vendredi, janvier 23, 2026

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Liban : Les manifestations dans le sud contre Tom Barrack enflamment les tensions diplomatiques

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Le Liban, déjà fragilisé par des crises multiples, a été le théâtre de nouvelles tensions cette semaine, alors que des manifestations dans le sud du pays ont forcé l’émissaire américain Tom Barrack à écourter sa visite mercredi. Ces protestations, dirigées contre la pression des États-Unis pour désarmer le Hezbollah, ont éclaté à Khiam et Tyr, deux localités marquées par les récents conflits avec Israël. Selon l’agence de presse officielle libanaise, la National News Agency (NNA), Barrack a annulé ses arrêts prévus dans ces villes après avoir été accueilli par des foules hostiles brandissant des drapeaux du Hezbollah et dénonçant les politiques américaines. Cette vague de colère populaire, exacerbée par des déclarations jugées insultantes de Barrack lors d’une conférence de presse à Beyrouth, met en lumière les défis auxquels le Liban est confronté alors qu’il s’apprête à discuter, le 2 septembre, d’un plan controversé de l’armée pour monopoliser les armes. Dans un contexte de cessez-le-feu fragile et de pressions internationales croissantes, ces événements risquent de compliquer davantage la quête de stabilité du pays.

Des manifestations dans le sud : une réponse à la pression américaine

Mercredi, Tom Barrack, ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial pour la Syrie et le Liban, a atterri par hélicoptère dans une caserne de l’armée libanaise à Marjayoun, près de la frontière sud, sous haute protection militaire. La NNA a rapporté que des soldats avaient été déployés pour sécuriser la zone, mais la visite a rapidement tourné court face à l’opposition des habitants. Barrack a annulé ses arrêts prévus à Khiam, une ville dévastée par les récents bombardements israéliens, et à Tyr, une ville côtière du sud où des dizaines de personnes s’étaient rassemblées pour protester contre sa venue et les politiques américaines perçues comme biaisées en faveur d’Israël.

À Khiam, un correspondant de l’Agence France-Presse a décrit une scène de colère : des manifestants, certains brandissant des drapeaux du Hezbollah ou des portraits de combattants tués dans le conflit, se sont rassemblés pour dénoncer Barrack. Certains se tenaient sur une étoile de David peinte en bleu sur la route, accompagnée d’inscriptions en arabe proclamant « l’Amérique est le grand Satan » et, en anglais, « Barak est un animal ». Ces messages faisaient écho à une conférence de presse tenue la veille à Beyrouth, où les propos de Barrack avaient provoqué un tollé national. À Tyr, Bilal Kashmar, un responsable de l’union des municipalités du sud, a indiqué que des dizaines de manifestants s’étaient mobilisés pour rejeter la visite de l’émissaire et les pressions américaines visant à désarmer le Hezbollah, perçu par beaucoup dans la région comme un symbole de résistance face à Israël.

Ces manifestations reflètent un profond sentiment d’exaspération dans le sud du Liban, une région majoritairement chiite où le Hezbollah jouit d’un soutien important. Les habitants, encore marqués par les destructions causées par plus d’un an de conflit avec Israël, rejettent ce qu’ils perçoivent comme une tentative étrangère d’affaiblir leur communauté. La décision du gouvernement libanais, sous pression américaine, de charger l’armée d’élaborer un plan pour désarmer le Hezbollah d’ici la fin de 2025, a ravivé les tensions, les manifestants accusant les États-Unis de privilégier les intérêts israéliens au détriment de la souveraineté libanaise.

Les propos de Barrack à Baabda : une insulte qui attise la colère

Le point de départ de cette vague de protestations a été une conférence de presse tenue mardi au palais présidentiel de Baabda, après une rencontre entre Barrack, accompagné d’autres membres de la délégation américaine, et le président Joseph Aoun. Alors que des journalistes posaient des questions dans une salle bondée, Barrack a pris le micro et a déclaré : « Nous allons établir un ensemble de règles différentes… s’il vous plaît, restez silencieux un instant. Dès que cela devient chaotique, comme animal, nous partons. Agissez de manière civilisée, soyez gentils, soyez tolérants, car c’est le problème de ce qui se passe dans la région. » Ces propos, jugés condescendants et insultants, ont provoqué une indignation générale au Liban, alimentant les manifestations dans le sud.

