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Liban : la Commission nationale des droits de l’homme qualifie les raids israéliens de crimes de guerre

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Beyrouth, ce 2 mars 2026 – La Commission nationale des droits de l’homme au Liban a émis une condamnation sans équivoque des raids aériens israéliens menés à l’aube du 1er mars sur des quartiers résidentiels densément peuplés de la banlieue sud de Beyrouth et plusieurs localités du sud du pays. Dans un communiqué détaillé, l’institution indépendante affirme que ces attaques constituent des violations graves du droit international humanitaire et pourraient être qualifiées de crimes de guerre. Cette déclaration intervient au lendemain d’une escalade marquée par des échanges de tirs qui ont rompu une trêve fragile d’un an entre Israël et le Hezbollah, dans un contexte régional tendu par les frappes américano-israéliennes sur l’Iran et les ripostes iraniennes sur les États du Golfe. Les autorités libanaises, via le ministère de la Santé publique, ont rapporté un bilan provisoire de 31 civils tués et au moins 149 blessés, soulignant l’impact dévastateur sur les populations civiles. La Commission, qui documente activement ces incidents, appelle à une mobilisation internationale pour assurer la responsabilité et presse le gouvernement libanais d’accepter la juridiction de la Cour pénale internationale.

La condamnation sans appel de la Commission

La Commission nationale des droits de l’homme, organisme créé en 2008 pour surveiller les violations des droits humains au Liban, a réagi avec vigueur aux événements du 1er mars. Dans son communiqué, elle dénonce des « attaques qui constituent une violation grave du droit international humanitaire ». L’institution met en avant le travail de sa commission sur le droit international humanitaire, qui suit et documente les infractions commises sur le territoire libanais. Elle annonce la mise en place d’un registre national exhaustif recensant les victimes, les blessures et les dommages infligés aux civils, tout en enquêtant sur ces faits en tant que potentiels crimes de guerre. Les équipes de la Commission vérifient actuellement les photographies et vidéos prises après les raids, afin d’établir un dossier solide basé sur des preuves tangibles.

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Ce positionnement n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une série de réactions libanaises face à une reprise des hostilités qui a débuté le 1er mars avec des tirs de roquettes depuis le sud du Liban vers le nord d’Israël, suivis de frappes aériennes israéliennes. L’armée israélienne a revendiqué des opérations ciblées contre des « hauts responsables terroristes », mais la Commission conteste ces affirmations, notant l’absence de preuves fournies par Israël pour justifier les cibles militaires. Selon les données préliminaires de l’institution, aucun avertissement préalable efficace n’a été donné aux résidents pour évacuer les zones visées, ce qui renforce les soupçons d’attaques indiscriminées.

Les bilans humains et les zones touchées

Les raids ont frappé des secteurs résidentiels surpeuplés, exacerbant les pertes civiles. D’après les chiffres du centre d’opérations d’urgence du ministère de la Santé publique, dirigé par le ministre Rakan Nasreddine, 31 civils ont perdu la vie et au moins 149 autres ont été blessés, dont de nombreux dans un état critique. Les attaques se sont concentrées sur les quartiers de Haret Hreik, Bir el-Abed et Hadath dans la banlieue sud de Beyrouth, une zone densément peuplée et souvent associée au Hezbollah. Au sud, les localités de Shabiya, Sultaniya, Adshit, Harouf, Toul, Kfoun, Yaroun, Aitaroun et Khiam ont été ciblées, des villages frontaliers déjà marqués par des décennies de conflits.

Des images diffusées par les médias libanais montrent des bâtiments effondrés, des rues jonchées de débris et des équipes de secours extrayant des corps des ruines. À Ghobeiry, dans la banlieue sud, un immeuble résidentiel a été touché, provoquant un incendie visible à des kilomètres. Les autorités locales rapportent que plusieurs familles entières ont été décimées, avec des enfants parmi les victimes. Le ministère de la Santé a mobilisé des hôpitaux à Beyrouth et dans le sud, mais les infrastructures médicales, déjà fragilisées par les crises économiques et les conflits passés, peinent à absorber le flux de blessés. Des ambulances de la Croix-Rouge libanaise et du Croissant-Rouge ont été déployées en urgence, transportant des civils vers des centres comme l’hôpital universitaire Rafic Hariri à Beyrouth.

Ces attaques s’ajoutent à une série d’incidents récents. Le 1er mars, six projectiles lancés par le Hezbollah ont visé une base militaire au sud de Haïfa, en réponse à ce que le parti qualifie d’incursions israéliennes. Israël a riposté avec des drones et des missiles, touchant des positions du Hezbollah dans la Békaa et au sud. Le chef d’état-major israélien, Eyal Zamir, a déclaré que ces opérations pourraient se prolonger « sur des jours étendus », avec une « préparation offensive soutenue ». Du côté libanais, le ministère de la Défense a confirmé 31 décès, dont des civils non impliqués dans les combats.

