Les derniers articles

Articles liés

PME libanaises : survivre face à la flambée des prix

- Advertisement -

La crise énergétique libanaise : un effondrement systémique

Depuis 2019, le secteur énergétique libanais connaît un effondrement sans précédent. La compagnie nationale Electricité du Liban (EDL) est dans l’incapacité de fournir plus de 2 à 3 heures d’électricité par jour, forçant entreprises et ménages à dépendre des générateurs privés. En avril 2025, selon le dernier rapport de la Banque mondiale, le coût de production de l’électricité via les générateurs dépasse 0,45 dollar par kilowattheure, soit plus de quatre fois le coût de l’électricité dans les pays voisins.

Le prix des carburants, indispensable au fonctionnement des générateurs et au transport des marchandises, a lui aussi explosé. En mars 2025, le prix moyen du litre de diesel a atteint 1,65 dollar, alors qu’il était encore de 0,45 dollaravant la crise. L’inflation énergétique se répercute sur l’ensemble de la chaîne de valeur, du transport des matières premières à la distribution des produits finis.

Les importations de fuel, auparavant largement subventionnées, ont chuté de plus de 60 % entre 2020 et 2025, selon les chiffres du ministère de l’Énergie libanais. L’arrêt du soutien étatique et l’effondrement de la monnaie nationale, la livre libanaise, ont rendu les approvisionnements presque inaccessibles pour de nombreuses entreprises.

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

La vulnérabilité énergétique du Liban s’explique aussi par sa dépendance quasi totale aux importations d’hydrocarbures, le pays n’ayant pratiquement aucune production nationale de pétrole ou de gaz. Le retard dans le développement des champs gaziers offshore accentue cette dépendance structurelle.

L’impact sur les PME libanaises : des coûts d’exploitation insoutenables

Le Liban compte environ 95 % de PME parmi son tissu entrepreneurial, représentant plus de 50 % des emplois selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Ces petites et moyennes entreprises, déjà fragilisées par la crise bancaire et la dépréciation de la monnaie, subissent de plein fouet l’explosion des coûts énergétiques.

Les coûts de production ont grimpé en moyenne de 300 % depuis 2020, selon les dernières estimations de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth et du Mont-Liban (CCIABML). Pour les entreprises manufacturières, l’énergie représente désormais jusqu’à 40 % du coût total de production, contre moins de 15 %avant la crise.

Face à cette situation, près de 35 % des PME ont réduit leur production, et 12 % ont cessé totalement leurs activités, d’après une enquête menée en février 2025 par le Syndicat des industriels libanais. Les entreprises du secteur agroalimentaire, traditionnellement résilient, n’échappent pas à la tendance : le coût de transformation des produits agricoles a triplé, entraînant une hausse des prix à la consommation et une perte de compétitivité à l’export.

Dans le secteur des services, les restaurants, les hôtels et les commerces de détail voient leurs marges fondre. Les restaurateurs estiment que la part de la facture énergétique dans leurs charges d’exploitation est passée de 5 % à plus de 25 % en moyenne. Les fermetures d’établissements se sont multipliées, avec des milliers d’emplois détruits dans la seule année 2024.

Industrie et grandes entreprises : des perspectives assombries

Les grandes entreprises industrielles libanaises, qui disposaient autrefois d’avantages compétitifs sur certains segments comme l’agroalimentaire ou le textile, sont également prises à la gorge par la crise énergétique. Le secteur industriel, qui représentait environ 13 % du PIB avant la crise, ne pèse plus que 6 % du PIB en 2025 selon les données de la Banque mondiale.

Certaines industries lourdes ont dû suspendre leurs activités, incapables d’absorber la hausse des coûts énergétiques et des matières premières. Les cimenteries du pays, par exemple, qui dépendent d’une alimentation électrique stable et de quantités importantes de fuel, fonctionnent désormais à moins de 30 % de leur capacité.

Les industries exportatrices souffrent doublement : non seulement elles doivent faire face à des coûts de production prohibitifs, mais elles voient également leurs chaînes logistiques perturbées par la flambée des prix du transport maritime et la dépréciation continue de la livre libanaise. En mars 2025, le taux de change atteignait près de 145 000 livres pour un dollar, contre 1 500 livres avant la crise de 2019.

Les investissements étrangers dans le secteur industriel sont quasiment inexistants depuis 2020, avec un recul de plus de 90 % des flux d’investissements directs étrangers (IDE) selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

Les stratégies de survie adoptées par les entreprises

Face à l’explosion des coûts énergétiques, les entreprises libanaises déploient des stratégies de survie variées, souvent dictées par l’urgence plus que par une planification à long terme. L’une des premières réponses a été la réduction drastique des heures d’ouverture et des volumes de production, afin de limiter la consommation d’énergie.

