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Liban : Ortagus exige la fin de l’opacité bancaire 

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En avril 2025, la visite de Morgan Ortagus, envoyée spéciale adjointe des États-Unis pour le Moyen-Orient, à Beyrouth a braqué les projecteurs sur le secret bancaire libanais. Lors de son entretien avec la journaliste Hadley Gamble, elle a insisté sur la nécessité de lever cette opacité, perçue comme un frein majeur aux réformes économiques. Face à une crise qui asphyxie le pays depuis 2019, Ortagus a appelé le nouveau gouvernement à agir rapidement pour restructurer le secteur bancaire et regagner la confiance internationale. Cet article analyse les enjeux de cette exigence, les pressions diplomatiques et les défis internes, dans un contexte où le Liban joue sa survie économique.

Une visite centrée sur l’économie et le secret bancaire

Morgan Ortagus est arrivée à Beyrouth le 4 avril 2025, marquant sa deuxième visite depuis l’investiture de Donald Trump en janvier. Rencontrant le président Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam et le président du Parlement Nabih Berri, elle a délibérément évité les questions sécuritaires pour se concentrer sur la crise économique. Dans son interview avec Hadley Gamble, elle a qualifié la situation de « désastreuse » et a lié la levée du secret bancaire à la survie financière du pays.
Le secret bancaire, instauré en 1956, a fait du Liban un refuge pour les capitaux étrangers. Mais depuis l’effondrement économique, il est accusé de protéger les élites responsables de détournements massifs. Ortagus a insisté : « Sans transparence, pas de réforme crédible. » Elle a salué les premiers pas du gouvernement, comme le projet de loi sur la restructuration bancaire déposé en mars 2025, mais a jugé la levée du secret bancaire indispensable pour avancer.

Un système bancaire en ruines

Le secteur bancaire libanais, jadis fleuron régional, est en lambeaux. En 2025, les pertes cumulées dépassent 70 milliards de dollars, selon un rapport de la Banque mondiale d’avril. La livre libanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur depuis 2019, et les restrictions sur les retraits ont érodé la confiance des déposants. Ces derniers, privés d’accès à leurs fonds, exigent des comptes.
Le secret bancaire complique cette quête de justice. Il empêche l’audit des transactions passées, notamment celles suspectées d’avoir drainé des milliards à l’étranger avant la crise. Une étude de Transparency International, mise à jour en mars 2025, estime que 20 à 30 milliards de dollars auraient fui le pays entre 2015 et 2021. Ortagus a souligné que lever cette barrière permettrait de retracer ces fonds et de responsabiliser les coupables.

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Une exigence américaine claire

Les États-Unis conditionnent leur soutien à des réformes radicales. Lors de ses réunions, Ortagus a réitéré l’urgence d’un accord avec le FMI, bloqué depuis 2022 par l’inaction libanaise. La levée du secret bancaire figure en tête des exigences du Fonds, qui réclame un audit complet des banques pour évaluer les pertes et élaborer un plan de sauvetage. « Le temps des demi-mesures est révolu », a-t-elle déclaré à Gamble.
Elle a aussi évoqué la restructuration du secteur bancaire, un chantier titanesque. Le projet de loi de mars 2025 vise à fusionner les établissements viables et à liquider les autres, mais sans transparence, il risque d’échouer. Ortagus a loué l’arrivée de Karim Souaid, nouveau gouverneur de la Banque du Liban, qui s’est engagé à combattre le blanchiment d’argent. Cependant, elle a averti : sans levée du secret bancaire, ces promesses resteront creuses.

Les enjeux de la transparence

Lever le secret bancaire aurait des effets profonds :

  • Justice pour les déposants : Identifier les responsables des pertes pourrait apaiser la colère populaire. À Tripoli, une manifestation le 3 avril 2025 a rassemblé 5 000 personnes réclamant leurs économies, selon L’Orient-Le Jour.
  • Retour des capitaux : Une transparence accrue pourrait encourager les investisseurs, dont 20 milliards de dollars dorment à l’étranger, selon des économistes locaux en 2025.
  • Pressions internationales : Un système ouvert faciliterait la coopération avec des pays comme la Suisse, où des fonds libanais sont gelés.
    Ortagus a cité l’exemple suisse : en 2018, la levée partielle du secret bancaire a permis de récupérer 1,2 milliard de dollars dans des affaires de corruption. Elle voit un modèle applicable au Liban, à condition de surmonter les résistances internes.

Une résistance farouche

La proposition divise. L’Association des banques du Liban (ABL) s’oppose, arguant en avril 2025 que cela nuirait à la confidentialité, bien que cet argument semble dépassé vu l’état du secteur. Les élites politiques, souvent impliquées dans les malversations, freinent aussi. Nabih Berri, proche de Hezbollah, pourrait s’y opposer, craignant des révélations sur des réseaux financiers parallèles.
Un compromis est à l’étude : une levée temporaire de 10 ans, proposée par le gouvernement Salam. Cela permettrait un audit sans démanteler totalement le système. Le Parlement débat cette option depuis mars 2025, avec un vote possible d’ici juin, selon des sources gouvernementales relayées par France Info.

Le rôle de Morgan Ortagus

Ortagus incarne une diplomatie américaine ferme mais pragmatique. Lors de sa première visite en février, elle avait provoqué la colère de Hezbollah en célébrant sa « défaite militaire » face à Israël. Cette fois, elle a adopté un ton plus mesuré, évitant les sujets sensibles comme les armes pour se focaliser sur l’économie. « Le Liban ne doit pas être un pays assisté », a-t-elle dit à Gamble, plaidant pour des investissements privés plutôt que des dons.
Sa pression sur le secret bancaire s’inscrit dans une stratégie plus large. Les États-Unis veulent un Liban stable, capable de contrer l’influence iranienne via Hezbollah, mais aussi viable économiquement. Lever le secret bancaire est vu comme un levier pour y parvenir.

Un calendrier serré

Ortagus a fixé des échéances claires. Elle reviendra dans quelques semaines pour évaluer les progrès, selon des posts sur X datés du 8 avril 2025. D’ici là, le gouvernement doit avancer sur la loi bancaire et l’accord FMI. Un échec pourrait geler l’aide internationale, estimée à 5 milliards de dollars en 2025 par le FMI.
Le contexte énergétique aggrave l’urgence. RTE prévoit une hausse des prix de l’électricité de 5 à 10 % d’ici fin 2025, un fardeau supplémentaire pour les ménages libanais. Réformer le système bancaire devient une question de survie.

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