L’urgence d’une reconstruction économique pour éviter l’effondrement total
Les mots de Nawaf Salam, affirmant que « Nous devons reconstruire l’économie avant qu’il ne soit trop tard », résonnent comme un cri d’alarme face à la situation économique dramatique du Liban. Depuis l’effondrement du secteur bancaire en 2019, le pays traverse l’une des pires crises financières de son histoire, marquée par une inflation galopante, une monnaie en chute libre et une explosion de la pauvreté. Aujourd’hui, le gouvernement de Nawaf Salam se retrouve face à un défi de taille : remettre sur pied une économie exsangue tout en rétablissant la confiance des citoyens et des investisseurs internationaux.
La crise économique libanaise ne date pas d’hier. Elle trouve ses racines dans des décennies de mauvaise gestion, de corruption systémique et d’une dépendance excessive aux financements étrangers. Le modèle économique libanais, basé sur un secteur bancaire hypertrophié et une dépendance aux remises de la diaspora, s’est effondré en 2019 lorsque la Banque du Liban a cessé de garantir la parité fixe entre la livre libanaise et le dollar américain. Ce choc a entraîné une perte massive d’épargne pour les Libanais, une fermeture en cascade des entreprises et une crise sociale sans précédent.
Depuis cette date, la situation ne cesse d’empirer. Aujourd’hui, près de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon les chiffres de la Banque mondiale. Le salaire moyen, autrefois considéré comme suffisant pour mener une vie décente, ne permet même plus d’acheter les biens de première nécessité. Le prix du carburant, du blé et des médicaments a explosé, rendant la vie quotidienne insoutenable pour une grande partie de la population.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
Face à cette situation, Nawaf Salam sait qu’il n’a plus de temps à perdre. Son objectif principal est de relancer l’économie libanaise en mettant en place des réformes structurelles profondes. Mais le défi est immense :
- Rétablir la confiance dans le système bancaire, alors que de nombreux Libanais ne peuvent toujours pas récupérer leurs économies bloquées.
- Négocier avec le Fonds monétaire international (FMI), qui exige des réformes drastiques avant d’accorder un programme d’aide.
- Attirer les investisseurs étrangers, malgré un climat d’instabilité politique et sécuritaire.
- Réduire la dette publique, qui représente plus de 180 % du PIB.
- Lutter contre la corruption, qui gangrène toutes les institutions de l’État.
Cependant, les obstacles à cette reconstruction économique sont nombreux. Les partis politiques traditionnels, qui ont profité du système clientéliste pendant des décennies, résistent aux réformes qui pourraient réduire leur influence. De plus, les tensions géopolitiques et l’influence du Hezbollah compliquent les négociations avec les institutions financières internationales, qui exigent une plus grande transparence et une réduction de l’influence des groupes armés dans l’économie libanaise.
Dans ce contexte, la déclaration de Nawaf Salam apparaît comme un appel à l’unité nationale et à la prise de responsabilité collective. Mais le chemin vers une relance économique durable reste semé d’embûches, et la capacité du gouvernement à imposer ses réformes sera déterminante pour l’avenir du pays.
Réformes économiques et blocages politiques : Nawaf Salam face à un système verrouillé
Si Nawaf Salam reconnaît l’urgence de reconstruire l’économie, il se heurte à un système profondément enraciné dans la corruption et l’inefficacité institutionnelle. Depuis des décennies, l’économie libanaise repose sur un modèle clientéliste, où l’État est divisé entre différents groupes politiques qui utilisent les ressources publiques pour entretenir leur base électorale. Changer ce système reviendrait à briser l’équilibre fragile du pouvoir, ce qui explique pourquoi chaque tentative de réforme rencontre une résistance farouche de la part des élites en place.
L’un des principaux défis pour Nawaf Salam est de réformer le secteur bancaire, qui a été au cœur de l’effondrement économique de 2019. Avant la crise, le Liban était réputé pour son secteur financier prospère, attirant les capitaux étrangers et garantissant un taux de change fixe avec le dollar américain. Mais cette illusion de stabilité reposait sur un système de pyramide financière, où la Banque du Liban empruntait de l’argent aux banques commerciales à des taux d’intérêt élevés, créant une bulle qui a fini par exploser. Aujourd’hui, les banques libanaises sont en quasi-faillite, incapables de rembourser les épargnants, et la confiance dans le système bancaire est complètement brisée.
