dimanche, février 22, 2026

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Pourquoi le placement du Liban dans la liste grise est positif

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Le placement du Liban sur la liste grise de la Financial Action Task Force (GAFI ou FATF), annoncé le 25 octobre, est souvent vu comme une sanction qui stigmatise le pays. Cependant, cette mesure pourrait paradoxalement devenir un levier de changement positif en incitant les banques à accepter enfin des réformes structurelles qu’elles ont jusqu’ici bloquées, tout en redonnant à la population un rôle crucial de contrepoids. Dans un contexte où les banques contrôlent de nombreux leviers politiques, cet événement pourrait représenter une rare opportunité pour les Libanais de pousser vers une transformation radicale du secteur financier, malgré les effets négatifs immédiats que la crise actuelle impose aux citoyens.

Des banques au-dessus des lois

Depuis l’effondrement du système financier libanais en 2019, le Liban traverse une crise économique marquée par une dégradation massive des conditions de vie. Cette situation est aggravée par le refus des banques d’assumer leurs responsabilités dans le désastre financier. Elles ont rejeté toute motion de responsabilité, une action qui aurait pu engager leurs actionnaires à absorber une partie des pertes colossales. À la place, elles ont privilégié des stratégies visant à préserver leurs propres intérêts, tout en imposant des pertes considérables aux déposants ordinaires.

Les banques ont ainsi utilisé leur influence sur les élites politiques pour faire échouer des plans de restructuration, notamment le plan Lazard, proposé en 2020 par le cabinet de conseil Lazard en collaboration avec le gouvernement. Ce plan prévoyait une répartition des pertes entre actionnaires et créanciers, afin d’alléger le fardeau pesant sur les citoyens. En mobilisant leur pouvoir de lobbying et leurs liens étroits avec les figures politiques libanaises, les banques ont réussi à bloquer cette initiative en la remettant en question sur plusieurs fronts.

La domination des banques sur le pouvoir politique

Le système bancaire libanais, loin d’être un simple acteur économique, est profondément enraciné dans la sphère politique. En tant que principaux créanciers de l’État, les banques jouent un rôle majeur dans le financement de la dette publique. Cette relation symbiotique entre les banques et les autorités a renforcé le contrôle qu’exerce le secteur bancaire sur les décisions politiques, y compris celles qui impactent directement le bien-être des citoyens. Ce contrôle a permis aux banques de dicter leurs propres conditions au détriment de la population, de retarder des réformes nécessaires et de protéger les intérêts de leurs actionnaires sans assumer la moindre part de responsabilité.

Le placement sur la liste grise : une pression bienvenue

L’inscription du Liban sur la liste grise de la GAFI pourrait cependant exercer une pression internationale qui, combinée à une mobilisation citoyenne, inciterait les banques à céder enfin aux réformes :

  1. Renforcement de la transparence et de la gouvernance financière En étant sous la surveillance de la GAFI, le Liban est contraint de se conformer aux normes de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Cela pourrait imposer aux banques d’adopter de meilleures pratiques de gouvernance et de transparence, ce qui permettrait de limiter leur influence excessive sur le pouvoir politique et de protéger davantage les intérêts des citoyens. Une telle transparence permettrait aussi d’ouvrir les livres des banques à l’examen public, limitant ainsi les pratiques opaques.
  2. Réduction de la corruption et pression pour des réformes Le placement sur la liste grise pourrait imposer des contrôles financiers renforcés, limitant les capacités de lobbying abusif des banques. En effet, pour que le Liban puisse sortir de la liste grise, il devra prouver que ses institutions financières respectent les normes internationales, ce qui encouragerait les banques à revoir leurs pratiques et à réduire leur emprise sur le pouvoir politique.
  3. Soutien financier conditionnel En acceptant les réformes sous la pression de la GAFI, les banques pourraient faciliter l’obtention d’un soutien financier conditionnel de la part d’organismes internationaux comme le FMI. Ce soutien pourrait aider à stabiliser l’économie, mais il reste essentiel que les citoyens s’assurent que ces fonds soient utilisés dans l’intérêt public, et non pour favoriser des politiques qui continueraient à enrichir l’élite bancaire au détriment des déposants.

Les effets négatifs pour les citoyens : des pertes insoutenables

Dans cette crise, ce sont les citoyens libanais qui ont subi les conséquences les plus graves de l’obstination des banques :

  • Perte de valeur des dépôts : Les déposants ont vu leurs fonds sévèrement dépréciés, avec des restrictions drastiques sur les retraits et des taux de change fluctuants, tandis que les actionnaires et dirigeants bancaires bénéficient de protections.
  • Transition vers une économie de cash : En réponse au blocage des réformes, les Libanais se sont tournés vers une économie de cash pour contourner les restrictions bancaires, ce qui a favorisé l’émergence d’un marché parallèle. Ce phénomène met en danger l’économie formelle, tout en limitant les échanges économiques et en accroissant la dépendance aux devises étrangères.
  • Isolement international : Sans réformes, le Liban a perdu la confiance des institutions internationales et des investisseurs, ce qui compromet les perspectives de relance économique et aggrave la crise pour les citoyens.

L’importance de la mobilisation citoyenne

Pour que les réformes imposées par la GAFI se concrétisent, la population libanaise doit continuer à faire pression sur les banques et leurs dirigeants. La crise actuelle a montré qu’un pouvoir bancaire sans contrepoids a des conséquences désastreuses pour la stabilité du pays. Seule une mobilisation citoyenne forte et persistante pourra inciter les banques à assumer leurs responsabilités et à soutenir des réformes essentielles.

Les citoyens doivent également exiger un audit public des pratiques bancaires et renforcer les appels pour que les actionnaires des banques, en particulier ceux qui bénéficient de liens avec le pouvoir politique, assument leur part des pertes. En redoublant de pression, les Libanais peuvent espérer un changement qui permettrait de restaurer la stabilité financière et de ramener la confiance dans le secteur bancaire.

Une occasion de changement

Ainsi, le placement du Liban sur la liste grise de la GAFI, bien qu’il ait des conséquences négatives immédiates, pourrait ouvrir la voie à une transformation positive si les réformes sont enfin mises en œuvre. Face à un secteur bancaire qui exerce une influence démesurée sur la politique, les citoyens jouent un rôle crucial pour exiger des réformes qui, bien qu’elles soient dictées par des pressions internationales, peuvent restaurer une certaine justice et mettre fin à la domination des banques sur le système financier libanais.

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Newsdesk Libnanews
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