Le Liban fait face à une dégradation accélérée de la qualité de ses eaux côtières, comme le souligne un rapport publié le 22 janvier 2026 par le Lebanese Center for Policy Studies (LCPS). Ce document met en lumière les niveaux élevés de contamination bactériologique, attribués principalement aux rejets d’eaux usées non traitées et aux lixiviats issus des déchets solides. Dans un contexte où les infrastructures d’assainissement restent largement inadéquates, ces pollutions menacent directement la santé publique et les écosystèmes marins, avec des implications pour la pêche et le tourisme côtier. Le rapport insiste sur l’absence d’application effective des lois environnementales, permettant des violations récurrentes telles que les décharges illégales et les installations industrielles non réglementées le long du littoral.
Cette alerte intervient alors que les données accumulées au cours de l’année 2025 confirment une tendance à la hausse de la pollution marine. Selon les analyses du National Center for Marine Sciences (NCMS) et du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS-L), les eaux côtières libanaises présentent des concentrations élevées en bactéries indicatrices de contamination fécale, comme les entérocoques et les coliformes. Ces indicateurs dépassent souvent les normes internationales pour la baignade et la consommation de produits de la mer. Le document de 2026 relie explicitement ces niveaux à l’absence de traitement adéquat des eaux usées, avec plus de 53 points de rejet identifiés le long de la côte, déversant annuellement des millions de mètres cubes d’effluents non purifiés dans la Méditerranée.
La pollution des nappes phréatiques par infiltration d’eaux usées
Au-delà des eaux côtières, la contamination des ressources souterraines représente un défi majeur pour la santé de la population libanaise. Les nappes phréatiques, qui fournissent une grande partie de l’eau potable au pays, sont infiltrées par des écoulements d’eaux usées non traitées provenant de réseaux d’assainissement défaillants ou inexistants. Dans les régions non connectées aux systèmes publics, estimées à environ 40 % de la population, les fosses septiques et cesspits mal entretenus permettent une percolation directe des polluants vers les aquifères. Des études menées par le ministère de l’Énergie et de l’Eau en 2025 ont révélé que plus de 90 % des puits privés dans la vallée de la Bekaa présentent des traces de nitrates et de bactéries pathogènes, dépassant les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Cette infiltration est exacerbée par l’overexploitation des ressources souterraines, avec des forages illégaux qui abaissent le niveau des nappes et favorisent la concentration des contaminants. Dans le sud du Liban, par exemple, les analyses de l’Institut libanais de recherche agricole datant de fin 2022, mises à jour en 2025, indiquent que 90 % des puits, rivières et sources situés entre 1 800 mètres d’altitude et le littoral sont contaminés par des résidus d’eaux usées, incluant des métaux lourds et des pathogènes. Le rapport du LCPS de janvier 2026 note que cette situation s’aggrave dans les zones urbaines denses comme Beyrouth et Tripoli, où les réseaux d’égouts obsolètes débordent lors des pluies, entraînant une recharge artificielle polluée des aquifères côtiers.
Les sources multiples de pollution bactériologique et chimique
Les origines de cette pollution sont multiples, mais les rejets domestiques et industriels non traités dominent. Le Liban génère environ 310 millions de mètres cubes d’eaux usées municipales par an, selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2025. Pourtant, moins de 10 % de ce volume est traité correctement avant son rejet dans l’environnement. Le reste s’écoule directement dans les rivières, les vallées et la mer, contaminant les sols et les eaux souterraines. Dans la vallée de la Bekaa, les ruissellements agricoles ajoutent des nitrates et des pesticides, triplant parfois les doses recommandées, ce qui accélère l’eutrophisation des cours d’eau comme le Litani.
Sur le plan chimique, les effluents industriels contribuent à l’introduction de métaux lourds et de composés organiques persistants. Une étude publiée en avril 2025 dans la revue Water International propose un “blueprint” pour la réutilisation des eaux usées, soulignant que l’absence de traitement efficace expose les écosystèmes à des risques cumulatifs. Les chercheurs y notent que le lac Qaraoun, dans le bassin du Litani, est un exemple emblématique : pollué par l’agriculture, l’industrie et les rejets d’eaux usées, ses niveaux de phosphore ont atteint des seuils critiques en 2025, rendant l’eau inutilisable pour l’irrigation ou la consommation animale.
Les analyses microbiologiques confirment la présence élevée de bactéries comme Escherichia coli et les coliformes fécaux dans la plupart des rivières libanaises. Une enquête menée par l’OMS en 2024, actualisée en 2025, sur dix principaux fleuves du pays, révèle que quatre d’entre eux dépassent les seuils de pH autorisés pour l’irrigation, et trois présentent des concentrations en nitrates excessives. Ces contaminants proviennent en grande partie des camps de réfugiés syriens situés près des rivières, où l’absence de réseaux d’assainissement conduit à des déversements directs. Plus de 1,5 million de réfugiés, arrivés depuis 2011, ont accru la pression sur les infrastructures, avec plus de 90 % des eaux usées collectées rejetées sans traitement.