Dans le secteur industriel, près de 48 % des entreprises ont réduit leurs cadences de production de moitié ou plus, selon le rapport de la CCIABML d’avril 2025. Les unités de production tournent au ralenti, avec des équipes réduites pour éviter les charges salariales supplémentaires.

La dépendance accrue aux générateurs privés a poussé les entreprises à se regrouper pour mutualiser les coûts. Des zones industrielles informelles se sont ainsi constituées, où plusieurs ateliers ou usines partagent les frais de carburant et d’entretien des groupes électrogènes. Toutefois, ces initiatives restent marginales face à l’ampleur de la crise.

Certaines entreprises se tournent également vers les énergies renouvelables. L’importation de panneaux solaires a connu une hausse de 60 % en 2024, selon les données des douanes libanaises, signe d’une volonté croissante d’échapper à la dépendance aux carburants fossiles. Toutefois, le coût initial élevé de ces équipements freine leur adoption généralisée, d’autant que les financements bancaires pour ce type d’investissement sont quasi inexistants dans le contexte actuel.

Enfin, pour de nombreuses entreprises, la réduction de la masse salariale reste l’ultime levier d’ajustement. Selon une étude de la Banque mondiale publiée en mars 2025, 42 % des PME interrogées ont procédé à des licenciements depuis le début de l’année. Les conséquences sociales de ces suppressions d’emplois sont considérables, dans un pays où le taux de chômage dépasse désormais 35 %, d’après le Bureau central des statistiques libanais.

Conséquences sur la compétitivité du Liban

La dégradation de l’environnement énergétique compromet gravement la compétitivité du Liban sur les marchés régionaux et internationaux. Avant la crise, certains secteurs comme l’agroalimentaire, le textile et la chimie légère parvenaient à maintenir des parts de marché dans les pays du Golfe et en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, ces mêmes secteurs peinent à honorer leurs commandes.

Le coût de production d’un kilogramme de produits transformés au Liban dépasse désormais de 30 à 50 % celui de ses concurrents régionaux, selon les calculs de la Banque mondiale en avril 2025. Cette perte de compétitivité s’ajoute aux obstacles logistiques, avec un coût moyen d’expédition d’un conteneur depuis Beyrouth ayant bondi de 190 % entre 2019 et 2025, sous l’effet conjugué de la crise portuaire et de l’instabilité régionale.

La dévaluation massive de la livre libanaise, bien que théoriquement favorable aux exportations, n’a pas suffi à compenser la flambée des coûts de production. Pire, l’instabilité monétaire complique la conclusion de contrats internationaux, les acheteurs étrangers exigeant désormais des paiements anticipés ou des garanties difficiles à obtenir.

Le Liban voit également sa position dégradée dans les classements internationaux. Dans le dernier rapport « Doing Business » de la Banque mondiale, publié avant la suspension du programme, le pays occupait déjà la 143e place sur 190 en matière de facilité de faire des affaires. Les prévisions actualisées par le FMI pour 2025 sont encore plus alarmantes, avec une estimation d’un recul de la compétitivité nationale de 28 % par rapport à 2018.

Les perspectives à court et moyen terme

Les perspectives pour les entreprises libanaises restent extrêmement sombres à court terme. Sans réforme structurelle du secteur énergétique, la dépendance aux importations de carburant et aux générateurs privés continuera de plomber la rentabilité des entreprises.

Le plan de redressement proposé par le gouvernement, qui prévoit des investissements massifs dans les énergies renouvelables et la réhabilitation du réseau électrique, nécessite un financement estimé à 3,5 milliards de dollars, selon le ministère de l’Énergie. Or, faute d’accord finalisé avec le FMI et les bailleurs de fonds internationaux, ces investissements restent largement hypothétiques.

Dans l’immédiat, les entreprises libanaises doivent composer avec un environnement où la rareté de l’énergie, la volatilité des prix et l’instabilité politique forment un cercle vicieux. Le risque de faillites en cascade est réel : la Banque mondiale estime qu’en l’absence de soutien externe massif, jusqu’à 50 % des PME pourraient fermer définitivement d’ici la fin de 2025.

À moyen terme, la seule voie de sortie semble résider dans un accord global incluant à la fois un soutien financier international et des réformes énergétiques profondes. Des projets pilotes de partenariats public-privé pour la production solaire sont à l’étude, mais ils nécessitent des conditions politiques et financières stabilisées pour se concrétiser.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi