Le Liban, confronté à une crise politique et économique persistante, avance dans les préparatifs des élections législatives prévues pour 2026. Dans un communiqué conjoint publié le 30 septembre 2025, les ministères de l’Intérieur et des Municipalités, ainsi que celui des Affaires étrangères et des Expatriés, ont annoncé l’ouverture de la période d’inscription pour les électeurs libanais résidant à l’étranger. Cette mesure, qui s’inscrit dans le cadre de la loi électorale en vigueur, vise à faciliter la participation d’une diaspora estimée à plusieurs millions de personnes. L’inscription débutera le 2 octobre 2025 et se clôturera le 20 novembre 2025, marquant une étape administrative cruciale dans un contexte où les débats sur la tenue même des scrutins font rage.
Ce communiqué intervient alors que le pays navigue entre instabilités internes et pressions régionales. Le ministre de l’Intérieur et des Municipalités, Ahmad al-Hajjar, et le ministre des Affaires étrangères et des Expatriés, Youssef Rajji, ont souligné l’importance de cette coordination interministérielle. “Cette déclaration est le fruit d’une coopération et d’une coordination continues entre les deux ministères, avec le ministre de l’Intérieur et des Municipalités Ahmad al-Hajjar et le ministre des Affaires étrangères et des Expatriés Youssef Rajji travaillant de manière quasi quotidienne sur le suivi de tous les détails liés à cette échéance nationale, afin de garantir les meilleures conditions administratives et techniques pour assurer la participation des expatriés libanais à cette échéance constitutionnelle”, indique le texte officiel.
La période d’inscription, fixée à un peu plus d’un mois et demi, répond aux dispositions de l’article 113 de la loi n° 44/2017 relative à l’élection des membres du Parlement. Cette loi, adoptée en juin 2017, a introduit pour la première fois le vote des expatriés dans le système électoral libanais, permettant à la diaspora de participer aux scrutins sans retour au pays. En 2022, lors des dernières élections législatives, environ 225 000 expatriés s’étaient inscrits, avec un taux de participation avoisinant les 60 %. Cette année-là, les votes des expatriés avaient influencé les résultats dans plusieurs circonscriptions, notamment celles à forte représentation sunnite ou chrétienne.
Un calendrier précis pour mobiliser la diaspora
Les autorités libanaises ont détaillé les modalités pratiques de cette inscription. Les expatriés éligibles, c’est-à-dire les citoyens libanais âgés d’au moins 21 ans et résidant hors du territoire national, pourront s’inscrire via les ambassades et consulats libanais à travers le monde. Le processus implique la présentation de documents d’identité valides, tels que la carte d’identité libanaise ou le passeport, accompagnés d’une preuve de résidence à l’étranger. Des plateformes en ligne, gérées conjointement par les deux ministères, seront mises à disposition pour faciliter les démarches, évitant ainsi les déplacements physiques pour une partie des demandeurs.
Selon les estimations officielles, la diaspora libanaise compte entre 4 et 6 millions de personnes, dispersées principalement en Amérique du Sud, en Europe, en Afrique et dans les pays du Golfe. Cette communauté, souvent qualifiée de “poumon économique” du Liban en raison des transferts de fonds annuels dépassant les 7 milliards de dollars avant la crise de 2019, représente un enjeu électoral majeur. En 2022, les votes des expatriés avaient été comptabilisés dans six circonscriptions supplémentaires virtuelles, une innovation qui avait permis d’élargir la représentation parlementaire sans altérer les quotas confessionnels traditionnels.
Le ministère des Affaires étrangères a précisé que des campagnes d’information seront lancées dans les prochains jours via les missions diplomatiques. Des sessions virtuelles d’assistance technique sont prévues pour guider les inscrits potentiels, particulièrement dans les régions où l’accès aux services consulaires est limité, comme en Afrique subsaharienne ou en Amérique latine. Youssef Rajji a insisté sur l’aspect inclusif de cette mesure, notant que “tous les efforts sont déployés pour que chaque Libanais à l’étranger puisse exercer son droit constitutionnel sans entraves bureaucratiques”.
