En 2024, le Liban a affiché une inflation de 60 %, un ralentissement apparent par rapport aux niveaux records des années précédentes. Pourtant, cette baisse ne traduit pas une amélioration structurelle, mais plutôt une stagnation économique et des dynamiques monétaires profondément dysfonctionnelles. Derrière cette accalmie trompeuse se cache une crise économique qui continue d’éroder le pouvoir d’achat des ménages et de paralyser l’activité.
un ralentissement trompeur : les causes réelles
La baisse du taux d’inflation en 2024, après des années de hausses vertigineuses, repose sur des facteurs purement conjoncturels et non sur une stabilisation durable. Trois éléments expliquent cette apparente modération :
- Contraction économique sévère : Avec un recul de 6 % du PIB, l’économie libanaise tourne au ralenti, réduisant mécaniquement la demande intérieure et, par conséquent, la hausse des prix.
- Stabilité fragile de la livre libanaise : La monnaie nationale s’est temporairement stabilisée à 89 700 LBP pour 1 USD, non pas grâce à des politiques monétaires efficaces, mais en raison d’un effondrement de l’activité importatrice.
- Effets extérieurs : La baisse des prix mondiaux de certaines matières premières a limité l’ampleur des hausses locales.
Cependant, ces facteurs ne peuvent masquer la réalité d’une inflation toujours élevée, affectant des secteurs essentiels comme l’énergie et les produits alimentaires.
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Tableau 1 : Taux d’inflation annuel au Liban (2020-2024)
| Année | Taux d’inflation (%) |
|---|---|
| 2020 | 84,9 |
| 2021 | 154,8 |
| 2022 | 122,3 |
| 2023 | 104,7 |
| 2024 | 60,0 |
des pressions inflationnistes sous-jacentes toujours présentes
Malgré le ralentissement apparent, les moteurs structurels de l’inflation continuent d’aggraver les inégalités économiques :
- Dépendance extrême aux importations : Plus de 80 % des biens consommés au Liban sont importés, rendant les prix locaux vulnérables à la dépréciation de la livre libanaise.
- Inflation sectorielle démesurée : Certains secteurs, comme l’énergie (+72 %) et la santé (+58 %), ont enregistré des hausses bien au-delà du taux global.
- Monnaie sans gouvernance : La Banque centrale, incapable d’intervenir efficacement, laisse la monnaie nationale sous l’emprise de facteurs externes et de la spéculation.
Tableau 2 : Inflation sectorielle au Liban en 2024 (en %)
| Secteur | Variation des prix (%) |
|---|---|
| Alimentation | +45 |
| Énergie | +72 |
| Santé | +58 |
| Services | +50 |
une accalmie pour les ménages ou une désillusion ?
Pour les ménages libanais, les chiffres globaux masquent une réalité accablante. En 2024, les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 45 %, aggravant la précarité alimentaire dans un pays où 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les produits importés, en particulier, restent inaccessibles pour la majorité des consommateurs, alors que les alternatives locales sont rares et coûteuses.
Le ralentissement apparent de l’inflation n’a pas redonné confiance aux ménages ou aux entreprises. Les salaires, déjà érodés par des années de dévaluation, ne suivent pas les hausses des prix, alimentant un cercle vicieux de stagnation économique et d’appauvrissement.
perspectives : réformes ou retour à l’hyperinflation ?
Les perspectives pour 2025 soulignent les risques d’une résurgence de l’hyperinflation si les réformes économiques et monétaires ne sont pas engagées rapidement. Trois scénarios peuvent être envisagés :
- Scénario optimiste : Une stabilisation politique et des réformes structurelles (restructuration de la dette, recapitalisation des banques) pourraient ramener l’inflation à des niveaux soutenables, autour de 30 %.
- Scénario intermédiaire : L’absence de réformes pourrait maintenir l’inflation à environ 60 %, freinée par la contraction économique mais non résolue.
- Scénario pessimiste : Une nouvelle dévaluation de la livre libanaise, exacerbée par des tensions politiques, pourrait entraîner un retour à des taux supérieurs à 100 %, alimentant l’instabilité sociale.
une crise monétaire sans fin ?
La situation actuelle montre que l’inflation au Liban est moins un phénomène économique classique qu’un symptôme d’une crise monétaire et structurelle prolongée. En l’absence de réformes, la baisse apparente de l’inflation en 2024 risque de n’être qu’une illusion temporaire, masquant un système économique en chute libre.



