exprimé à plusieurs reprises sa position sur l’illégalité des colonies israéliennes dans les territoires occupés et son engagement envers la solution à deux États, une approche qui se heurte souvent aux réalités géopolitiques sur le terrain.
En ce qui concerne les différends territoriaux avec le Liban et la Syrie, l’UE agit principalement en coulisse, apportant un soutien financier et politique aux efforts des Nations Unies. Toutefois, l’UE soutient des initiatives liées aux ressources naturelles, comme la coopération énergétique entre Israël et l’Égypte et entre Israël et l’UE concernant le projet du EastMed Gas Pipeline, un pipeline sous-marin qui pourrait relier les gisements de gaz israéliens à l’Europe.
La Russie
La Russie est devenue un acteur clé dans la région, en particulier depuis son intervention militaire en Syrie en 2015. L’alliance entre la Russie et le régime syrien a considérablement renforcé la position de Moscou dans les discussions régionales sur les frontières, notamment en ce qui concerne le plateau du Golan. Bien que la Russie ait maintenu des relations cordiales avec Israël, elle soutient fermement le retour du Golan à la Syrie, conformément aux résolutions des Nations Unies. Cependant, les frappes aériennes israéliennes contre les positions iraniennes en Syrie, tout près du Golan, n’ont pas conduit à un affrontement direct avec la Russie, qui semble vouloir éviter un conflit ouvert avec Israël.
La Russie joue également un rôle dans le cadre des discussions sur les ressources énergétiques, car elle voit dans la Méditerranée orientale un espace stratégique, à la fois pour sa flotte et pour ses intérêts économiques liés à l’énergie, notamment par le biais de Gazprom.
Les intérêts économiques dans la région
Les ressources naturelles, en particulier le gaz en Méditerranée orientale et l’eau dans la région du Levant, jouent un rôle central dans la politique des différends territoriaux d’Israël avec ses voisins. Ces enjeux ont attiré l’attention non seulement des pays directement impliqués, mais aussi des grandes puissances, qui voient dans l’exploitation des gisements gaziers une opportunité géopolitique et économique.
Le projet du EastMed Gas Pipeline
Le projet du EastMed Gas Pipeline est un bon exemple de l’interconnexion entre les intérêts économiques et géopolitiques dans les différends territoriaux. Ce pipeline, qui doit relier Israël, Chypre et la Grèce, puis l’Italie et l’Europe continentale, est soutenu par l’UE comme une alternative pour diversifier les sources d’énergie européennes. L’objectif est de réduire la dépendance de l’Europe au gaz russe, mais ce projet a suscité l’hostilité de la Turquie, qui revendique certaines zones de la Méditerranée orientale où le pipeline devrait passer.
Bien que ce projet ait été partiellement ralenti par les incertitudes financières et diplomatiques, il montre comment les gisements gaziers israéliens deviennent un enjeu stratégique dépassant largement le cadre des frontières terrestres israéliennes. Israël cherche à se positionner comme un acteur énergétique régional, renforçant ainsi ses relations avec l’Europe tout en s’insérant dans les grands équilibres géopolitiques.
L’eau : Une ressource stratégique
L’eau est peut-être la ressource la plus précieuse et la plus disputée au Moyen-Orient. Israël a su tirer parti de ses avancées technologiques pour maximiser son efficacité dans l’utilisation des ressources hydriques, notamment à travers des projets de dessalement et de gestion de l’eau recyclée. Cependant, les tensions avec ses voisins sur l’accès aux ressources hydriques demeurent.
L’enjeu hydrique est particulièrement sensible dans les relations d’Israël avec la Jordanie et le Liban. Le fleuve Jourdain, qui sert de frontière naturelle entre Israël, la Cisjordanie et la Jordanie, est surexploité, et son débit est en chute libre, posant des problèmes pour l’irrigation et l’approvisionnement en eau potable. La baisse du niveau de la mer Morte, qui est liée à la surexploitation de l’eau du Jourdain, affecte à la fois Israël et la Jordanie, où des centaines de kilomètres de côtes disparaissent chaque année.
