En janvier 2026, le Département de la Justice américain (DOJ) a publié une quantité massive de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein : plus de trois millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 images, conformément à l’Epstein Files Transparency Act, une loi promulguée en décembre 2025 sous la pression du Congrès et de l’opinion publique. Cette divulgation, la plus importante à ce jour, dépasse largement les précédentes tranches de documents rendues publiques en 2024 et 2025. Elle inclut des e-mails, des rapports d’enquête, des photos, des enregistrements psychologiques d’Epstein en prison et des détails sur ses interactions avec des figures influentes du monde entier. Le DOJ a souligné que ces fichiers couvrent deux décennies d’enquêtes, y compris celles menées par le FBI et le bureau du procureur de Manhattan, et qu’ils ont été examinés pour protéger l’identité des victimes – bien que des critiques persistent sur des redactions jugées excessives.
Ces documents ne contiennent pas de nouvelles accusations criminelles formelles contre des tiers, comme l’a rappelé le procureur général adjoint Todd Blanche, affirmant que les révélations ne justifient pas de poursuites supplémentaires. Cependant, ils mettent en lumière les connexions d’Epstein avec des personnalités puissantes, souvent dans des contextes sociaux, financiers ou politiques, sans impliquer nécessairement de participation à ses crimes. Être mentionné ne signifie pas culpabilité : de nombreux noms apparaissent dans des listes de contacts, des invitations à des événements ou des échanges anodins. Pourtant, ces révélations ravivent des questions sur l’influence d’Epstein et la complaisance potentielle de l’élite.
Parmi les thèmes récurrents : des e-mails évoquant des « filles » ou des voyages suspects, des photos ambiguës et des discussions sur des financements ou des introductions. Le DOJ a noté que certains documents contiennent des allégations « infondées et fausses », comme des tips anonymes au FBI, soulignant la nécessité de prudence. Cette transparence forcée, bien que tardive – le DOJ a raté une échéance en décembre 2025 –, vise à clore un chapitre sombre, mais elle a déjà provoqué des démissions, comme celle du conseiller slovaque Miroslav Lajčák, et des appels à des enquêtes supplémentaires au Royaume-Uni.
Les nouveaux noms émergents : un panorama mondial des connexions d’Epstein
Les fichiers de 2026 confirment et étendent les liens d’Epstein avec des figures mondiales, souvent issus de la politique, des affaires et du divertissement. Parmi les noms les plus cités figure Donald Trump, mentionné des centaines de fois. Les documents incluent des e-mails partageant des articles sur ses politiques, des ragots sur sa famille et des allégations anonymes au FBI – jugées « infondées » par le DOJ – d’abus sexuels remontant à des décennies. Trump, ami d’Epstein dans les années 1990 (avec sept vols sur son jet privé), a rompu les liens vers 2004 après un différend immobilier. Epstein l’a expulsé de Mar-a-Lago, et Trump a nié toute connaissance de ses crimes, affirmant l’avoir banni de son club.
Bill Clinton apparaît également fréquemment, avec plus de 17 vols sur l’avion d’Epstein entre 2001 et 2003, notamment pour des voyages humanitaires en Afrique. Une victime a rapporté qu’Epstein avait dit que Clinton « les aimait jeunes », mais sans accusation directe contre l’ancien président. Clinton a nié toute visite à l’île privée d’Epstein et coupé les ponts avant que le scandale n’éclate publiquement.
Dans le monde des affaires, Bill Gates est lié par des réunions post-2008 et des e-mails allégués où Epstein prétend avoir aidé Gates avec des affaires extraconjugales impliquant des « filles russes » – allégations démenties par la Fondation Gates comme « absurdes ». Melinda Gates a cité ces liens comme facteur dans leur divorce. Elon Musk échange des e-mails en 2012-2013 sur des visites potentielles à l’île et des « fêtes folles », bien qu’il nie tout voyage et insiste sur la poursuite des vrais coupables.
Au Royaume-Uni, Andrew Mountbatten-Windsor (ex-Prince Andrew) est au centre de révélations : e-mails de 2010 l’invitant à Buckingham Palace pour des dîners « privés », une photo ambiguë et une introduction à une femme russe. Sarah Ferguson, son ex-épouse, envoie un e-mail affectueux en 2009. Andrew a réglé un procès avec Virginia Giuffre en 2022 sans admettre de faute. Richard Branson est mentionné des centaines de fois, avec un e-mail de 2013 évoquant un « harem » – clarifié comme une équipe adulte par son entourage.