Violations flagrantes des principes humanitaires

La Commission nationale des droits de l’homme insiste sur le non-respect des principes fondamentaux du droit international. Elle rappelle le principe de distinction, pilier du droit humanitaire, qui oblige les parties au conflit à différencier en permanence entre combattants et objectifs militaires d’une part, et civils et biens civils d’autre part. Les attaques doivent être dirigées exclusivement contre des cibles militaires. Or, les raids sur des quartiers résidentiels surpeuplés, sans distinction claire, violent cette règle, selon l’institution.

De plus, le principe de précaution est invoqué : les belligérants doivent prendre toutes les mesures possibles pour éviter ou minimiser les dommages aux civils, y compris en émettant des avertissements préalables efficaces et en choisissant des méthodes de combat qui réduisent les risques. La Commission note que, même si Israël prétend cibler des objectifs militaires, la méthode employée – bombardements sur des zones habitées – suggère une approche indiscriminée. « Même en cas d’allégation d’un objectif militaire, la manière et les moyens utilisés pour bombarder des bâtiments résidentiels bondés de civils penchent vers une qualification d’attaque indiscriminée », précise le communiqué.

Ces arguments s’appuient sur les Conventions de Genève et leurs protocoles additionnels, ratifiés par Israël et le Liban. La Commission cite également la jurisprudence de la Cour internationale de justice et du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, qui ont condamné des attaques similaires comme des crimes de guerre. Au Liban, ces violations rappellent les conflits passés : en 2006, lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah, des milliers de civils avaient été touchés, avec des enquêtes de l’ONU pointant des attaques disproportionnées.

Menaces sur les populations et escalade régionale

La situation est aggravée par les menaces israéliennes contre 53 localités dans le sud, la Békaa et la Békaa occidentale, ce qui instaure un climat de panique parmi les civils et les expose à un danger imminent. Les autorités libanaises ont ordonné l’évacuation de 52 villages au sud, affectant des milliers de familles. Des drones israéliens survolent régulièrement la région, collectant des données sur les mouvements de population, tandis que des obus et missiles ont frappé des zones agricoles et résidentielles comme Kafr Kila et Aïta el-Chaab.

Cette escalade s’inscrit dans un contexte régional explosif. Les frappes américano-israéliennes du 28 février sur l’Iran, qui ont causé la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, ont provoqué des ripostes iraniennes sur des bases américaines au Golfe, fermant les espaces aériens de huit pays et perturbant le trafic aérien. Au Liban, l’aéroport Rafic Hariri fonctionne avec des restrictions : Middle East Airlines a ajouté un vol vers Istanbul le 2 mars et reporté des liaisons vers Larnaca et Riyad. Ces perturbations, avec plus de 3 400 vols annulés au Moyen-Orient le 1er mars, illustrent l’interconnexion des crises.

Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, utilise ces événements pour justifier ses actions, mais le gouvernement libanais, sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, réaffirme son attachement à la résolution 1701 de l’ONU, qui exige le désarmement des milices au sud du Litani. En février 2026, l’armée libanaise a présenté un plan pour la deuxième phase de désarmement du Hezbollah au nord du Litani, approuvé par le cabinet sans objection des ministres affiliés au parti. Ce plan, prévu sur quatre à huit mois, vise à renforcer la souveraineté de l’État, mais les tensions actuelles compliquent son exécution.

Appels à la responsabilité internationale

Face à un pattern récurrent de violations impunies au Liban, la Commission appelle la communauté internationale à intensifier ses efforts pour assurer la responsabilité. Elle plaide pour l’exercice de la juridiction nationale ou universelle afin d’enquêter sur les crimes internationaux et de poursuivre leurs auteurs. Des précédents existent : en 2025, des rapports de l’ONU ont documenté une augmentation de 700 % des transferts d’armes iraniens vers le Liban, via la Syrie, malgré les sanctions.

Sur le plan national, la Commission exhorte le gouvernement à accepter la compétence de la Cour pénale internationale en vertu de l’article 12(3) du Statut de Rome, en vue d’une adhésion pleine. Elle demande aussi l’adoption de lois nationales criminalisant les crimes de guerre et autres infractions internationales, en ligne avec les obligations du Liban. Enfin, elle réclame un soutien total aux enquêtes judiciaires nationales et à la documentation des violations par la Commission et d’autres entités compétentes.

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