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Les États-Unis désignent les branches des Frères musulmans en Égypte, au Liban et en Jordanie comme organisations terroristes étrangères

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Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a annoncé le 13 janvier 2026 la désignation officielle des branches des Frères musulmans en Égypte, au Liban et en Jordanie comme « organisations terroristes étrangères ». Cette mesure, entrée en vigueur immédiatement, autorise les autorités américaines à geler les avoirs de ces entités, à interdire toute transaction financière les impliquant et à refuser l’entrée sur le territoire américain à leurs membres ou soutiens identifiés.

Dans son communiqué, Marco Rubio a indiqué que ces désignations constituent « les premières mesures d’une action continue et soutenue pour contrecarrer la violence et la déstabilisation » imputées à ces structures. Il a précisé que les branches concernées soutiennent ou encouragent des campagnes nuisibles aux régions où elles opèrent, ainsi qu’aux citoyens et intérêts américains. Cette décision fait suite à un décret signé par le président Donald Trump en novembre 2025, qui ordonnait explicitement au département d’État d’entamer la procédure pour ces trois ramifications spécifiques du mouvement fondé en 1928 par Hassan al-Banna.

La mesure reste ciblée et n’embrasse pas l’ensemble de la confrérie transnationale ni ses autres antennes nationales. Elle reflète une approche différenciée, alignée sur les préoccupations sécuritaires exprimées par plusieurs alliés régionaux.

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Un mouvement transnational aux ramifications contrastées

Les Frères musulmans, organisation islamiste prônant un retour aux sources de l’islam et l’application progressive de la charia dans la vie publique, se sont implantés dans la plupart des pays arabes au fil du XXe siècle. Leur statut varie fortement selon les contextes politiques : tolérés ou intégrés dans certains systèmes, ils sont réprimés ailleurs. La décision américaine du 13 janvier 2026 met en lumière ces disparités en se concentrant sur trois pays où le mouvement conserve une présence organisée.

En Égypte, berceau historique de la confrérie

En Égypte, les Frères musulmans ont longtemps représenté la principale force d’opposition structurée. Après des décennies de répression sous Nasser, Sadate et Moubarak, ils ont brièvement accédé au pouvoir à la suite de la révolution de 2011. Le Parti de la liberté et de la justice, leur bras politique, a remporté les législatives de 2011-2012 avant que Mohamed Morsi ne devienne président en juin 2012. Son mandat s’est achevé par le coup d’État militaire du 3 juillet 2013 conduit par Abdel Fattah al-Sissi.

Depuis décembre 2013, la confrérie est classée comme organisation terroriste par les autorités égyptiennes. Des milliers de membres ont été arrêtés, condamnés ou contraints à l’exil. Le mouvement opère aujourd’hui dans la clandestinité ou depuis l’étranger, avec un leadership dispersé entre la Turquie, le Qatar et le Royaume-Uni. La désignation américaine renforce les mesures déjà en place au Caire et complique davantage les flux financiers résiduels.

En Jordanie, une présence légale sous surveillance accrue

En Jordanie, les Frères musulmans ont bénéficié d’une existence légale quasi continue depuis les années 1940. Leur bras politique, le Front d’action islamique, a régulièrement participé aux élections et détenu des sièges au Parlement. Le mouvement a mobilisé dans les camps de réfugiés palestiniens et parmi la population d’origine palestinienne, majoritaire dans le royaume.

Les tensions avec la monarchie hachémite se sont accentuées ces dernières années. Les autorités ont accusé la confrérie de liens trop étroits avec des branches soutenues par le Qatar ou la Turquie, et d’instrumentaliser la question palestinienne. Une scission interne a émergé autour de 2015, opposant une aile modérée reconnue officiellement à l’aile historique, qui a perdu son agrément. La désignation américaine du 13 janvier intervient alors que le royaume maintient un équilibre délicat entre coopération sécuritaire avec Washington et stabilité intérieure.

Au Liban, une influence modeste à travers la Jama’a Islamiyya

Au Liban, la branche des Frères musulmans s’incarne principalement dans la Jama’a Islamiyya, fondée dans les années 1960 et inspirée par l’idéologie originelle. Le mouvement n’a jamais dominé la scène sunnite, fragmentée par des rivalités confessionnelles et personnelles. Il dispose néanmoins d’une représentation parlementaire limitée et d’un réseau associatif important, particulièrement à Tripoli, dans le Akkar et à Saïda.

La Jama’a Islamiyya a toujours privilégié l’action caritative, éducative et prédicative, rejetant publiquement la violence. Elle participe aux alliances électorales sunnites dans un contexte de crise économique prolongée. La mesure américaine touche directement cette structure et risque de perturber ses financements, traditionnellement issus de dons privés et de la diaspora.