D’autres noms incluent Steve Bannon (échanges sur un documentaire pour redorer l’image d’Epstein et des prêts pour des vols), Howard Lutnick (déjeuners sur l’île), et Steve Tisch (introductions à des femmes). Dans les milieux académiques, des professeurs comme Martin Nowak (Harvard) et des dons d’Epstein sont détaillés. Des figures décédées comme Michael Jackson (dîner chez Epstein) et Stephen Hawking (conférences sur l’île) sont aussi citées, sans accusations.
Ces connexions soulignent comment Epstein utilisait son réseau pour maintenir son influence post-condamnation, via des introductions, des dons et des voyages. Les documents révèlent aussi des plans pour accéder à des actifs libyens gelés, impliquant d’ex-espions britanniques et israéliens, sans noms spécifiques du Moyen-Orient au-delà de mentions générales.
Les rumeurs sur les liens avec des services de renseignement : Mossad et KGB
Parmi les aspects les plus controversés des fichiers de 2026 figurent les allégations persistantes sur les liens d’Epstein avec des agences de renseignement étrangères, notamment le Mossad (agence israélienne) et le KGB (ou ses successeurs russes comme le FSB). Ces rumeurs, amplifiées par les nouveaux documents, reposent sur des sources anonymes, des e-mails et des rapports du FBI, mais restent spéculatives et non prouvées par des preuves judiciaires formelles.
Concernant le Mossad, les fichiers incluent un mémo du FBI de 2020, déclassifié en 2026, citant une source confidentielle affirmant qu’Epstein « travaillait avec le renseignement israélien » et était « un agent coopté du Mossad ». Ce document lie Epstein à Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien, et suggère qu’il a été formé pendant le mandat de Barak. Des e-mails montrent des échanges entre Epstein et Barak, y compris une demande en 2018 pour que Barak démente publiquement tout lien avec le renseignement israélien. Des enquêtes journalistiques, comme celles de Drop Site News en 2025, révèlent qu’Epstein a servi de « fixeur » pour des accords de sécurité entre Israël et des pays comme la Mongolie, la Russie et la Côte d’Ivoire. Un espion israélien senior, lié au Mossad et à l’armée, a séjourné chez Epstein à Manhattan entre 2013 et 2016. Epstein aurait aussi créé un canal officieux entre Israël et la Russie sur la Syrie, aidant à des efforts pour destituer Bachar al-Assad et influencer l’administration Obama sur l’Iran. Ces liens sont souvent tracés à Robert Maxwell, père de Ghislaine Maxwell, soupçonné d’être un agent du Mossad dans les années 1970-1980, aidant à exfiltrer des Juifs soviétiques vers Israël. Des figures comme Naftali Bennett ont démenti ces allégations, les qualifiant de « mensonges catégoriques », et des experts notent que ces théories manquent de preuves solides, pouvant servir de diversion.
Pour le KGB, des sources d’intelligence citées par le Daily Mail en février 2026 affirment qu’Epstein gérait « la plus grande opération honeytrap du monde » pour le compte du KGB, collectant du kompromat sur des élites occidentales pour le transmettre à Moscou. Epstein se vantait de liens avec Vladimir Poutine, refusant une rencontre en 2010, et aurait procuré des « filles russes » pour des opérations. Un magnat du pétrole russe, lié au renseignement, l’aurait connecté à Maxwell et au KGB. Ces allégations impliquent que le réseau servait à blanchir de l’argent russe et compromettre des figures comme Trump ou Gates. Robert Maxwell est aussi soupçonné d’avoir travaillé pour le KGB dans les années 1970, en plus du Mossad et du MI6.
Focus sur les personnalités françaises : des liens culturels, politiques et financiers
Les fichiers de 2026 mettent particulièrement en lumière des personnalités françaises, souvent dans des contextes non liés aux crimes sexuels d’Epstein, mais évoquant des relations amicales, financières ou politiques. Comme le notent des analyses, ces mentions concernent « des considérations diverses en lien avec la culture ou le contexte politique français », sans preuves d’implication dans les abus.