Les controverses persistantes sur le mode de scrutin expatrié
Malgré cet avancement administratif, l’annonce s’inscrit dans un climat de controverses intenses autour du vote des expatriés. Depuis l’adoption de la loi électorale en 2017, des débats récurrents portent sur le nombre de sièges réservés à la diaspora. En 2022, six sièges avaient été alloués spécifiquement aux expatriés, répartis par continents : deux pour l’Europe, un pour l’Afrique, un pour l’Amérique du Nord, un pour l’Amérique du Sud et un pour l’Océanie et l’Asie. Cependant, une proposition de loi discutée au Parlement en juin 2025 vise à augmenter ce nombre à 12, arguant que la diaspora mérite une représentation proportionnelle à sa taille démographique.
Ces discussions ont dégénéré lors d’une session parlementaire le 30 septembre 2025, où des échanges houleux ont opposé les députés des Forces libanaises et ceux du bloc du Hezbollah. Les partisans d’une extension des sièges expatriés, majoritairement issus des partis chrétiens et sunnites, estiment que cela renforcerait la démocratie en intégrant une population souvent marginalisée. À l’inverse, certains députés chiites craignent une dilution de leur influence électorale, soulignant que la diaspora est composée en grande partie de communautés émigrées avant les années 1990, avec une surreprésentation chrétienne.
Le président du Parlement, Nabih Berri, a reporté le vote sur cette proposition à une date ultérieure, invoquant la nécessité d’un consensus plus large. “Il est impératif que toute modification de la loi électorale respecte l’équilibre confessionnel qui fonde notre système politique”, a déclaré un porte-parole du bureau du président Berri lors d’une conférence de presse le 1er octobre 2025. Cette prudence reflète les tensions sous-jacentes au Liban, où le système confessionnel répartit les 128 sièges parlementaires entre musulmans (chiites, sunnites, alaouites, druzes) et chrétiens (maronites, grec-orthodoxes, grec-catholiques, arméniens, etc.), selon une formule établie en 1943 et révisée en 1989 par les accords de Taëf.
Par ailleurs, des craintes de report des élections de 2026 émergent, alimentées par la crise économique qui sévit depuis 2019. L’inflation, qui a atteint des pics de 200 % en 2023, continue d’éroder les ressources de l’État, rendant incertaine la capacité logistique à organiser un scrutin à grande échelle. Le Fonds monétaire international, dans son rapport d’avril 2025, a estimé la dette publique libanaise à 150 % du PIB, soulignant l’urgence de réformes pour débloquer une aide de 3 milliards de dollars conditionnelle.
Le rôle du président Aoun dans la garantie du calendrier électoral
Au milieu de ces incertitudes, le président Joseph Aoun joue un rôle pivot dans la stabilisation du processus électoral. Élu en mars 2025 après un vide présidentiel de plus de deux ans, succédant à la présidence par intérim, Joseph Aoun, ancien commandant en chef de l’armée libanaise, s’est positionné comme un garant de la continuité institutionnelle. Lors d’une rencontre au palais de Baabda le 30 septembre 2025, le député Melhem Riachi, membre des Forces libanaises, a exprimé un optimisme renouvelé quant à la tenue des élections dans les délais.
“Nous et le président sommes normalement et certainement contre la prolongation (du mandat du Parlement) et il y a un engagement ferme à tenir les élections à temps”, a déclaré Melhem Riachi à l’issue de l’entretien. Cette visite, qui a duré plus d’une heure, a porté sur les préparatifs sécuritaires et administratifs, avec une emphase sur la protection des bureaux de vote face aux tensions régionales. Le président Aoun a réitéré son engagement à respecter la Constitution, qui fixe les élections législatives tous les quatre ans, la dernière ayant eu lieu en mai 2022.
Joseph Aoun, maronite de 60 ans, a été élu avec le soutien d’une coalition hétéroclite incluant les Forces libanaises, le Parti socialiste progressiste et une partie des indépendants issus des manifestations de 2019. Son mandat, qui court jusqu’en 2031, est marqué par une approche pragmatique vis-à-vis des acteurs régionaux, notamment l’Arabie saoudite et la France, qui ont appuyé sa candidature. En juillet 2025, lors d’une visite à Paris, il a obtenu des engagements pour un soutien technique à l’organisation des élections, incluant la fourniture de logiciels de gestion électorale par des entreprises françaises.
Les dynamiques confessionnelles et régionales en toile de fond
Les préparatifs électoraux ne peuvent être dissociés des clivages confessionnels qui structurent la vie politique libanaise. Dans le sud du pays, à majorité chiite, le Hezbollah maintient une influence dominante, avec 13 sièges au Parlement actuel. Le parti, dirigé par Hassan Nasrallah, a exprimé des réserves sur l’extension des sièges expatriés, arguant que cela pourrait favoriser des forces pro-occidentales. Lors d’un discours télévisé le 25 septembre 2025, Nasrallah a déclaré : “Nous veillerons à ce que les élections se déroulent dans un cadre juste, sans manipulations extérieures qui visent à affaiblir la résistance”.