Impacts sur la santé publique et les écosystèmes
La pollution de l’eau potable pose des risques sanitaires immédiats pour la population libanaise. Les maladies liées à l’eau, telles que le choléra, l’hépatite A et les infections à rotavirus, sont en hausse, selon un groupe dirigé par l’ONU sur l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WaSH) en 2025. Dans la Bekaa, entre janvier et septembre 2025, 15 incidents liés à l’eau ont été documentés, incluant un décès, tandis que les municipalités rapportent des suspensions d’activités agricoles dues à la contamination. Les ménages à faible revenu, dépendants de camions-citernes souvent non contrôlés, sont particulièrement vulnérables, avec 44 % du pays recourant à cette source coûteuse et potentiellement polluée.
Sur le plan écologique, la dégradation affecte les chaînes alimentaires. Dans le fleuve Rachiine, au nord du Liban, une évaluation saisonnière publiée en 2025 dans ScienceDirect révèle des niveaux élevés de nutriments, de pathogènes microbiens et de métaux lourds, augmentant en aval du fleuve. Ces polluants, issus des ruissellements agricoles, des décharges industrielles et de l’urbanisation, altèrent la biodiversité aquatique et contaminent les sédiments, rendant les sols impropres à long terme. Le rapport du LCPS de janvier 2026 indique que les déchets solides, mal gérés dans la plupart des décharges non conformes, génèrent des lixiviats qui s’infiltrent dans les eaux côtières, aggravant les niveaux de leachate et de bactéries.
Dans le bassin du Hasbani, une analyse physico-chimique et microbiologique publiée en juillet 2025 dans le Journal of Water and Health met en évidence les risques saisonniers. Le fleuve, source d’eau domestique pour de nombreux ménages dans le sud, est pollué par des rejets d’eaux usées non traitées, avec des concentrations en bactéries fécales qui dépassent les normes de l’OMS. Cette contamination est liée à l’absence d’installations de traitement, forçant les autorités à déverser directement les effluents dans les cours d’eau, ce qui menace la santé des communautés locales.
Défis infrastructurels et régulation défaillante
Les infrastructures d’assainissement au Liban restent sous-développées, avec seulement 104 stations de traitement des eaux usées (WWTP), dont 41 pleinement opérationnelles et 35 inactives, selon un rapport de l’International Water Management Institute (IWMI) en 2024, mis à jour en 2025. Bien que la capacité installée pourrait théoriquement traiter 60 % des eaux usées, seuls 8 % le sont effectivement, en raison de pannes électriques récurrentes et de manques de financement. La Stratégie nationale du secteur de l’eau 2024-2035, finalisée par le ministère de l’Énergie et de l’Eau sous la direction de Joseph Saddi, propose des décrets pour réguler l’extraction des eaux souterraines et ajuster les tarifs, mais leur mise en œuvre reste limitée par la crise économique persistante.
La gouvernance fragmentée amplifie le problème. Le rapport du LCPS de janvier 2026 critique l’application faible des lois environnementales, permettant des constructions illégales sur le domaine maritime public et des rejets non réglementés. La stratégie de gestion intégrée des zones côtières (ICZM) identifie les décharges d’eaux usées non traitées, la pollution industrielle et l’extraction de sable comme des menaces urgentes, renforcées par l’absence de coordination entre ministères. Dans les régions comme le Litani, où les niveaux de pollution ont augmenté de 0,0028 en 2000 à 0,2465 en 2024 selon une surveillance à long terme via Landsat et Google Earth Engine, les interventions comme la construction de 300 km de réseaux d’égouts à Zahle, Anjar et Aitanit n’ont pas encore inversé la tendance.
Initiatives pour atténuer la contamination
Plusieurs projets visent à améliorer le traitement des eaux usées. La Banque mondiale a approuvé en janvier 2025 un financement de 257,8 millions de dollars pour le projet Second Greater Beirut Water Supply, visant à compléter les infrastructures dans le Grand Beyrouth et le Mont-Liban, réduisant la dépendance aux sources privées. Ce financement inclut des améliorations à l’usine de traitement de Wardanieh pour gérer les pics de pollution saisonniers. L’UNICEF, dans son appel pour 2026, demande 376,8 millions de dollars pour assurer l’accès à l’eau potable à 2 millions de personnes, incluant des renforcements des systèmes WaSH résilients au climat.