Pour rétablir la confiance, Nawaf Salam a proposé plusieurs mesures, notamment :
- Une restructuration des banques, pour forcer les établissements en difficulté à fusionner ou à liquider leurs actifs.
- Une refonte de la Banque du Liban, en mettant fin aux pratiques opaques qui ont permis aux élites politiques de siphonner les réserves monétaires du pays.
- Un contrôle strict des flux financiers, pour éviter que les capitaux ne fuient vers l’étranger au détriment des épargnants libanais.
Mais ces réformes sont bloquées par le lobby bancaire, qui refuse toute restructuration qui impliquerait des pertes pour les actionnaires. De nombreux politiciens, eux-mêmes impliqués dans le secteur financier, s’opposent à toute initiative qui remettrait en cause leur contrôle sur les institutions monétaires. Sans une réforme du secteur bancaire, cependant, il sera impossible de relancer l’économie, car les entreprises et les investisseurs n’ont plus confiance dans le système financier libanais.
Un autre défi de taille est la négociation avec le Fonds monétaire international (FMI). Depuis 2020, le Liban tente d’obtenir un programme d’aide du FMI, qui permettrait d’injecter plusieurs milliards de dollars dans l’économie pour relancer la croissance et stabiliser la livre libanaise. Mais ces négociations sont au point mort, car le FMI exige des réformes strictes en échange de son aide, notamment :
- La réduction des subventions étatiques sur les carburants, l’électricité et certains produits de première nécessité.
- Une refonte du système fiscal, avec une imposition plus juste et plus efficace.
- Une lutte accrue contre la corruption, avec des audits transparents des finances publiques.
Pour Nawaf Salam, ces réformes sont essentielles pour obtenir l’aide du FMI et rassurer les investisseurs internationaux. Mais elles se heurtent à une résistance politique féroce, car les partis traditionnels refusent de toucher aux privilèges qu’ils ont accumulés au fil des décennies. La suppression des subventions, par exemple, provoquerait une hausse immédiate des prix, ce qui pourrait déclencher une explosion sociale dans un pays où la majorité de la population vit déjà dans la précarité.
La lutte contre la corruption est un autre point sensible. Le Liban est classé parmi les pays les plus corrompus au monde, et la mauvaise gestion des finances publiques est l’une des causes principales de l’effondrement économique. Mais toutes les tentatives de réforme sont sabotées de l’intérieur, car les élites politiques ont trop à perdre si un système plus transparent est mis en place. L’audit de la Banque du Liban, par exemple, a été retardé à plusieurs reprises, car il pourrait révéler l’ampleur des détournements de fonds et des pratiques illégales qui ont précipité le pays dans la crise.
Dans ce contexte, Nawaf Salam est conscient qu’il doit agir vite, mais chaque réforme qu’il tente de mettre en place se heurte à une opposition farouche. Il doit donc trouver un équilibre délicat entre la nécessité de réformes structurelles et la réalité d’un système politique qui freine tout changement.
Le temps presse. Si aucune solution n’est trouvée rapidement, le Liban risque de sombrer encore plus profondément dans la crise, avec des conséquences dramatiques :
- Un effondrement total du système bancaire, rendant toute relance économique impossible.
- Une dévaluation encore plus brutale de la livre libanaise, réduisant le pouvoir d’achat des citoyens à néant.
- Une explosion sociale, avec des manifestations de plus en plus violentes et une instabilité politique croissante.
- Une fuite massive des compétences et des capitaux, avec de plus en plus de Libanais cherchant à émigrer pour fuir la crise.
En somme, Nawaf Salam sait que le temps joue contre lui. Ses réformes sont nécessaires, mais peut-il réellement les appliquer dans un pays où le système politique est conçu pour protéger les intérêts des élites en place ?
Résistance du secteur bancaire : un verrou à la relance économique
L’un des principaux obstacles aux réformes économiques de Nawaf Salam est la résistance farouche du secteur bancaire, qui joue un rôle central dans la crise actuelle. Depuis l’effondrement financier de 2019, les banques libanaises sont au bord de la faillite, mais elles refusent d’assumer leurs responsabilités et tentent par tous les moyens de faire porter le poids des pertes aux déposants et à l’État.
