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Pressions américaines pour le remplacement du général Haykal : le commandant de l’armée libanaise dénonce les attaques israéliennes et met en garde contre une guerre civile

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Le général Rodolphe Haykal, commandant en chef des Forces armées libanaises depuis le 13 mars 2025, a déclaré le 7 mars 2026 que les frappes israéliennes en cours « entravent directement la mise en œuvre du plan de l’armée » pour le désarmement des groupes armés non étatiques. Cette mise en garde intervient au huitième jour d’une escalade militaire déclenchée le 2 mars par des tirs de roquettes du Hezbollah, présentés comme une riposte à l’assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei le 28 février. Dans un contexte où le gouvernement de Nawaf Salam a ordonné dès le 2 mars l’interdiction totale des activités militaires du mouvement chiite et l’application immédiate du désarmement « par tous les moyens nécessaires », le chef militaire libanais insiste sur la préservation de l’unité nationale et de la cohésion de l’institution armée, soulignant que toute confrontation directe risquerait de provoquer une fracture interne aux conséquences dramatiques pour le Liban.

Parallèlement, des sources diplomatiques à Washington indiquent que l’administration américaine, exaspérée par le rythme jugé trop lent des opérations et par la position jugée trop prudente du général Haykal, envisagerait son remplacement par un commandant plus aligné sur les priorités de désarmement rapide et total. Ils auraient ainsi proposé 3 remplaçants potentiels au commandant de l’armée libanaise. Ces discussions, encore informelles mais récurrentes au sein du Congrès et du Pentagone, s’inscrivent dans une stratégie de conditionnement stricte de l’aide militaire américaine, principal soutien des Forces armées libanaises depuis 2006.

L’escalade actuelle a débuté dans la nuit du 1er au 2 mars 2026. Le Hezbollah a lancé plusieurs roquettes vers le nord d’Israël, dont une interceptée près de Haïfa. Le mouvement a revendiqué cette action comme une vengeance directe liée à la disparition d’Ali Khamenei lors de frappes américano-israéliennes sur l’Iran. En réponse, Tsahal a déclenché une série de bombardements aériens et d’opérations ciblées sur Beyrouth-Sud, la plaine de la Bekaa et le Liban-Sud, causant des dizaines de morts et des destructions supplémentaires selon les bilans du ministère libanais de la Santé. Le général Haykal a précisé que l’armée libanaise opérait dans des conditions « extrêmement difficiles », avec des moyens limités, tout en maintenant comme priorité absolue la protection de la stabilité intérieure face à des pressions internes et externes inédites depuis le cessez-le-feu de novembre 2024.

Le cessez-le-feu de novembre 2024 et l’accumulation des violations documentées

L’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024, négocié sous médiation américaine et française, a mis fin à plus d’un an de confrontations directes entre Israël et le Hezbollah. Ce texte, calqué sur la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU de 2006, impose le retrait des forces israéliennes du sud du Liban, le déploiement exclusif de l’armée libanaise au sud du fleuve Litani et le désarmement complet de toutes les milices non étatiques. Beyrouth s’est engagée à restaurer le monopole étatique sur les armes sur l’ensemble du territoire national.

Depuis cette date, les autorités libanaises ont recensé plus de 6 000 violations israéliennes, selon les rapports transmis au Conseil de sécurité. Israël maintient une présence dans cinq positions jugées stratégiques en territoire libanais et justifie ses frappes par la nécessité d’empêcher toute reconstitution des capacités du Hezbollah. De son côté, le mouvement chiite, dirigé par Naim Qassem, dénonce des « violations systématiques » et refuse toute chronologie imposée pour le désarmement tant que le retrait israélien ne sera pas total derrière la ligne bleue. Ces tensions ont empêché le retour de plus de 200 000 déplacés dans leurs villages frontaliers et compliqué les opérations de reconstruction évaluées à plus de 14 milliards de dollars par les organismes internationaux.