À l’opposé, dans les régions sunnites comme Tripoli, le Courant du Futur, bien que affaibli depuis la démission de Saad Hariri en 2022, tente de mobiliser la diaspora pour regagner du terrain. Les élections municipales, reportées à plusieurs reprises et finalement tenues en mai 2025, ont révélé une fragmentation accrue, avec des listes indépendantes remportant plusieurs mairies dans la capitale Beyrouth.
Sur le plan régional, les tensions avec Israël influencent indirectement le calendrier électoral. Les échanges de tirs sporadiques à la frontière sud, sous surveillance de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), ont culminé en août 2025 avec un incident près de Naqoura, où deux casques bleus ont été légèrement blessés. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé le 15 septembre 2025 à une désescalade, soulignant que “toute instabilité au Liban pourrait compromettre les processus démocratiques en cours”.
Les implications immédiates pour les expatriés
L’ouverture imminente des inscriptions met en lumière les défis logistiques pour les expatriés. Dans les pays du Golfe, où résident environ 500 000 Libanais, les consulats de Dubaï et de Riyad prévoient une affluence record, avec des horaires étendus du 2 octobre au 20 novembre 2025. Des accords bilatéraux, signés en juillet 2025 avec les Émirats arabes unis, facilitent l’accès aux services consulaires, suite à la réouverture de l’ambassade émiratie à Beyrouth le 1er octobre 2025.
En Europe, particulièrement en France où vivent plus de 200 000 Libanais, l’ambassade à Paris a annoncé des partenariats avec des associations locales pour des ateliers d’inscription. “Nous visons à dépasser les 100 000 inscriptions dans la circonscription européenne”, a indiqué un diplomate libanais lors d’une réunion le 29 septembre 2025. Ces efforts s’accompagnent de mesures de cybersécurité pour protéger les données des inscrits, suite à des incidents de piratage rapportés lors des élections de 2022.
Au Brésil, hub de la diaspora en Amérique du Sud, les consulats de São Paulo et Rio de Janeiro ont mobilisé des équipes supplémentaires. Les transferts de fonds des expatriés, qui ont chuté à 6,5 milliards de dollars en 2024 selon la Banque mondiale, restent un levier économique vital, et leur participation électorale pourrait influencer les politiques de rapatriement des capitaux.
Les initiatives de réforme électorale, comme celle lancée par l’Association libanaise pour des élections démocratiques en juin 2025 avec le soutien de l’Union européenne, soulignent les enjeux de transparence. Cette initiative, baptisée “Initiative de réforme électorale au Liban 2026”, inclut des formations pour les observateurs et des campagnes contre la corruption électorale.
Dans ce cadre, les ministères concernés ont confirmé que les listes électorales seront publiées en ligne d’ici fin novembre 2025, permettant aux inscrits de vérifier leurs informations. Cette transparence vise à atténuer les soupçons de fraudes, récurrents dans l’histoire électorale libanaise.
Les préparatifs sécuritaires pour le scrutin
En parallèle, le ministère de l’Intérieur a renforcé les mesures sécuritaires autour des élections. Ahmad al-Hajjar a annoncé le 28 septembre 2025 le déploiement de 15 000 agents supplémentaires pour superviser les bureaux de vote, tant au Liban qu’à l’étranger. Cette mobilisation intervient alors que des incidents isolés, comme des manifestations à Beyrouth en août 2025 contre le report potentiel des scrutins, ont rappelé la volatilité sociale.
L’armée libanaise, sous le commandement du général Imad Othman depuis la nomination de Joseph Aoun à la présidence, collabore étroitement avec la Finul pour sécuriser la frontière sud. Un rapport de l’ONU daté du 20 septembre 2025 détaille 45 violations de la résolution 1701 en 2025, impliquant des survols israéliens et des tirs du Hezbollah.
Ces éléments sécuritaires impactent directement les expatriés, qui craignent des perturbations dans les pays hôtes. En Syrie voisine, où des milliers de Libanais résident encore malgré la guerre, les inscriptions se feront via des canaux diplomatiques limités.



