Le contexte d’une crise monétaire sans précédent
Depuis le début de la crise économique en 2019, le Liban traverse une période de turbulences sans précédent, marquée par l’effondrement de la livre libanaise et une hyperinflation galopante. Dans ce contexte, les fluctuations du taux de change sont devenues un enjeu central, à la fois pour les décideurs politiques, les institutions financières, et les citoyens.
Avant les élections présidentielles de 2025, un épisode particulier a illustré les pratiques de désinformation sur le taux de change, entraînant des conséquences désastreuses pour de nombreux petits épargnants. Selon Ad Diyar (12 janvier 2025), des annonces faites par des responsables économiques et des spéculateurs ont donné l’illusion d’une stabilisation imminente de la livre libanaise, manipulant ainsi les attentes du public.
Les mécanismes de la désinformation
Les campagnes de désinformation se sont articulées autour de plusieurs moyens :
- Annonces officielles ambiguës : Des responsables liés à la Banque centrale du Liban (BDL) et à des cercles politiques ont laissé entendre que des mesures seraient prises après les élections pour stabiliser le taux de change. Ces annonces, relayées dans les médias, ont joué sur l’espoir des citoyens de voir la livre regagner de la valeur.
- Rumeurs sur le marché noir : Des spéculateurs influents ont propagé des informations selon lesquelles le dollar serait vendu à un taux plus favorable après les élections. Cela a incité de nombreux citoyens à vendre leurs dollars à bas prix, espérant profiter d’une revalorisation imminente.
- Absence de transparence : La BDL n’a pas corrigé ces rumeurs ni communiqué clairement sur les mesures économiques à venir. Ce silence a alimenté l’incertitude et renforcé la crédibilité des spéculateurs.
Les conséquences pour les petits épargnants
Les citoyens les plus touchés par ces pratiques de désinformation ont été ceux qui possédaient de petites réserves de dollars, souvent accumulées pour faire face aux dépenses de base. Poussés par les rumeurs et les annonces, ils ont vendu leurs devises étrangères à des taux nettement inférieurs à la réalité du marché.
Après les élections, la stabilisation promise ne s’est pas matérialisée. Au contraire, la dévaluation de la livre s’est poursuivie, entraînant une perte significative de valeur pour ceux qui avaient échangé leurs dollars. Selon Al Sharq Al Awsat, cette manipulation a permis à des acteurs privilégiés de racheter des devises à bas prix, avant de les revendre avec un bénéfice substantiel lorsque le taux de change a de nouveau augmenté.
Les responsabilités partagées
Cet épisode met en lumière une collusion implicite entre les élites politiques, économiques et les institutions financières. La désinformation, loin d’être un simple accident, semble avoir été orchestrée pour permettre à certains groupes de maximiser leurs profits en exploitant la vulnérabilité des citoyens ordinaires.
Les critiques pointent également le rôle passif de la BDL, qui, bien qu’elle ait les moyens de surveiller et de réguler le marché des devises, a choisi de ne pas intervenir. Ce silence, associé à une communication ambiguë, a renforcé les soupçons de complicité avec les spéculateurs.
Réactions et appels à des réformes
La révélation de ces pratiques a déclenché une vague d’indignation parmi la population et les experts économiques. Plusieurs appels ont été lancés pour exiger :
- Une transparence accrue de la BDL : Les citoyens et les organisations internationales demandent que la Banque centrale publie des rapports réguliers sur ses interventions sur le marché des devises.
- La régulation du marché noir : Introduire des mécanismes pour surveiller et limiter l’impact des spéculations sur les devises étrangères.
- Des enquêtes indépendantes : Des voix s’élèvent pour réclamer des enquêtes sur les responsables de ces campagnes de désinformation et leur impact sur l’économie nationale.
Une leçon pour l’avenir
Les campagnes de désinformation sur le taux de change illustrent une fois de plus la fragilité du système économique libanais et l’absence de protection des citoyens face à des manipulations orchestrées. Pour restaurer la confiance dans la monnaie nationale et le système financier, des réformes structurelles et une communication transparente sont indispensables.
Cependant, sans une volonté politique forte pour rompre avec les pratiques du passé, le Liban risque de rester prisonnier d’un cycle où les intérêts privés dominent les politiques publiques.



