La mer, miroir de l’histoire libanaise
Le 8 juin 2025, la Journée mondiale des océans illumine le Liban, un pays dont l’histoire maritime, forgée par les Phéniciens, résonne encore dans l’imaginaire collectif. Ces navigateurs d’exception, partis des ports de Tyr, Byblos et Saïda, ont transformé la Méditerranée en un carrefour de civilisations, reliant l’Égypte, la Grèce et l’Afrique du Nord par des routes commerciales audacieuses. En 2025, des conférences à Beyrouth et des plongées archéologiques au large de Tyr célèbrent cet héritage, révélant des épaves phéniciennes et des artefacts témoignant de ce passé glorieux. Pourtant, cette mer, jadis source de prospérité, est aujourd’hui menacée par une pollution massive, alimentée par des décharges côtières comme celles de Bourj Hammoud et Jdeideh. Ces zones à risque, où s’accumulent plastiques, métaux lourds et bactéries, compromettent la santé de la Méditerranée. À Nice, la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC3), qui débute le 9 juin 2025, place ces enjeux au cœur des discussions internationales, soulignant l’urgence de protéger cet écosystème vital.
Bourj Hammoud : une catastrophe écologique documentée
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La décharge de Bourj Hammoud, située au nord de Beyrouth, incarne l’une des crises environnementales les plus graves du Liban. Depuis des décennies, ce site accumule des déchets non triés, incluant plastiques, produits chimiques et débris industriels, qui s’écoulent dans la Méditerranée lors des pluies ou par simple négligence. Selon un rapport du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS) datant de 2024, les eaux côtières près de Bourj Hammoud présentent des concentrations alarmantes de microplastiques, atteignant jusqu’à 1,2 million de particules par kilomètre carré en surface. Les analyses révèlent également des niveaux élevés de coliformes fécaux, avec des concentrations dépassant 10 000 UFC (unités formant colonies) par 100 ml dans certaines zones, rendant des plages comme Ramlet al-Baida et Dbayeh impropres à la baignade. Les métaux lourds, tels que le plomb (jusqu’à 50 µg/L) et le mercure (2 µg/L), détectés dans les sédiments marins, contaminent les poissons et les mollusques, posant des risques pour la santé humaine. Les pêcheurs locaux, héritiers des traditions phéniciennes, rapportent des filets encombrés de sacs plastiques, tandis que le tourisme côtier, jadis florissant, souffre de cette dégradation.
Jdeideh : une zone à risque sous-estimée
Moins médiatisée, la décharge de Jdeideh, dans la région de Metn, est une source majeure de pollution marine. Ce site rejette des eaux usées non traitées et des déchets solides directement dans la mer, aggravant la contamination des côtes. Des études menées en 2024 par des chercheurs de l’Université américaine de Beyrouth montrent que les eaux près de Jdeideh contiennent des niveaux élevés de nitrates (jusqu’à 25 mg/L) et de phosphates (5 mg/L), favorisant l’eutrophisation et la prolifération d’algues toxiques. Les sédiments marins révèlent des concentrations de cadmium (3 µg/g) et d’arsenic (10 µg/g), qui s’accumulent dans les crustacés et les moules, consommés localement. Les bactéries pathogènes, comme les streptocoques fécaux, atteignent des niveaux critiques (jusqu’à 5 000 UFC/100 ml), rendant les plages environnantes dangereuses. Les habitants décrivent des odeurs nauséabondes et une mer jonchée de débris, contrastant avec les récits phéniciens d’une Méditerranée pure. Lors de la Journée mondiale des océans, des projections de documentaires à Beyrouth mettent en lumière cette crise, avec des images de plages polluées près de Jdeideh.
Les impacts sur la biodiversité méditerranéenne
La pollution issue de Bourj Hammoud et Jdeideh a des répercussions dramatiques sur la Méditerranée, un écosystème fermé où les polluants s’accumulent rapidement. Les microplastiques, présents à des densités élevées (jusqu’à 1,5 million de particules/km² dans certaines zones côtières libanaises), sont ingérés par les tortues caouannes, provoquant des obstructions intestinales et une mortalité accrue. Les métaux lourds, transportés par les courants, affectent les poissons pélagiques comme les sardines, avec des concentrations de mercure dépassant 0,5 mg/kg dans certaines espèces, selon des analyses récentes. L’acidification des eaux, exacerbée par les rejets chimiques, endommage les herbiers de posidonie, essentiels à la reproduction des poissons, et les coquillages, dont les coquilles s’affaiblissent. Près de Chekka, au nord du Liban, les rejets industriels d’acides sulfurique et phosphorique (jusqu’à 100 tonnes par an) aggravent cette crise, contaminant 20 km de côtes. À Nice, le One Ocean Science Congress (4-6 juin 2025) aborde ces enjeux, proposant un diagnostic global de la santé des océans et des solutions comme l’accord BBNJ pour protéger 30 % des mers d’ici 2030, un objectif directement pertinent pour le Liban.