La présidence libanaise a rapidement réagi via un communiqué sur X, exprimant ses regrets pour « les remarques prononcées par inadvertance depuis son podium par l’un de ses invités » et réaffirmant son respect pour les journalistes. Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a également déploré les commentaires d’un « membre de la délégation étrangère » envers les médias. Le syndicat des photojournalistes a qualifié les propos de Barrack d’« insulte directe » et de précédent « grave et totalement inacceptable », exigeant des excuses publiques immédiates. Le syndicat des rédacteurs de presse a également réclamé un mea culpa public, menaçant de boycotter les futures visites de l’émissaire. L’Union des journalistes libanais a dénoncé une « arrogance inacceptable » et a joint sa voix aux appels pour des excuses officielles.

Ibrahim al-Moussawi, député du Hezbollah et président de la commission parlementaire des médias, a qualifié les remarques de « blatant insult » et a exhorté le gouvernement à convoquer l’ambassadrice des États-Unis pour une réprimande formelle. Ces réactions montrent à quel point les paroles de Barrack ont touché un nerf sensible dans un pays où la presse, malgré ses divisions, est un pilier de l’expression publique. La controverse a également amplifié l’hostilité envers la délégation américaine, qui comprenait l’envoyée spéciale Morgan Ortagus, les sénateurs Jeanne Shaheen et Lindsey Graham, et le représentant Joe Wilson.

Le contexte du cessez-le-feu : un équilibre précaire

Les manifestations et la polémique autour de Barrack s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions liées au cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, après plus d’un an de combats intenses, dont deux mois de guerre ouverte. Négocié par les États-Unis et la France, cet accord s’appuie sur la résolution 1701 des Nations unies, qui exige le retrait du Hezbollah au nord du fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière, et le déploiement de l’armée libanaise dans le sud. En contrepartie, Israël s’était engagé à retirer ses troupes du territoire libanais dans un délai de deux mois. Cependant, en août 2025, l’accord reste précaire : Israël occupe encore cinq positions stratégiques dans le sud et est accusé de plus de 500 frappes aériennes contre des cibles du Hezbollah, causant la mort d’au moins 230 combattants et 83 civils, dont des enfants.

Sous une forte pression américaine, le gouvernement libanais a décidé début août de charger l’armée d’élaborer un plan pour désarmer le Hezbollah d’ici la fin de l’année, une décision qui sera au centre de la session du cabinet du 2 septembre. Le Premier ministre Nawaf Salam a qualifié ce processus de « nécessité nationale » et d’« irréversible », soulignant que le cabinet a approuvé, lors de ses sessions des 5 et 7 août, un document américano-libanais basé sur la réciprocité des mesures. Ce document stipule que le retrait israélien et l’arrêt des hostilités doivent être garantis. Le président Joseph Aoun a réaffirmé l’engagement du Liban envers la cessation des hostilités du 27 novembre et a appelé les États-Unis à mobiliser les pays arabes et occidentaux pour soutenir la reconstruction et la relance économique.

Les exigences américaines et la résistance du Hezbollah

Morgan Ortagus, envoyée spéciale des États-Unis, a insisté mardi sur l’urgence pour le gouvernement libanais de mettre en œuvre sa décision de désarmer le Hezbollah, affirmant qu’Israël répondrait par des mesures réciproques. « Nous sommes tous grandement encouragés par la décision historique du gouvernement il y a quelques semaines, mais maintenant ce n’est plus une question de mots, c’est une question d’action », a-t-elle déclaré à Baabda. Barrack a ajouté que lorsque les Israéliens verront des actions concrètes de Beyrouth, « ils présenteront leur contre-proposition » sur le retrait des troupes et les arrangements de sécurité. Cette approche graduelle, bien que prônée par les États-Unis, est largement perçue comme une pression unilatérale, exigeant des concessions libanaises sans garanties claires de la part d’Israël.

Le Hezbollah, affaibli par la guerre de 2024 qui a vu l’assassinat de son leader Hassan Nasrallah et la perte de milliers de combattants, rejette fermement tout désarmement. Son nouveau secrétaire général, Naim Qassem, a déclaré que le groupe ne discutera de ses armes qu’une fois qu’Israël aura pleinement retiré ses troupes et cessé ses frappes. « Si vous voulez vraiment la souveraineté, arrêtez l’agression », a-t-il affirmé dans un discours télévisé, reflétant le sentiment d’une partie de la communauté chiite qui voit dans le Hezbollah un rempart contre Israël. Cette position a trouvé un écho dans les manifestations de Khiam et Tyr, où les habitants ont exprimé leur soutien au groupe et leur méfiance envers les intentions américaines.

