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Liban : Une loi d’amnistie, nouvelle menace d’amnésie pour un peuple en quête de justice

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Le Liban, englué dans une crise économique, politique et sociale sans précédent, fait face à une nouvelle controverse avec un projet de loi d’amnistie en discussion au Parlement. Ce texte, qui vise à suspendre les poursuites ou à effacer les condamnations pour des crimes commis avant le 30 octobre 2019, couvre un large éventail d’infractions : des actes liés aux manifestations de 2019, des affaires de corruption administrative, des trafics à la frontière syrienne, et même des crimes impliquant des figures islamistes comme celles de Nahr el-Bared ou le cheikh Ahmad Assir, condamné pour des attaques contre l’armée. Dans un pays où les lois d’amnistie se transforment souvent en lois d’« amnésie », consacrant l’impunité des élites, ce projet ravive les tensions. Il intervient peu après la libération de Riad Salamé, ancien gouverneur de la Banque du Liban, et dans un contexte où l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth stagne. Ce texte est-il un nouveau pas vers l’oubli, ou la colère populaire peut-elle encore infléchir le cours des événements ?

Un projet de loi aux ambitions explosives
Le projet de loi d’amnistie, en débat depuis plusieurs années, vise à absoudre les infractions commises avant le 30 octobre 2019, période marquant le début des manifestations de la « Thaoura ». Selon des sources, il inclut les actes liés à ces protestations, où des milliers de Libanais ont dénoncé la corruption et l’incurie des élites. Mais le texte va bien au-delà, couvrant des affaires de corruption administrative, des trafics de drogue dans la Bekaa, et des crimes liés à la frontière syrienne.

Plus alarmant, il envisage la libération de détenus islamistes, notamment ceux impliqués dans les affrontements de Nahr el-Bared en 2007, où l’armée libanaise a perdu des dizaines de soldats, et Ahmad Assir, condamné à mort pour des attaques meurtrières à Saïda en 2013. Ce projet, soutenu par une coalition de partis influents – Courant du futur, Hezbollah, Courant patriotique libre – répond à des agendas communautaires : amnistier des islamistes pour apaiser les sunnites, des trafiquants pour les chiites, ou des collaborateurs d’Israël pour les chrétiens. Cette logique, dénoncée par Slate.fr comme une tentative de protéger les élites, s’inscrit dans une tradition où l’amnistie devient amnésie, effaçant les responsabilités au profit du statu quo.

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Une tradition d’amnésie institutionnalisée
Le Liban est habitué aux lois d’amnistie qui se muent en outils d’amnésie. En 1991, la loi 84/91, adoptée après la guerre civile (1975-1990), a absous les crimes politiques, y compris meurtres, tortures et disparitions forcées, permettant aux chefs de milices de devenir des leaders politiques. Selon un rapport de la Yale Journal of International Affairs, cette amnistie, conçue pour faciliter le désarmement et la réconciliation, a instauré une « amnésie imposée », privant les victimes de justice et intensifiant les récits communautaires conflictuels.

En 2019, un projet similaire avait été stoppé par la mobilisation populaire, qui a bloqué l’accès au Parlement le 19 novembre, forçant un report pour manque de quorum. Selon Le Monde, cette résistance a montré la force de la rue face à un système politique verrouillé. Mais la résurgence du texte en 2025, dans un contexte de crise aggravée, illustre la détermination des élites à perpetuer cette culture d’impunité, transformant l’amnistie en un outil d’oubli collectif.

La « Thaoura » de 2019 : un espoir trahi
Les manifestations de 2019, déclenchées par des taxes impopulaires, notamment sur WhatsApp, ont uni les Libanais contre la corruption et le système confessionnel. Selon Amnesty International, la répression a été brutale : gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc, et même balles réelles ont blessé des centaines de manifestants, tandis que 967 arrestations arbitraires ont été recensées jusqu’en mars 2020, souvent accompagnées de tortures. La démission de Saad Hariri, le 29 octobre 2019, n’a pas répondu aux attentes de réformes. L’amnistie pour les manifestants arrêtés pourrait sembler une concession, mais elle est noyée dans un texte qui absout des crimes graves, comme la corruption ou les actes terroristes. Selon France 24, cette contradiction trahit les idéaux de la « Thaoura », qui réclamait une rupture avec l’impunité. La persistance de ce projet en 2025 montre que les aspirations populaires restent lettre morte face à un système déterminé à se protéger.

Riad Salamé : le visage de l’impunité
La libération de Riad Salamé, ancien gouverneur de la Banque du Liban, a ravivé la colère populaire. Accusé de détournement de fonds et d’enrichissement illicite, Salamé est au cœur de la crise financière qui a ruiné le pays. Selon France 24, arrêté le 3 septembre 2024, il a été relâché après un interrogatoire, malgré des soupçons de détournement de plus de 40 millions de dollars. Human Rights Watch souligne que sa gestion a précipité l’effondrement de la livre libanaise, qui a perdu plus de 98 % de sa valeur depuis 2019, plongeant 80 % de la population dans la pauvreté. Sa libération, dans un système judiciaire influencé par les élites, est perçue comme un affront. Le Monde note qu’il fait également l’objet d’enquêtes en France et en Suisse pour blanchiment, mais le Liban refuse d’extrader ses ressortissants, renforçant l’idée d’une justice à deux vitesses. Ce scandale alimente les craintes que le projet de loi d’amnistie ne serve à protéger d’autres figures influentes.