Marine Le Pen et Louis Aliot, figures du Rassemblement national (RN), apparaissent dans un e-mail de juillet 2018 de Michael Wolff à Epstein. Wolff relate une rencontre à Londres avec Steve Bannon, qui discute d’un refinancement du Front national (FN, ancien nom du RN) avec Aliot, présenté erronément comme le « mari » de Le Pen. Bannon évoque des fonds provenant « apparemment de Russie ». Wolff commente que « ces types avaient l’air idiots » et que Bannon prospère dans un « monde du populisme si peu professionnel ». Le député RN Jean-Philippe Tanguy a minimisé cela comme une « mention indirecte comme une revue de presse », affirmant que le parti n’a « rien à voir avec ces gens ». Des SMS entre Bannon et Epstein mentionnent des discussions sur le financement du RN pour les européennes de 2019, sans preuves concrètes. Cela ravive des soupçons sur les liens du RN avec des influences étrangères, dans un contexte où l’administration Trump est vue comme hostile aux démocraties européennes.
Jack Lang, ancien ministre de la Culture, est cité pour sa proximité connue avec Epstein. Les documents révèlent que sa fille Caroline figurait sur le testament d’Epstein pour 5 millions de dollars. En 2016, elle a fondé avec lui une société offshore aux Îles Vierges pour investir dans l’art. La famille entretenait des liens culturels, amicaux et financiers : un film sur la vie de Lang, financé par Epstein, était en projet, comme révélé par Politico et Le Canard enchaîné. Epstein cultivait ces relations pour accéder au pouvoir français.
Cédric Villani, mathématicien et ex-député LREM, échange avec Epstein peu après son élection en 2017, dans un contexte non précisé mais lié à des introductions potentielles. Olivier Colom, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, discute de la carrière de Bruno Le Maire. Ces échanges illustrent comment Epstein visait des personnalités influentes ou ascendantes.
Emmanuel Macron est référencé dans des e-mails avant et après son élection en 2017, y compris comme ministre de l’Économie. Des documents évoquent qu’il aurait cherché l’aide d’Epstein sur des questions de gouvernance, avec des citations et des mentions de réunions. Une rumeur virale suggère que « tout le gouvernement Macron » est impliqué, mais cela reste infondé et limité à des références isolées.
Jean-Luc Brunel, agent de mannequins français et proche d’Epstein, est accusé de viol et de trafic de mineures. Il recrutait des filles via des agences pour Epstein et s’est suicidé en prison à Paris en 2022, avant son procès. Virginia Giuffre l’accuse d’abus « à de nombreux endroits ». Brunel est l’une des figures les plus directement impliquées, avec des preuves d’avoir « prêté » des filles mineures.
Ces mentions françaises soulignent l’intérêt d’Epstein pour l’élite hexagonale, via l’art, la politique et les réseaux. Aucune n’implique de crimes sexuels, mais elles interrogent sur les motivations d’Epstein et les vigilances des concernés.
Focus sur les personnalités libanaises : des liens discrets et professionnels
Les références libanaises dans les dossiers sont plus limitées, se concentrant sur des interactions sociales ou professionnelles sans lien avec les crimes d’Epstein. Saad Hariri, ancien Premier ministre libanais, apparaît dans le « black book » d’Epstein et dans un e-mail de 2010 à Jes Staley (ex-cadre de JPMorgan). Cet e-mail liste des dignitaires pour le Sir Bani Yas Forum aux Émirats, suggérant du « temps privé » avec eux, dont Hariri. Aucune implication répréhensible n’est indiquée ; il s’agit d’une invitation à un événement exclusif.
Nassim Nicholas Taleb, mathématicien et auteur libano-américain né au Liban, est référencé pour avoir refusé plusieurs invitations d’Epstein. Taleb suspectait que la fortune d’Epstein était exagérée et a évité toute association, comme noté dans des fichiers. Au contraire, cela montre une distance prudente.
D’autres e-mails mentionnent le Liban dans des discussions sur des opportunités bancaires au Moyen-Orient, avec une remarque inappropriée sur le « tourisme sexuel » (« sex better in Lebanon »), mais sans noms libanais supplémentaires. Les recherches sur les fichiers 2026 n’ont pas révélé d’autres Libanais notables, contrairement aux mentions plus nombreuses pour des figures saoudiennes ou émiraties comme Mohammed bin Salman ou Abdullah bin Zayed.
Ces liens libanais semblent marginaux, reflétant l’intérêt d’Epstein pour les leaders du Moyen-Orient via des forums et des réseaux financiers, sans preuves de fautes.