Un plan de désarmement controversé

Le plan américain, porté par Barrack, propose de désarmer le Hezbollah d’ici la fin de 2025 à travers quatre phases. La première exige un décret gouvernemental dans les 15 jours s’engageant à un désarmement complet, accompagné d’un arrêt des opérations militaires israéliennes. La deuxième phase, dans les 60 jours, demande un plan détaillé de déploiement de l’armée libanaise pour reprendre le contrôle des armes. Les phases suivantes incluent l’élimination des arsenaux non étatiques, le déploiement des forces libanaises aux frontières, le retrait israélien des positions occupées, et la démarcation des frontières avec Israël et la Syrie.

Ce plan, approuvé par le cabinet libanais début août, a suscité une forte opposition. Les ministres du Hezbollah et leurs alliés chiites ont quitté la réunion en signe de protestation, et des sources indiquent que le groupe pourrait retirer ses quatre ministres ou déclencher un vote de défiance au parlement, où il détient 27 des 128 sièges. Des figures comme Raed Berro, député du Hezbollah, ont qualifié la décision de « reddition » sans contrepartie, arguant qu’elle viole la charte nationale et abandonne la responsabilité de l’État de protéger le pays.

Divisions internes et risques d’escalade

Les manifestations dans le sud et la polémique autour des propos de Barrack mettent en lumière les fractures profondes au sein de la société libanaise. Dans les régions chiites, où le Hezbollah reste une force politique et sociale majeure, les appels au désarmement sont perçus comme une tentative d’affaiblir la communauté face à Israël. Les protestations à Khiam et Tyr montrent un soutien persistant au Hezbollah, particulièrement dans un sud dévasté par la guerre et où les besoins de reconstruction sont immenses.

Le président Aoun et le Premier ministre Salam, confrontés à une crise économique sans précédent et à des centaines de milliers de déplacés, tentent de restaurer l’autorité de l’État tout en naviguant dans un paysage politique polarisé. L’armée libanaise, bien que chargée du plan de désarmement, manque de moyens pour affronter le Hezbollah, dont l’arsenal surpasse celui de l’État. Un diplomate à Beyrouth a résumé le défi : « Comment demander à l’armée libanaise de faire au Hezbollah ce qu’Israël n’a pas pu faire à Hamas avec des moyens bien plus importants ? »

Les enjeux régionaux et internationaux

Les États-Unis, sous l’administration Trump, ont intensifié les sanctions contre les réseaux financiers du Hezbollah, et Barrack a averti que le groupe risquait de manquer une opportunité historique en refusant le désarmement. Des pays du Golfe, comme le Qatar et l’Arabie saoudite, se disent prêts à soutenir l’économie libanaise, notamment dans le sud, pour offrir des alternatives au Hezbollah, qui emploie environ 40 000 personnes grâce au financement iranien. Cependant, la communauté internationale montre peu d’enthousiasme pour renforcer l’armée libanaise, rejetant même des demandes modestes comme l’installation de tours de guet à la frontière.

La France, co-médiatrice du cessez-le-feu, reste impliquée, mais les efforts se concentrent sur un forum de communication présidé par les États-Unis sous l’égide des Nations unies. Sans mécanisme d’application robuste, les violations du cessez-le-feu risquent de se multiplier. Karim Makdisi, professeur à l’Université américaine de Beyrouth, a souligné que l’absence d’un tel mécanisme rend l’accord vulnérable aux interprétations unilatérales, compromettant les efforts de paix.

Une session du cabinet à haut risque

La session du cabinet du 2 septembre, où sera examiné le plan de l’armée pour monopoliser les armes, s’annonce explosive. Nabih Berri, président du Parlement et leader du mouvement Amal, allié du Hezbollah, a averti que toute mesure menant à des disputes internes est condamnable. Le Liban doit soumettre son plan d’ici dimanche, et Israël devrait répondre par une contre-proposition, selon Barrack. Cependant, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a conditionné tout retrait au désarmement du Hezbollah, une exigence qui complique les négociations.

Ces tensions risquent d’exacerber les divisions sectaires dans un Liban déjà ravagé par des crises économiques et politiques. Les destructions causées par la guerre, les mines posées par Israël et le déplacement de populations rendent la reconstruction difficile. Les manifestations dans le sud et la controverse autour des propos de Barrack illustrent l’impasse dans laquelle se trouve le pays, coincé entre les pressions américaines, les violations israéliennes et la résistance du Hezbollah. Alors que le Liban aspire à restaurer sa souveraineté, la session du cabinet pourrait marquer un tournant décisif ou précipiter une nouvelle crise. Comme l’a déclaré Naim Qassem, « la résistance restera une barrière solide » tant que les conditions du cessez-le-feu ne seront pas respectées. Le Liban attend, sous haute tension, les prochains développements.

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