Le gouvernement libanais, présidé par Joseph Aoun – élu le 9 janvier 2025 après avoir commandé l’armée de 2017 à cette date – et dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam, a approuvé le 5 septembre 2025 un plan en cinq phases élaboré par l’état-major. La phase 1, achevée début janvier 2026, a permis le déploiement de plusieurs milliers de soldats au sud du Litani, le contrôle de positions clés, le démantèlement de caches d’armes, de tunnels et d’infrastructures souterraines, ainsi que la saisie de convois de munitions. Le général Haykal avait fixé un calendrier de quatre à huit mois pour la phase 2, couvrant la zone entre le Litani et l’Awali, avant une extension vers la Bekaa et le nord.

Le plan de désarmement confronté à l’escalade du 2 mars et aux réserves du commandant

Présenté au Conseil des ministres le 16 février 2026, ce plan privilégie une approche graduelle : dialogue avec les acteurs locaux, mesures économiques de reconversion et déploiement progressif avant tout recours à la force. Le commandant en chef a détaillé les contraintes opérationnelles lors de la réunion d’urgence du 2 mars : une armée de 80 000 hommes, un matériel majoritairement américain usé par des années de crises, et des soldes mensuelles souvent inférieures à 300 dollars par soldat. Le cabinet a alors déclaré illégales toutes les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah, le réduisant à son seul rôle politique, et ordonné l’application immédiate du plan au nord du Litani.

En séance, le général Haykal a exprimé ses réserves, mettant en garde contre une confrontation qui pourrait fracturer l’institution le long des lignes confessionnelles, comme lors de la guerre civile de 1975-1990. Sa déclaration publique du 7 mars reprend mot pour mot cette ligne : « Le commandement prend ses décisions en fonction des circonstances complexes actuelles, en gardant à l’esprit un objectif principal : préserver le Liban, garantir son unité, et maintenir l’institution militaire. » Ces propos font écho aux analyses internes selon lesquelles une opération musclée dans les bastions chiites du sud et de la Bekaa risquerait des désertions et isolerait l’armée de segments entiers de la population.

Les exigences américaines et l’incident avec le sénateur Lindsey Graham

Les États-Unis, premier contributeur à l’armée libanaise depuis 2006 avec plus de 2,5 milliards de dollars d’aide cumulée, ont durci leur position de manière spectaculaire. Lors de la visite officielle du général Haykal à Washington du 2 au 5 février 2026, à l’invitation des chefs d’état-major interarmées, une réunion avec le sénateur républicain Lindsey Graham a tourné court de manière spectaculaire. Interrogé directement sur la qualification du Hezbollah, le commandant libanais a répondu qu’il ne le considérait pas comme une organisation terroriste « dans le contexte libanais ». Le sénateur a immédiatement mis fin à l’entretien et déclaré sur X : « Ils sont clairement une organisation terroriste. Le Hezbollah a du sang américain sur les mains. » Graham a ajouté que l’armée libanaise ne pouvait plus être considérée comme un « partenaire fiable » tant que cette position prévaudrait.

Cet incident, largement relayé et commenté à Washington, a cristallisé les divergences. Il fait suite à l’annulation d’une précédente visite prévue en novembre 2025, déjà motivée par l’impatience américaine face au manque de progrès visibles. Face à ces blocages répétés et au refus persistant du général Haykal d’adopter une ligne plus offensive, des cercles influents au sein de l’administration et du Congrès évoquent ouvertement la nécessité d’un changement de commandement. Selon des sources diplomatiques, l’objectif serait de nommer un officier supérieur plus réceptif aux exigences de désarmement immédiat et total, afin de débloquer l’aide militaire conditionnée et d’accélérer la phase 2 du plan gouvernemental.

Le président Joseph Aoun a réaffirmé à plusieurs reprises que le désarmement était une priorité nationale tout en soulignant les risques. Dès avril 2025, il avait déclaré : « Nous voulons retirer les armes du Hezbollah, mais nous ne voulons pas allumer une guerre civile. » Le Premier ministre Nawaf Salam a qualifié toute opposition au monopole étatique de « menaces voilées » et insisté sur le caractère souverain de la démarche. Le général Haykal maintient une approche pragmatique, privilégiant la transition négociée et l’intégration possible d’anciens combattants via des programmes de reconversion soutenus par les pays du Golfe et les États-Unis.