L’explosion du port de Beyrouth : une justice bloquée
L’explosion du 4 août 2020, causée par le stockage négligent de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, a tué plus de 190 personnes, blessé 6 500 autres et détruit des quartiers de Beyrouth. Cinq ans plus tard, l’enquête reste au point mort, entravée par des pressions politiques. Selon Amnesty International, la suspension du mandat d’arrêt contre l’ancien ministre Youssef Fenianos en 2021 illustre l’influence des élites sur la justice. Human Rights Watch a appelé à une enquête internationale indépendante, dénonçant l’incapacité du système judiciaire libanais à rendre des comptes. L’idée que le projet d’amnistie pourrait absoudre des responsables de cette tragédie est une source d’angoisse pour les victimes. Ce précédent, combiné à la libération de Salamé, renforce le sentiment que les lois d’amnistie se transforment en amnésie, effaçant les responsabilités des puissants.

Les islamistes : un risque pour la stabilité
La possible libération de détenus islamistes, notamment ceux impliqués dans le conflit de Nahr el-Bared en 2007 ou Ahmad Assir, est un point particulièrement sensible. Les affrontements de Nahr el-Bared ont coûté la vie à des dizaines de soldats libanais, tandis qu’Assir, arrêté en 2015, a été condamné à mort pour des attaques à Saïda en 2013. Selon France 24, la chute du régime syrien en décembre 2024 a galvanisé les demandes de libération de ces détenus, notamment à Tripoli. Un comité d’inspection des prisons, ordonné par le Premier ministre sortant Nagib Mikati, examine la surpopulation carcérale, où 83 % des 8 402 détenus n’ont pas été jugés, selon l’Ordre des avocats de Beyrouth. Mais libérer des figures comme Assir, dans un contexte régional instable marqué par l’escalade du conflit entre Israël et le Hezbollah, risque d’attiser les tensions communautaires et de menacer la sécurité nationale.

Un système politique verrouillé par le confessionnalisme
Le projet de loi reflète les failles d’un système politique dominé par le confessionnalisme. Chaque parti défend ses intérêts : le Hezbollah soutient l’amnistie pour les trafiquants dans ses fiefs chiites, le Courant du futur pour les islamistes sunnites, et le Courant patriotique libre pour d’anciens collaborateurs d’Israël. Cette fragmentation, héritée des accords de Taëf, paralyse les réformes et perpetue l’amnésie institutionnelle. Nizar Saghiyé, de l’ONG Legal Agenda, insiste sur la nécessité de réformes pour accompagner toute amnistie, afin d’éviter de reproduire les schémas d’impunité. Sans cela, le texte risque de renforcer un système où les élites se protègent, au détriment de la justice. Selon la Yale Journal of International Affairs, cette culture d’amnésie intensifie les récits communautaires conflictuels, marginalisant les mémoires des autres groupes et risquant de nouvelles violences.

La rue, dernier espoir contre l’amnésie
La mobilisation populaire reste un rempart contre l’impunité. En 2019, les manifestants ont bloqué l’adoption d’un texte similaire en encerclant le Parlement, forçant un report le 19 novembre pour raisons sécuritaires. Aujourd’hui, avec une crise économique qui a plongé 80 % de la population dans la pauvreté et une livre dévaluée de plus de 98 %, la colère est à son comble. Selon Le Figaro, le mouvement de contestation, qui en était à sa 26e journée le 11 novembre 2019, continue de réclamer le départ d’une classe dirigeante corrompue. Les ONG, comme Legal Agenda, et les familles des victimes du port restent vigilantes, mais la résilience des élites rend la lutte ardue. En 2025, la société civile continue de dénoncer ce projet, perçu comme une nouvelle tentative d’amnésie institutionnelle.

Un test décisif pour l’avenir du Liban
Ce projet de loi d’amnistie est un test crucial pour un Liban en quête de justice. Dans un pays où la confiance dans les institutions est au plus bas, son adoption pourrait consacrer une nouvelle ère d’amnésie, brisant les espoirs de réforme. Les familles des victimes du port, les épargnants ruinés par la crise et les manifestants de 2019 continuent de réclamer une justice transparente. Mais face à un système verrouillé par le confessionnalisme et à des élites déterminées à préserver leurs privilèges, la route vers la responsabilité semble semée d’embûches. Le Liban, à la croisée des chemins, doit choisir entre perpetuer l’amnésie ou répondre aux aspirations d’un peuple épuisé mais déterminé à briser ce cycle d’impunité.

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