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Mise en place d’une Commission nationale des disparus en Syrie : une tentative d’inventaire post-dictature

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Mise en place de la commission et objectifs initiaux

Le président intérimaire syrien a signé un décret instituant une Commission nationale des disparus. Cet organe est chargé d’enquêter sur les disparitions forcées survenues pendant les années de guerre civile et sous l’ancien régime. Le décret fixe les bases juridiques de son mandat et son rattachement à l’autorité de transition. L’objectif affiché est de collecter des informations, d’établir les responsabilités et de fournir aux familles une réponse institutionnelle à des décennies de silence.

La commission est présidée par un ancien magistrat. Elle dispose d’un secrétariat permanent, de moyens techniques de documentation, et d’un accès prioritaire aux archives officielles. Elle bénéficie aussi d’une coopération internationale pour la sécurisation des données et l’analyse des preuves. Le travail d’identification repose sur des témoignages directs, des relevés biométriques, et l’accès progressif aux lieux de détention.

Parallèlement, des centres d’accueil ont été mis en place pour recueillir les signalements des familles. Ces dispositifs permettent aux proches de transmettre les documents, récits et indices qu’ils possèdent. Des psychologues et juristes accompagnent les démarches. Les associations de défense des droits humains sont également sollicitées pour partager les dossiers constitués depuis le début du conflit.

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Étendue des violations et cartographie des centres de détention

Depuis la chute du régime, plus de 111 sites de détention non officiels ont été découverts sur l’ensemble du territoire syrien. Ces lieux, souvent improvisés dans des bâtiments désaffectés, ont servi à la détention arbitraire de milliers de civils. Ils étaient gérés par divers services de sécurité. Certaines structures ont été entièrement vidées avant l’arrivée des forces de transition. D’autres ont livré des archives, restes humains, et traces d’infractions graves.

La commission a établi une première cartographie. Elle indique la localisation des centres et leurs périodes d’activité. Chaque site fait l’objet d’une enquête. Des prélèvements sont réalisés sur place. Des anciens détenus sont auditionnés. Le croisement des données permet d’établir les trajectoires des disparus et les chaînes de commandement. Plusieurs zones rurales et périphériques sont en cours de sécurisation avant inspection.

Un dispositif de protection des témoins a été mis en place. Il garantit l’anonymat et l’intégrité des personnes qui acceptent de témoigner. Cette mesure vise à lever la peur encore très présente. La commission a également publié une liste partielle de noms identifiés, avec appel à informations complémentaires. Ce registre évolutif est accessible en ligne et en consultation dans les mairies.

Réactions nationales et implications politiques

La création de cette commission a été accueillie avec prudence par les acteurs politiques. Les partis de l’opposition saluent un geste de reconnaissance symbolique. Ils demandent toutefois que l’enquête soit élargie aux années précédant la guerre. Plusieurs formations réclament que les conclusions soient rendues publiques, assorties de mesures judiciaires. Les voix kurdes insistent pour que les pratiques des forces locales soient également examinées.

Le gouvernement intérimaire insiste sur l’indépendance de la commission. Il affirme que le processus n’a pas pour but de nourrir une chasse aux sorcières. Il revendique un cadre transitoire fondé sur la vérité, la réconciliation, et la restauration de la confiance. Le président de la commission s’est exprimé pour appeler à une “justice apaisée”, capable d’établir les faits sans esprit de revanche.

À l’international, plusieurs chancelleries ont salué cette initiative. Des soutiens techniques ont été promis. Des ONG spécialisées proposent un appui à la collecte de témoignages et à l’expertise forensique. Des discussions sont en cours pour organiser des missions conjointes dans certaines provinces, sous l’égide d’observateurs neutres.

Témoignages, espoirs et limites du processus

De nombreux témoignages recueillis décrivent des arrestations sans mandat, des transferts entre prisons, et des disparitions au fil des années. Les familles évoquent l’attente, les fausses pistes, les silences répétés des autorités. La commission reçoit chaque jour des dizaines de déclarations. Certaines concernent des mineurs, des personnes âgées, ou des militants arrêtés en dehors de toute procédure.

Des portraits de disparus ont été affichés sur les places publiques dans plusieurs villes. Ces campagnes cherchent à éveiller la mémoire collective. Elles permettent aussi de recueillir des indices par la diffusion des visages. Les médias audiovisuels diffusent des émissions dédiées, où les proches expriment leur douleur et leur attente.

Mais le processus rencontre aussi des résistances. Certaines familles refusent de collaborer, par crainte de représailles. D’autres contestent la neutralité de la commission. Des anciens cadres de l’appareil sécuritaire refusent de témoigner. Ils dénoncent une “instrumentalisation politique”. Des régions restent inaccessibles. Des archives auraient été détruites. Ces obstacles ralentissent le travail d’enquête.

La question de la mémoire nationale

Cette démarche soulève aussi la question plus vaste de la mémoire nationale. Plusieurs groupes civils réclament la création d’un musée de la mémoire. Ils souhaitent préserver les objets, lettres, et documents liés aux disparus. Une exposition itinérante est en préparation. Elle vise à sensibiliser les jeunes générations aux enjeux de justice transitionnelle.

Des débats sont organisés dans les universités, lycées, et maisons de la culture. Ils abordent les mécanismes de répression, le rôle des médias, et les responsabilités collectives. Certains enseignants proposent d’intégrer un module sur les disparitions dans les programmes d’histoire. Des écrivains, artistes et réalisateurs lancent des projets pour documenter les parcours des familles et les lieux de détention.

Des désaccords subsistent sur les formes que doit prendre cette mémoire. Certains insistent sur la sobriété. D’autres veulent des gestes symboliques plus forts : journée nationale, reconnaissance légale, réparation financière. La commission, de son côté, souhaite rester dans une logique d’objectivation des faits, sans se substituer à un éventuel processus de réparation ou de commémoration officiel.

Vers un mécanisme judiciaire autonome

Plusieurs juristes estiment que le travail de la commission devrait déboucher sur une instance judiciaire spécialisée. Cette structure permettrait de traduire en justice les responsables de disparitions, y compris au sein des anciennes institutions. Le débat porte sur le type de juridiction à privilégier : tribunal local, chambre mixte, ou recours à la justice internationale.

Des propositions de loi ont été déposées pour encadrer ce mécanisme. Elles prévoient la protection des témoins, la prise en charge psychologique des familles, et la saisie des biens des auteurs identifiés. Les opposants à cette démarche invoquent le risque de tensions communautaires. Ils rappellent la nécessité de préserver la stabilité dans un contexte de reconstruction difficile.

Le pouvoir en place temporise. Il évoque la nécessité d’un consensus avant toute poursuite judiciaire. Il insiste sur la priorité à accorder à la vérité et à la consolidation institutionnelle. Il n’exclut pas une étape judiciaire, mais à moyen terme, une fois le travail d’enquête avancé et les tensions apaisées.

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