Sur le terrain, des efforts locaux comme ceux de l’Autorité nationale du fleuve Litani se concentrent sur le détournement des eaux usées vers des stations de traitement. En 2025, des tests sur le bassin inférieur du Litani ont révélé une hausse alarmante des phosphates, rendant l’eau inutilisable, avec des ajouts de pollution chimique aux contaminations microbiennes existantes. Le ministère de l’Agriculture a confirmé en juillet 2025 la contamination d’un étang d’irrigation à Shebaa par des substances nocives, interdisant son usage pour l’agriculture ou l’abreuvement du bétail.
Tensions sociales liées à la rareté et à la qualité de l’eau
La dégradation de la qualité de l’eau alimente des tensions sociales, particulièrement dans la Bekaa où la sécheresse de 2025 a exacerbé les conflits sur les ressources. Des affrontements entre villages ont été rapportés autour des sources comme à Baalbeck-Nahleh ou le lac Yammouneh, dus à des empiétements sur les ruisseaux pollués. Une méfiance généralisée envers les institutions publiques prévaut, avec 99 % des résidents interrogés en 2025 dans la Bekaa ouest et Rachaya signalant une eau insuffisante et craignant des pénuries dues à une mauvaise gestion et à la pollution plutôt qu’à une rareté naturelle.
Économiquement, les coûts sont élevés. L’utilisation d’eaux usées non traitées pour l’irrigation a augmenté de 25 % dans certains villages de la Bekaa en 2025, selon la FAO, risquant la propagation de salmonelles et d’E. coli, tout en augmentant les métaux lourds dans les sols et les cultures. Les ménages dépendants des camions-citernes ont vu les prix grimper de 60 % depuis 2020, détournant les budgets de la santé et de l’éducation. À l’échelle nationale, le Liban est classé troisième pays le plus pollué au monde en mi-2025 par l’indice Numbeo, avec un score de 89,6, reflétant une crise environnementale globale affectant air, eau et santé publique.
Implications immédiates des pollutions fluviales et marines
Les pollutions fluviales persistent, avec l’indice annuel moyen de pollution du lac Qaraoun passant de 0,0028 en 2000 à 0,2465 en 2024. Des stratégies pour renforcer la résilience climatique incluent l’expansion du stockage d’eau de surface et la recharge des aquifères via des barrages de retenue. L’Organisation internationale pour les migrations a lancé en janvier 2025 un projet de sensibilisation à la santé environnementale, notant que le changement climatique aggrave la qualité de l’eau. En 2025, des incidents comme des pics de pollution quotidienne au-dessus de 0,6 pendant l’été ont été observés, liés à des rejets non traités et à une dilution réduite.
Sur les côtes, le rapport de janvier 2026 du LCPS souligne que les menaces s’entrelacent : décharges d’eaux usées, pollution industrielle et accumulation de déchets solides dégradent les écosystèmes marins. Des analyses récentes indiquent que les poissons capturés loin des points de rejet peuvent être consommés sans risque immédiat, mais la proximité des outfalls d’eaux usées élève les niveaux de contaminants. Cette situation affecte les communautés côtières, où la pêche artisanale subit des pertes dues à la mortalité des espèces marines, et où les risques sanitaires pour les baigneurs persistent malgré les alertes saisonnières.
Les dynamiques régionales influencent également la gestion, avec des priorités locales variant selon les zones : les régions du sud priorisent la réhabilitation des infrastructures, tandis que les zones du nord font face à une urbanisation accélérée aggravant les rejets. Le cabinet de Nawaf Salam, en place depuis février 2025, gère ces défis via des compositions ministérielles confirmées par la présidence, comme le ministre des Finances Yassin Jaber en poste actuel. Les statistiques économiques, croisées avec les rapports du FMI en septembre 2025, montrent une inflation alimentaire à 23,9 %, impactée par la contamination agricole due à l’eau polluée.
Faits récents sur les contaminations et leurs effets
En janvier 2026, le rapport sur la pollution des eaux marines met l’accent sur les déchets solides comme source primaire, avec des niveaux élevés de lixiviat. La plupart des décharges ne respectent pas les normes, aggravant la contamination des nappes et des rivières. Des incidents comme la contamination chimique d’étangs d’irrigation soulignent les impacts immédiats : évaluations des dommages sur les sols, l’eau et la santé. Le ministère des Affaires étrangères compile des dossiers sur les zones affectées, tandis que le président Joseph Aoun a condamné ces dégradations le 4 février 2026, appelant à une reconnaissance internationale. Ces événements prolongent les analyses sur les tensions environnementales, avec des résolutions de l’ONU comme la 1701 en débat, focalisant sur les faits actuels des contaminations et des réponses gouvernementales.