Le système bancaire libanais, autrefois considéré comme l’un des plus prospères du Moyen-Orient, était en réalité une gigantesque pyramide de Ponzi, alimentée par les dépôts de la diaspora et les investissements étrangers, qui servaient à financer un État structurellement déficitaire. En 2019, lorsque la Banque du Liban n’a plus été en mesure de garantir les dépôts en dollars, le système s’est effondré, piégeant des milliards de dollars appartenant aux épargnants libanais.
Aujourd’hui, les banques continuent de bloquer les retraits, empêchant les Libanais de récupérer leur argent. Des milliers de citoyens ont vu leurs économies disparaître du jour au lendemain, et la situation a dégénéré à plusieurs reprises en attaques de banques par des déposants désespérés, certains allant jusqu’à prendre des employés en otage pour récupérer leur argent.
Malgré cette colère populaire, les grandes familles bancaires, qui contrôlent la majorité des établissements financiers, continuent d’imposer leur volonté au gouvernement. Elles ont des liens étroits avec l’élite politique, et de nombreux politiciens possèdent eux-mêmes des actions dans ces banques, ce qui explique la résistance à toute réforme qui mettrait en péril leurs intérêts.
Nawaf Salam a proposé plusieurs mesures pour réformer le secteur bancaire, mais chacune d’elles rencontre une opposition systématique :
- La restructuration des banques :
- L’idée est de forcer les banques en difficulté à fusionner ou à liquider leurs actifs pour rembourser une partie des déposants.
- Les actionnaires des banques s’y opposent, car cela signifierait une dilution de leur pouvoir et la perte de leurs privilèges.
- La création d’un fonds de redressement bancaire financé par les profits passés des banques :
- Ce fonds serait alimenté par les bénéfices réalisés avant la crise, qui ont été redistribués sous forme de dividendes aux actionnaires.
- Les banques refusent de restituer cet argent, arguant que ces bénéfices étaient légitimes et que l’État est seul responsable de la crise.
- L’annulation des dettes illégitimes :
- Les banques ont prêté massivement à l’État libanais à des taux d’intérêt exorbitants, créant une bulle de la dette publique.
- Nawaf Salam propose que ces prêts, qui ont alimenté la corruption et l’enrichissement des élites politiques et bancaires, soient partiellement effacés.
- Les banquiers rejettent cette proposition, affirmant que cela détruirait le secteur bancaire et éloignerait les investisseurs étrangers.
- Le contrôle des capitaux et la levée du blocage des comptes bancaires :
- Actuellement, les banques imposent des restrictions illégales sur les retraits, empêchant les déposants de récupérer leurs fonds, sauf à des taux de change extrêmement défavorables.
- Nawaf Salam souhaite rétablir un accès équitable aux dépôts et mettre en place un cadre légal pour empêcher les transferts illégaux vers l’étranger, effectués par certaines élites avant et pendant la crise.
- Les banques s’opposent à cette mesure, car cela signifierait reconnaître qu’elles ont abusé de leur pouvoir et pourraient les exposer à des poursuites judiciaires.
La résistance des banques est renforcée par leur influence sur les institutions libanaises. La Banque du Liban, qui est censée réguler le secteur, agit en réalité comme un protecteur des banques commerciales, retardant les réformes et minimisant la gravité de la crise. De plus, les partis politiques traditionnels sont financés en grande partie par les banques, ce qui explique leur réticence à imposer des réformes radicales.
Pour Nawaf Salam, cette impasse est dangereuse. Tant que le secteur bancaire ne sera pas réformé en profondeur, il sera impossible de restaurer la confiance des investisseurs et des citoyens. Mais face à la mainmise des élites financières et politiques sur l’économie, le Premier ministre se retrouve dans une bataille difficile, où chaque réforme risque d’être sabotée par ceux qui bénéficient du système actuel.
Le temps presse. Sans réforme bancaire, l’économie libanaise continuera de s’effondrer, entraînant encore plus de pauvreté, de migration et de tensions sociales. Nawaf Salam peut-il réellement imposer ces changements face à un système verrouillé par les banques et les politiciens corrompus ? Ou le Liban est-il condamné à rester piégé dans un cercle vicieux d’injustice économique ?