Exemple récent : En 2024, Israël a investi massivement dans des infrastructures hydriques en Jordanie pour sécuriser une partie de son approvisionnement en eau à long terme. Ces initiatives de coopération sur les ressources en eau sont souvent considérées comme des exemples positifs de gestion partagée des ressources, mais elles ne résolvent pas les tensions de fond liées à la rareté de l’eau dans une région soumise à des pressions environnementales croissantes.
Variations des tracés frontaliers au cours des conflits
Au fil des guerres, les frontières d’Israël avec ses voisins ont souvent changé, reflétant l’évolution des rapports de force et des dynamiques politiques.
Guerre de 1948-1949 : Début des différends frontaliers
À la suite de la guerre d’indépendance d’Israël en 1948, les lignes d’armistice de 1949 ont créé des frontières temporaires avec l’Égypte, la Jordanie, le Liban et la Syrie. Ces lignes, également connues sous le nom de ligne verte, n’étaient pas considérées comme des frontières permanentes, mais elles sont devenues les frontières de facto d’Israël jusqu’à la guerre des Six Jours en 1967. La Cisjordanie, le Gaza, le Golan et Jérusalem-Est étaient alors sous contrôle arabe.
Guerre des Six Jours (1967) : Redéfinition des frontières
La guerre des Six Jours a considérablement élargi les frontières d’Israël. En seulement six jours, Israël a capturé le Sinaï (Égypte), la Cisjordanie et Jérusalem-Est (Jordanie), le plateau du Golan (Syrie) et la bande de Gaza. La fin de cette guerre a redéfini la carte du Moyen-Orient et transformé les lignes d’armistice en véritables lignes de front. Ces nouvelles frontières sont restées sources de conflits constants, car les États arabes n’ont pas reconnu la légitimité des conquêtes israéliennes.
Guerre du Kippour (1973) et ajustements postérieurs
La guerre du Kippour de 1973 a vu l’Égypte et la Syrie tenter de reprendre leurs territoires perdus en 1967, notamment le Sinaï et le Golan. Bien que la guerre se soit soldée par un statu quo militaire pour Israël, elle a ouvert la voie à des négociations diplomatiques, qui ont abouti aux accords de Camp David entre Israël et l’Égypte. Le retrait israélien du Sinaï en 1982, en échange de la paix, a été l’un des plus grands compromis territoriaux de l’histoire israélienne.
Les tracés frontaliers en Cisjordanie, à Gaza et dans le Golan n’ont cependant pas été modifiés par la suite. Israël a consolidé sa présence dans le Golan en l’annexant officiellement en 1981, un acte qui n’a jamais été reconnu par la communauté internationale. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, Israël a poursuivi la colonisation au cours des décennies suivantes, complexifiant encore la résolution de ce différend.
Conclusion : Une région façonnée par les conflits et les ressources
Les différends territoriaux entre Israël et ses voisins sont enracinés dans l’histoire des conflits du Moyen-Orient et sont étroitement liés aux enjeux de ressources naturelles, en particulier l’eau et le gaz. Bien que certains différends aient été atténués par des accords de paix, notamment avec l’Égypte et la Jordanie, d’autres restent profondément ancrés dans les relations avec le Liban et la Syrie.
La redéfinition des frontières au fil des guerres, des occupations et des accords montre que la géopolitique de la région est en constante évolution, et que chaque changement de frontière a des répercussions stratégiques, économiques et sécuritaires durables.
Dans ce contexte, les acteurs internationaux tels que les États-Unis, l’Union européenne et la Russie jouent des rôles cruciaux pour influencer les négociations et les politiques régionales. Cependant, malgré la présence d’organisations internationales comme l’ONU et la FINUL, les tensions frontalières israéliennes, notamment au Liban et en Syrie, restent des foyers de confrontation militaire.