La situation en Syrie après la chute du régime baasiste

En Syrie, la branche des Frères musulmans a une histoire distincte, marquée par une insurrection armée dans les années 1970-1980 contre Hafez al-Assad, culminant avec la répression de Hama en 1982. Interdits depuis 1963, ses membres ont vécu en exil pendant des décennies.

La chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, suivie de l’offensive de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et de la prise de Damas, a ouvert une nouvelle phase. Ahmed al-Sharaa, ancien leader de HTS connu sous le nom d’Abu Mohammad al-Jolani, dirige la transition et a été nommé président intérimaire. Il a publiquement rejeté toute affiliation avec les Frères musulmans, soulignant les différences idéologiques entre son mouvement, issu d’une mouvance salafiste-jihadiste, et l’approche plus gradualiste de la confrérie.

Les Frères musulmans syriens, longtemps basés à Istanbul ou ailleurs, ont exprimé leur volonté de participer à la reconstruction. En octobre 2025, ils ont publié un document intitulé « Coexistence en Syrie », défendant un État civil pluraliste et protecteur des minorités. La branche syrienne n’est pas concernée par la désignation américaine du 13 janvier 2026.

Une implantation variable en Afrique du Nord

En Tunisie, Ennahda, issu explicitement des Frères musulmans et dirigé longtemps par Rached Ghannouchi, a dominé la politique post-2011 avant de faire face à une répression accrue sous Kaïs Saïed. Le parti reste actif mais marginalisé.

Au Maroc, le Parti de la justice et du développement (PJD), inspiré par la confrérie sans en être une branche formelle, a gouverné de 2011 à 2021 avant une lourde défaite électorale. Il demeure légal.

En Libye, les Frères musulmans ont émergé après la chute de Kadhafi via le Parti de la justice et de la construction, mais leur influence a décliné avec la division du pays.

En Algérie, le mouvement reste interdit ; des partis proches idéologiquement participent à la vie politique tout en se distançant publiquement.

Dans le Golfe, des disparités marquées

Au Koweït, le Mouvement constitutionnel islamique conserve une représentation parlementaire. Au Qatar, la confrérie bénéficie d’un soutien discret historique. En Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, elle est classée comme organisation terroriste depuis 2014 et sévèrement réprimée.

Au Yémen, le parti Al-Islah, principale branche, reste un acteur clé dans la coalition contre les Houthis, malgré la guerre en cours.

Les liens historiques et actuels avec le Hamas

Le Hamas, fondé en 1987 dans les territoires palestiniens, est né directement des structures des Frères musulmans locales. Son fondateur, Ahmed Yassin, dirigeait la branche palestinienne depuis les années 1960. La charte de 1988 se présentait explicitement comme « l’aile des Frères musulmans en Palestine ».

En 2017, le Hamas a publié un nouveau document politique acceptant un État sur les frontières de 1967 et omettant toute référence directe à la confrérie, affirmant son indépendance comme mouvement de résistance palestinien. Les liens idéologiques et personnels persistent néanmoins, avec plusieurs dirigeants issus des réseaux des Frères.

Le Hamas est désigné comme organisation terroriste par les États-Unis depuis 1997, par l’Union européenne depuis 2003, et par plusieurs autres États. La décision américaine du 13 janvier 2026 ne le mentionne pas explicitement ; certaines justifications évoquent toutefois un soutien matériel à des entités comme le Hamas pour justifier les désignations des branches égyptienne et jordanienne.

Les réseaux financiers et transnationaux à l’épreuve des sanctions

Les différentes branches des Frères musulmans maintiennent des coordinations informelles, souvent via des instances comme l’Union internationale des oulémas musulmans. Leurs ressources proviennent traditionnellement de dons privés, de la zakat et de contributions de la diaspora.

La mesure américaine du 13 janvier complique les transferts transitant par le système financier international pour les entités visées en Égypte, au Liban et en Jordanie. Les branches non désignées, comme celles en Syrie ou dans certains pays du Golfe, ne sont pas directement affectées, bien que la vigilance accrue des institutions financières puisse avoir des répercussions indirectes.

Les activités caritatives et éducatives, pilier historique du mouvement, risquent d’être perturbées dans les trois pays concernés, où les associations liées aux Frères musulmans jouent un rôle social notable dans un contexte de crises économiques persistantes. Les prochaines publications du Trésor américain préciseront les listes d’individus et d’entités sanctionnés dans les semaines à venir.

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Newsdesk Libnanews
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