Les zones côtières à risque : un tableau alarmant
Outre Bourj Hammoud et Jdeideh, d’autres zones côtières libanaises sont gravement touchées. À Tripoli, la région d’El Mina présente des niveaux élevés de coliformes fécaux (jusqu’à 8 000 UFC/100 ml) en raison des rejets d’eaux usées non traitées, selon le rapport 2024 du CNRS. Les plages de Beyrouth, comme Manara, montrent des concentrations de microplastiques atteignant 800 000 particules/km², tandis que les sédiments contiennent du chrome (15 µg/g) et du nickel (20 µg/g), toxiques pour la faune marine. À Saïda, les rejets d’une décharge voisine libèrent des hydrocarbures, avec des niveaux de benzène mesurés à 10 µg/L dans les eaux côtières, affectant les poissons et les oiseaux marins. Même Tyr, célèbre pour ses plages classées à l’UNESCO, n’est pas épargnée : les nids de tortues marines sont envahis par les plastiques, et les analyses détectent des traces de pesticides (jusqu’à 2 µg/L) dans les eaux. Ces chiffres, issus d’études locales, illustrent l’ampleur de la crise et son impact sur l’héritage maritime libanais.
La société civile en première ligne
Face à l’inaction des autorités, plombées par les crises économiques et politiques, la société civile libanaise se mobilise. À Tyr, la réserve naturelle côtière protège les nids de tortues marines et organise des ateliers éducatifs pour les jeunes, soulignant le lien entre l’héritage phénicien et la préservation marine. À Byblos, des plongeurs bénévoles nettoient les fonds marins, extrayant des plastiques tout en documentant des vestiges archéologiques submergés. À Beyrouth, des ONG comme Green Cedars et Operation Big Blue mènent des campagnes de nettoyage, collectant des tonnes de déchets à Bourj Hammoud et Jdeideh. Ces initiatives, souvent soutenues par des partenaires internationaux, incarnent une résilience face aux défis multiples. À Nice, l’exposition « The Ocean Manifesto » lors de l’UNOC3 célèbre les communautés côtières, comme celles du Liban, qui luttent pour préserver leur mer. Le Blue Economy and Finance Forum (7-8 juin), organisé à Monaco, explore des financements pour une économie bleue durable, un modèle qui pourrait revitaliser le tourisme et la pêche libanaises, malgré la pollution.
Un dialogue international à Nice
La Conférence des Nations Unies sur l’Océan à Nice, co-organisée par la France et le Costa Rica, place la Méditerranée au centre des débats. Le 8 juin, des parades maritimes et des spectacles dans la baie des Anges marquent la Journée mondiale des océans, tandis que le Palais des Expositions, surnommé « La Baleine », accueille des discussions sur la pollution plastique et la résilience côtière. Le sommet Ocean Rise & Coastal Resilience (7 juin) met en lumière la vulnérabilité des communautés libanaises face à la montée des eaux et à la pollution, tandis que l’International Panel for Ocean Sustainability (IPOS), proposé lors du One Ocean Science Congress, vise à établir un cadre scientifique mondial pour protéger les mers. Ces initiatives internationales résonnent avec les défis du Liban, où les décharges côtières et les zones à risque comme Bourj Hammoud et Jdeideh appellent une mobilisation urgente. La mer, jadis célébrée par les Phéniciens, reste un espace de mémoire et de lutte.
La mer comme espace de mémoire et de défi
La mer libanaise, berceau de la navigation phénicienne, est aujourd’hui un miroir des défis contemporains. Les vestiges sous-marins découverts en 2024 au large de Tyr rappellent la grandeur du passé, mais les plages polluées de Beyrouth et de Tripoli racontent une autre histoire. Les artistes libanais, lors de la Journée mondiale des océans, utilisent des déchets marins pour créer des œuvres dénonçant la pollution, tandis que des scientifiques locaux collaborent avec des réseaux méditerranéens pour cartographier les zones à risque. À Nice, les discussions sur les « Accords de Nice » visent à renforcer la gouvernance des océans, offrant un cadre potentiel pour soutenir les efforts libanais. La mer, espace d’échange et de résilience, continue de lier le passé phénicien au présent, malgré les menaces qui pèsent sur elle.