Les enjeux énergétiques, en particulier les gisements gaziers en Méditerranée orientale, et les questions hydriques, continueront de structurer les relations régionales et d’influencer les accords futurs. La gestion partagée des ressources pourrait représenter une voie de stabilisation potentielle, mais elle reste extrêmement complexe dans une région où les revendications territoriales sont intimement liées à des enjeux de souveraineté, de sécurité et d’identité nationale.
Perspectives futures : Vers une résolution ou une escalade des différends territoriaux ?
Israël et l’Égypte : Une paix fragile mais stable
Le traité de paix entre Israël et l’Égypte, bien qu’il ait été un tournant historique, reste une paix froide. La stabilité au Sinaï, malgré la démilitarisation et la coopération sécuritaire, est encore menacée par les groupes djihadistes opérant dans la région. Si la frontière entre Israël et l’Égypte est sans conteste l’une des plus pacifiques, le Sinaï continue de poser des défis sécuritaires, nécessitant une coopération discrète mais intense entre les deux pays. L’accord sur le gaz naturel entre Israël et l’Égypte, ainsi que la coopération économique renforcée, offre des perspectives prometteuses, mais la méfiance entre les populations reste palpable, notamment en raison de la perception négative de l’État d’Israël dans le monde arabe.
Israël et le Liban : Un conflit non résolu et une frontière instable
Le cas du Liban est plus complexe. La frontière terrestre, marquée par la ligne bleue, et le différend autour des fermes de Chebaa, ainsi que la question des ressources hydriques et gazières, font de cette région une poudrière potentielle. Le Hezbollah, acteur non-étatique mais influent, continue de peser sur les décisions militaires et politiques, et représente un défi pour toute tentative de normalisation.
Bien que l’accord de 2022 sur les frontières maritimes entre Israël et le Liban soit un pas vers la stabilisation, il n’élimine pas les tensions terrestres. À chaque incident militaire, la situation à la frontière libano-israélienne montre combien cette zone reste un point névralgique pour les deux pays. La présence de la FINUL ne suffit pas à apaiser ces tensions, et les escarmouches sporadiques témoignent de l’instabilité persistante.
Israël et la Syrie : Le plateau du Golan, une épine dans les relations régionales
Le plateau du Golan reste une question sensible, non seulement pour la Syrie, mais aussi pour l’ensemble du monde arabe et la communauté internationale. Depuis l’annexion du Golan en 1981, Israël a consolidé sa présence, construisant des colonies et transformant la région en un territoire intégré à son économie et à sa défense. Cependant, l’occupation du Golan est encore un point de désaccord majeur, et les frappes israéliennes contre les positions iraniennes et syriennes en Syrie montrent que le Golan est bien plus qu’un simple morceau de territoire annexé : c’est une clé stratégique pour la sécurité du nord d’Israël.
L’avenir des relations entre Israël et la Syrie, dans le cadre d’une guerre civile syrienne qui s’éternise et d’une montée en puissance de la présence iranienne près des frontières israéliennes, est incertain. La Russie, en tant qu’alliée du régime syrien, joue un rôle d’arbitre entre Israël et la Syrie, notamment en évitant des confrontations directes tout en maintenant la pression sur les ambitions iraniennes dans la région.
Israël et la Jordanie : Une coopération stratégique mais sous tension
Le traité de paix avec la Jordanie est l’un des fondements de la stabilité régionale. Cependant, comme avec l’Égypte, cette paix est également froide, alimentée par des tensions populaires en Jordanie où le soutien à la normalisation avec Israël est faible. La question palestinienne reste au cœur des relations bilatérales. La Jordanie, qui abrite une importante population palestinienne, joue un rôle crucial en tant que gardienne des lieux saints musulmans à Jérusalem. Toute escalade autour de la mosquée Al-Aqsa pourrait faire dérailler cette relation fragile.
Sur le plan économique, la coopération sur l’eau, notamment à travers le projet Red-Dead pour sauver la mer Morte, est essentielle. Cependant, les différends sur la gestion de l’eau et les accusations de surexploitation par Israël pourraient accentuer les tensions. À cela s’ajoute la gestion conjointe du fleuve Jourdain, dont la baisse du débit exacerbe la pression sur les ressources hydriques.
Les enjeux maritimes : Vers une nouvelle dynamique régionale ?
Avec la découverte de gisements de gaz en Méditerranée, la question des frontières maritimes est devenue l’un des enjeux géopolitiques les plus importants de ces dernières décennies. La mer Méditerranée orientale, autrefois dominée par des conflits politiques et militaires, se transforme en un espace stratégique pour l’énergie. Les pays de la région, y compris Israël, l’Égypte, la Grèce, Chypre et la Turquie, rivalisent pour exploiter ces ressources, redéfinissant ainsi leurs alliances et leurs oppositions.
Le projet du EastMed Gas Pipeline reliant les gisements de gaz israéliens et chypriotes à l’Europe en passant par la Grèce pourrait changer la donne, mais il fait face à l’opposition de la Turquie, qui revendique certaines zones maritimes. L’implication de l’UE, qui cherche à réduire sa dépendance au gaz russe, ainsi que le rôle de la Turquie et de la Russie, pourrait transformer ces différends en une nouvelle forme de rivalité géoéconomique.
Les perspectives de la médiation internationale
Malgré les efforts de médiation internationale, notamment sous l’égide des États-Unis et des Nations Unies, la résolution des différends territoriaux d’Israël reste incertaine. La paix avec l’Égypte et la Jordanie a montré que des solutions diplomatiques sont possibles, mais elles nécessitent des compromis territoriaux et une volonté politique des deux côtés.
Avec le Liban et la Syrie, la situation est plus complexe, car ces deux pays sont directement influencés par des acteurs non-étatiques comme le Hezbollah et par des puissances extérieures comme l’Iran et la Russie. La poursuite des efforts diplomatiques est cruciale, mais la stabilisation à long terme de ces frontières dépendra en grande partie des évolutions géopolitiques dans la région et de la capacité des États à concilier leurs intérêts nationaux avec ceux de leurs voisins.
Conclusion générale : Une stabilisation fragile mais persistante des différends territoriaux, dans un contexte de rêves d’expansion
En somme, les différends territoriaux entre Israël et ses voisins s’inscrivent dans un cadre historique complexe, où les frontières ont été redéfinies à travers les guerres, les occupations militaires et les négociations diplomatiques. L’eau, le gaz et la sécurité demeurent au centre des tensions, façonnant les relations entre Israël, l’Égypte, le Liban, la Syrie et la Jordanie. Si les accords de paix avec l’Égypte et la Jordanie témoignent d’une possible voie vers la stabilisation, les tensions avec le Liban et la Syrie persistent, alimentées par des acteurs non-étatiques comme le Hezbollah et des puissances extérieures telles que l’Iran et la Russie.
Le rêve de l’expansion : Le projet du Grand Israël
Parallèlement aux réalités de la diplomatie et de la négociation, il existe un projet historique controversé qui continue d’alimenter les débats au Moyen-Orient : le concept de Grand Israël. Ce projet, évoqué principalement par certains courants idéologiques en Israël, suggère une expansion du territoire israélien bien au-delà des frontières actuelles, englobant des parties des territoires occupés et parfois même des terres allant jusqu’au Liban, à la Syrie, à la Jordanie et à l’Égypte. Historiquement, cette idée repose sur certaines interprétations bibliques et sur la perception d’un droit historique à la terre d’Israël.
Bien que le Grand Israël ne soit pas une politique officielle du gouvernement israélien, il reste un élément mobilisateur pour certains groupes nationalistes et religieux en Israël, notamment ceux qui soutiennent l’expansion des colonies dans les territoires palestiniens occupés et le maintien du contrôle sur le plateau du Golan. Ce rêve d’expansion se heurte aux réalités géopolitiques actuelles, où les pressions internationales et les accords de paix signés restreignent toute expansion territoriale.
L’expansion territoriale dans le contexte actuel
Si le Grand Israël reste une vision théorique pour certains, il est indéniable que la colonisation des territoires palestiniens, notamment en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, représente une forme d’expansion territoriale concrète. La croissance des colonies israéliennes dans ces zones a considérablement compliqué la solution à deux États et provoqué des tensions constantes avec la population palestinienne et la communauté internationale.
De même, le contrôle sur le plateau du Golan, annexé par Israël en 1981, est souvent vu comme une consolidation territoriale, bien que ce territoire soit internationalement reconnu comme faisant partie de la Syrie. La volonté israélienne de maintenir ce territoire sous son contrôle est en partie motivée par des considérations de sécurité, mais aussi par l’importance stratégique des ressources en eau présentes dans la région.
Le projet de Grand Israël : Un rêve ou une source de tensions ?
Le projet de Grand Israël, bien qu’il ne soit pas officiellement adopté par le gouvernement, est une source sous-jacente de tensions dans les relations entre Israël et ses voisins arabes. Il alimente les perceptions d’Israël comme étant une puissance expansionniste, ce qui complique les efforts de paix dans la région. La poursuite des implantations de colonies, perçues comme une extension de ce projet, est un obstacle majeur à toute solution durable.
Cependant, les réalités géopolitiques d’aujourd’hui rendent improbable une réalisation à grande échelle de cette idée. Les accords de paix avec l’Égypte et la Jordanie, ainsi que les efforts internationaux pour une solution à deux États avec les Palestiniens, montrent que la voie diplomatique est privilégiée par une majorité de leaders israéliens. Toutefois, les divisions internes au sein de la société israélienne, entre ceux qui prônent la paix et ceux qui rêvent d’une expansion territoriale, reflètent les défis que l’État hébreu doit encore relever.
Alors que les différends territoriaux entre Israël et ses voisins restent un obstacle majeur à une paix durable au Moyen-Orient, les ambitions expansionnistes telles que le projet du Grand Israël demeurent une composante idéologique influente pour certains groupes en Israël. Cependant, les réalités internationales, les pressions diplomatiques et les enjeux économiques, notamment autour des ressources naturelles comme le gaz et l’eau, contraignent ces ambitions à un cadre limité.
La stabilisation de la région dépendra en grande partie de la capacité d’Israël et de ses voisins à concilier leurs intérêts stratégiques avec la nécessité de parvenir à des accords durables sur les frontières, les ressources et la sécurité. Tant que les frontières seront perçues comme temporaires ou sujettes à des modifications, et tant que des acteurs comme le Hezbollah ou des mouvements expansionnistes en Israël prôneront la confrontation, la région continuera de connaître des tensions et des conflits. Le défi pour les acteurs internationaux et régionaux sera de trouver des solutions qui respectent les aspirations nationales tout en favorisant la paix.
Sources et références
- Israel-Egypt Relations and the Camp David Accords, U.S. Institute of Peace, consulté en octobre 2024.
- The Golan Heights and the Syrian Conflict, Al Jazeera, mis à jour en avril 2024.
- Water and Territorial Disputes in the Middle East, Middle East Institute, juillet 2023.
- Israel-Lebanon Maritime Agreement, Times of Israel, octobre 2022.
- UN Resolutions on the Golan Heights, UN Security Council, résolution 497, 1981.
- Jordan-Israel Peace Treaty and Hydric Agreements, Middle East Eye, mai 2023.
- EastMed Gas Pipeline and the Mediterranean Energy Conflict, European Council on Foreign Relations, avril 2023.
- The Grand Israel Project: A History and Its Modern Implications, Middle East Monitor, septembre 2023.