Les résistances du Hezbollah et les dynamiques confessionnelles de l’armée

Affaibli par la guerre de 2024 qui lui a coûté plusieurs milliers de combattants et une partie de son arsenal, le Hezbollah conserve une implantation profonde dans les régions chiites. Naim Qassem a répété que les armes du mouvement « ne sont pas négociables » et que toute demande de désarmement servait les intérêts israéliens et américains. Le mouvement exige d’abord le retrait total des cinq points occupés et dénonce les frappes quasi quotidiennes comme une violation systématique du cessez-le-feu.

L’armée libanaise, structurée pour refléter l’équilibre confessionnel du pays, opère sous double contrainte. Au sud, elle conduit des patrouilles conjointes avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), dont le mandat a été renouvelé jusqu’à fin 2026. Elle a déjà saisi des caches et démantelé des tunnels. Mais l’extension au nord se heurte à des résistances politiques et à la crainte d’une fracture interne. Des officiers et soldats issus des communautés chiites pourraient se retrouver en première ligne dans leurs propres régions, un scénario que le commandant Haykal cherche à éviter pour préserver la seule institution nationale unifiée.

Le ministre de la Défense, le général Michel Ménassa, a participé aux discussions internationales, soulignant que l’armée ne pouvait agir seule sans un appui logistique et financier renforcé. Le déploiement au sud du Litani a déjà mobilisé des ressources considérables, avec des patrouilles mixtes qui ont permis des avancées concrètes malgré les incidents frontaliers quotidiens.

Les enjeux économiques et les alternatives de reconversion

La guerre de 2024 et l’escalade actuelle ont aggravé une situation économique déjà critique. Les dommages cumulés dépassent 14 milliards de dollars, avec des besoins de reconstruction estimés à 11 milliards, dont 4,6 milliards pour le seul secteur du logement. Le sud du pays, bastion historique du Hezbollah, reste particulièrement touché. Les partenaires internationaux, États-Unis en tête, prévoient un forum économique associant les pays du Golfe pour proposer des alternatives aux milliers de combattants dépendants des financements iraniens – environ 2 200 dollars par mois contre moins de 300 dollars pour un soldat libanais.

La conférence de Paris du 5 mars 2026 vise précisément à consolider ces soutiens, mais les participants ont conditionné leur engagement à des progrès visibles sur le désarmement. Le plan de l’armée intègre ces dimensions économiques, avec des mesures d’intégration progressive des ex-combattants dans des projets de reconstruction et de développement local.

La situation opérationnelle au 9 mars 2026 et les efforts de déploiement en cours

À ce jour, l’armée a terminé la phase 1 au sud du Litani et poursuit le déploiement dans le cadre de la phase 2. Le cabinet a réitéré l’interdiction de toute activité militaire non étatique et coordonne avec le comité de suivi du cessez-le-feu regroupant États-Unis, France, Nations unies, Liban et Israël. Le général Haykal a multiplié les briefings avec les unités concernées, ordonnant la collecte d’informations, l’installation de postes de contrôle supplémentaires et le maintien d’un dialogue avec les acteurs locaux pour limiter les tensions.

Des opérations ciblées ont permis de nouvelles saisies de munitions et d’armements. Les patrouilles mixtes avec la Finul ont été intensifiées dans les zones sensibles. Le commandant en chef a participé à des réunions techniques à Paris et à Washington, où les questions de soutien logistique et de renforcement capacitaire ont été abordées en échange de résultats vérifiables sur le terrain. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont réaffirmé leur engagement pour un monopole étatique des armes, rappelant que la stabilité au sud exigeait le respect intégral de la résolution 1701 et le retrait israélien complet derrière la ligne bleue.

Dans les régions frontalières, les déploiements se poursuivent malgré les frappes en cours. Les autorités ont signalé des progrès dans le contrôle des axes de circulation et la documentation des infrastructures résiduelles. Le général Rodolphe Haykal continue de diriger les opérations sous contrainte, avec un accent constant sur la cohésion des forces armées dans un environnement régional marqué par l’escalade entre Israël, le Hezbollah et les acteurs iraniens. Les échanges avec les partenaires internationaux se poursuivent, notamment en vue de la mise en œuvre des engagements pris lors de la conférence de Paris, tandis que l’armée maintient ses positions au nord du Litani et adapte quotidiennement ses dispositifs aux évolutions sécuritaires immédiates.

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