Ce 9 janvier 2025, le Liban vit une journée décisive avec la tenue du premier tour de l’élection présidentielle, marquant une tentative cruciale de sortir de plus de deux ans de vacance à la tête de l’État. Sous le regard attentif de la communauté internationale, représentée par des diplomates de haut rang tels que l’envoyé français Jean-Yves Le Drian et le médiateur saoudien Yezid bin Farhan, les députés se sont réunis dans une ambiance tendue au Parlement. Cette session, porteuse d’espoir pour certains et de scepticisme pour d’autres, est perçue comme une opportunité unique de restaurer la stabilité politique et institutionnelle du pays. Au cœur des débats : le respect de la souveraineté nationale, les influences extérieures, et le rôle crucial du candidat favori, Joseph Aoun, chef de l’armée.
Les résultats du scrutin:
Joseph Aoun: 71
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Bulletins blancs: 37
Bulletins annulés: 18 notamment portant le nom de l’envoyé spécial saoudien, de l’émissaire américain Amos Hochstein,
Autres candidats: Chibli Mallat
Joseph Aoun n’a cependant pas recueilli les 86 voix nécessaires lors du premier tour de ce scrutin pour être élu.
Des interventions marquées par des débats houleux
Avant le début du vote, plusieurs députés ont pris la parole pour exprimer leurs opinions sur la procédure électorale et sur les enjeux constitutionnels et politiques de l’élection. Le député Melhem Khalaf a ouvert la séance en appelant à respecter scrupuleusement la Constitution, déclarant : « Hâtons-nous de bâtir un État de droit et de justice ». Son intervention a été saluée, mais elle a rapidement laissé place à des prises de parole plus controversées.
Le député Gebran Bassil a dénoncé des ingérences étrangères dans le processus, déclarant : « Nous assistons à un retour à l’ère des consuls, où les instructions extérieures dictent le soutien à certains candidats. Cela interroge sur la souveraineté de notre Parlement ». Cette position a été contredite par Jamil Sayyed, qui a affirmé qu’il n’avait subi aucune pression, tout en ajoutant : « Un président non qualifié constitutionnellement ne devrait pas être élu ».
Le poids du consensus et de la critique constitutionnelle
Dans une intervention remarquée, le député Osama Saad a critiqué les compromis politiques de dernière minute : « Le consensus actuel dépouille la Constitution de sa valeur. Le respect de la loi est la seule garantie de légitimité ». À l’opposé, Bilal Abdallah a défendu une lecture pragmatique du rôle de la Constitution, affirmant que celle-ci doit « protéger l’État et la société ». Cette divergence illustre les tensions entre les défenseurs d’une interprétation stricte de la loi et ceux plaidant pour des ajustements face à l’urgence nationale.
La députée Paula Yacoubian a accusé la classe politique de ne pas vouloir un président capable de relever le pays, déclenchant un vif échange avec le député Salim Aoun, mettant en lumière les divisions internes au sein du Parlement. Pendant ce temps, Firas Hamdan a souligné l’hypocrisie de certains députés, déclarant : « Quand la Constitution sert nos intérêts, nous l’utilisons ; autrement, nous la piétinons ».
Joseph Aoun, un favori sous les projecteurs
Le chef de l’armée, Joseph Aoun, semble avoir consolidé son statut de favori. Plusieurs députés ont exprimé leur soutien explicite à sa candidature. Michel Daher a déclaré : « Mon choix a toujours été Joseph Aoun. Nous avons besoin d’un président capable de reconstruire le pays et de garantir l’électricité 24h/24 ». Cependant, ce soutien massif suscite aussi des interrogations sur l’impact des influences étrangères, un sujet récurrent dans les débats de la session.
Une opposition au nom de la souveraineté
Des députés comme Halima Kaakour ont insisté sur la nécessité de préserver l’indépendance nationale : « Non à toute forme de tutelle, qu’elle soit syrienne, iranienne ou américaine. Nous respectons les ambassadeurs, mais ils ne doivent pas intervenir dans nos affaires ». Cette position reflète une inquiétude croissante face aux ingérences extérieures perçues dans le processus électoral.
Une volonté de tourner la page
Dans un discours empreint d’émotion, Sami Gemayel a exprimé l’espoir de mettre fin à des décennies de divisions : « Aujourd’hui, nous pouvons ouvrir une nouvelle page après 55 ans de chaos, de conflits et de rancunes. C’est une occasion unique de rétablir la confiance et de redonner espoir aux Libanais ». Ses propos ont été salués par plusieurs députés, notamment Elias Jarade, qui a qualifié ce discours de « serment pour le prochain président ».
Les perspectives incertaines d’un premier tour décisif
Malgré l’apparente volonté de nombreux députés de parvenir à un consensus, des désaccords majeurs subsistent, tant sur le choix du candidat que sur les principes constitutionnels. Le vice-président du Parlement, Elias Bou Saab, a exhorté ses collègues à ne pas quitter la salle sans trouver une solution : « Nous avons une réelle opportunité de sortir de l’impasse. Cette occasion ne se reproduira pas ».



