La situation actuelle au Liban, marquée par une escalade sans précédent des tensions militaires avec Israël, met en lumière l’incapacité des dirigeants libanais à faire face aux défis nationaux et régionaux. La paralysie politique, accentuée par des divisions internes profondes, empêche une réponse efficace aux crises qui s’enchaînent.
Une paralysie institutionnelle prolongée
Depuis plusieurs mois, le Liban est sans président, une situation qui reflète l’incapacité des partis politiques à s’entendre sur un candidat consensuel. Le vide présidentiel, combiné à un parlement profondément divisé, limite le fonctionnement des institutions. Cette absence de leadership rend difficile la prise de décisions stratégiques face aux attaques israéliennes et à la détérioration des conditions de vie des citoyens. Les luttes d’influence entre le bloc pro-Hezbollah, soutenu par l’Iran, et le bloc souverainiste, proche des puissances occidentales et des pays du Golfe, paralysent toute tentative de coopération. Ce blocage institutionnel affaiblit davantage un État déjà fragilisé par la crise économique et sociale. La nomination d’un président de consensus semble aujourd’hui un défi insurmontable, d’autant plus que chaque camp cherche à imposer un candidat reflétant ses propres intérêts.
Divisions internes entre les partis politiques
Les désaccords au sein de la classe politique dépassent la question présidentielle. Selon Al-Arabi Al-Jadid, le gouvernement dirigé par Najib Mikati peine à coordonner une réponse nationale à l’agression israélienne. Le Premier ministre appelle à l’unité, mais les factions politiques restent campées sur leurs positions. Le Hezbollah, considéré comme la principale force militaire capable de répondre à Israël, insiste sur le maintien de la résistance armée. À l’opposé, des partis souverainistes comme les Forces libanaises et le Courant du Futur accusent le Hezbollah de provoquer les attaques israéliennes en servant d’intermédiaire dans une guerre régionale menée par l’Iran. Cette polarisation rend toute action collective pratiquement impossible. De plus, les tentatives de Mikati pour rassembler les leaders politiques autour d’un dialogue inclusif ont échoué à plusieurs reprises, révélant une méfiance généralisée entre les différents blocs.
La fragmentation des alliances politiques
La fragmentation des alliances ajoute une couche supplémentaire à la paralysie. Al-Sharq Al-Awsat souligne que même les alliés traditionnels du Hezbollah, comme le mouvement Amal de Nabih Berri, expriment des réserves quant à la stratégie militaire actuelle. Des tensions interchiites émergent, alimentées par des luttes pour le leadership au sein de la communauté chiite. Le poids croissant de Nabih Berri dans les décisions parlementaires contraste avec l’influence plus opérationnelle et militaire du Hezbollah sur le terrain, laissant entrevoir des divergences stratégiques à long terme. De leur côté, les partis chrétiens sont également divisés. Le Courant patriotique libre (CPL), autrefois proche du Hezbollah, prend ses distances, tandis que les Forces libanaises adoptent une ligne résolument opposée à toute alliance avec le parti chiite. Ces rivalités internes affaiblissent la capacité du Liban à présenter un front uni face aux pressions internationales.
Les répercussions sur la société civile
La paralysie politique a des conséquences directes sur la société libanaise, déjà éprouvée par la crise économique. Al-Quds rapporte que l’absence de coordination gouvernementale limite l’efficacité des réponses humanitaires aux déplacements massifs causés par les frappes israéliennes. Les municipalités et les ONG locales se retrouvent en première ligne, sans soutien significatif de l’État. Cette situation alimente le ressentiment populaire envers les dirigeants politiques, perçus comme déconnectés des réalités du terrain. Des manifestations sporadiques dénoncent l’inaction du gouvernement, mais elles peinent à se transformer en un mouvement national unifié en raison des divisions communautaires. De plus, les citoyens se tournent de plus en plus vers les initiatives locales et les associations de la diaspora, cherchant des solutions parallèles pour pallier les lacunes étatiques.
Un contexte régional exacerbé
La scène politique libanaise est également influencée par les dynamiques régionales. Selon Al-Arabi Al-Jadid, les tensions entre l’Iran et Israël jouent un rôle central dans la crise actuelle, le Liban étant utilisé comme un terrain d’affrontement indirect. Cette situation place les partis politiques libanais sous une pression constante de leurs alliés régionaux, réduisant leur marge de manœuvre. Par ailleurs, Al-Quds met en lumière les efforts de certains pays du Golfe pour affaiblir l’influence du Hezbollah au Liban. Ces interventions extérieures, bien qu’elles visent une stabilisation à long terme, contribuent à la polarisation interne et compliquent la recherche d’un consensus. La Russie, quant à elle, s’aligne davantage sur les positions iraniennes, alimentant l’idée que le Liban est un nœud stratégique dans une guerre froide régionale.
L’incapacité à répondre aux crises économiques et sécuritaires
L’inaction politique affecte également la gestion des crises économiques et sécuritaires. Les frappes israéliennes ont détruit des infrastructures vitales, notamment dans le sud du pays, mais aucune stratégie nationale de reconstruction n’a encore été mise en place. Selon Al-Sharq Al-Awsat, les divisions politiques empêchent la mobilisation des ressources nécessaires pour réparer les routes, les hôpitaux et les réseaux d’électricité touchés. Sur le plan économique, le manque de leadership aggrave la dévaluation de la livre libanaise et l’hyperinflation. Les institutions internationales, comme le FMI, conditionnent leur aide à la mise en œuvre de réformes structurelles, mais ces dernières sont bloquées par des querelles partisanes. Les communautés locales, en particulier dans le Sud, font face à un double fardeau : celui des destructions immédiates causées par les frappes, et celui d’un système politique incapable de répondre à leurs besoins les plus élémentaires.
La nécessité d’une unité nationale
Face à ces défis, plusieurs interrogations s’imposent : les dirigeants libanais parviendront-ils à dépasser leurs divisions pour proposer une vision commune ? La société civile peut-elle compenser les lacunes étatiques et pousser vers un changement structurel ? La communauté internationale jouera-t-elle un rôle catalyseur ou amplifiera-t-elle les divisions existantes ? Enfin, quelles concessions les différents blocs politiques seront-ils prêts à faire pour sortir le Liban de l’impasse ?



