jeudi, février 19, 2026

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Quand l’eau coule, l’influence reste: la stratégie française qui s’installe dans les robinets et les hôpitaux

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Paris comme horizon: un rendez-vous fixé, mais déjà fragilisé par le niveau de participation attendu

Le point de départ de la chronologie est Paris, non parce que l’initiative y naît, mais parce que c’est là que doit se matérialiser le soutien sous forme de conférence internationale dédiée à l’armée. Les sources convergent sur une date et sur un enjeu: la réunion de Paris est annoncée pour le 5 mars 2026, avec l’objectif de consolider des aides et des appuis à une institution considérée comme pivot de la stabilité intérieure.  Cette centralité de Paris s’explique aussi par une dimension politique interne à la diplomatie occidentale: la France cherche à rester un acteur incontournable du dossier libanais au moment où d’autres capitales pèsent davantage sur les choix sécuritaires et financiers. Les éléments disponibles indiquent que l’insistance de l’Élysée à maintenir la conférence, même à un niveau de participation annoncé comme “réduit”, répond autant à une logique d’aide qu’à une logique de positionnement, parce que la tenue du rendez-vous empêche symboliquement l’effacement de Paris du dossier.  La conséquence, pour Beyrouth, est nette: le soutien annoncé n’est pas automatique, il se joue sur la crédibilité politique du format et sur l’aptitude de la France à convaincre des partenaires de venir, de promettre et de livrer. Lorsque les signaux laissent entendre que la participation pourrait être limitée et que les “résultats” attendus seraient modestes, le message implicite est qu’un mécanisme de soutien existe, mais qu’il est sous tension, donc qu’il dépend d’éléments de contexte, y compris des décisions libanaises sur les dossiers de souveraineté.

Cette fragilisation apparaît aussi dans la comparaison, évoquée dans les sources, entre les attentes antérieures et l’ambition réaliste du moment. Il est question d’un contraste entre des estimations de besoins et de promesses qui avaient circulé dans le passé, et la perspective d’un résultat désormais moins élevé.  La chronologie se lit alors comme une descente de l’ambition vers le possible: Paris reste l’horizon parce que la France tient à l’événement, mais l’événement est déjà conditionné par l’environnement politique et par les exigences de partenaires qui veulent des preuves et des garanties. Dans cette lecture, la conférence n’est pas une fin en soi. Elle est un point de passage, et ce point de passage peut être soit un succès de crédibilité minimale, soit un rendez-vous qui se tient mais qui sort affaibli, ce qui pèsera ensuite sur la capacité de l’armée à obtenir des renforts matériels durables.

Le Caire comme filtre: la réunion préparatoire du 24 février, ou l’endroit où l’aide se transforme en conditions

La deuxième étape de la chronologie se situe au Caire, car l’architecture prévue passe par une réunion préparatoire organisée le 24 février 2026, présentée comme un moment de cadrage avant Paris.  Les sources décrivent cette réunion comme un rendez-vous de préparation qui doit clarifier la liste des participants, le niveau de représentation et la nature des engagements envisageables. Il ne s’agit pas d’un détail logistique. C’est un filtre politique: c’est au Caire que les partenaires examinent, avec une exigence plus technique, ce qu’ils sont prêts à faire et à annoncer ensuite à Paris. Il est précisé que le format du Caire pourrait être “limité”, avec une participation de moins de dix pays, et qu’en plus du noyau de la commission des cinq, d’autres acteurs européens seraient présents, notamment l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, ainsi qu’un représentant de l’Union européenne.  Cela révèle une réalité simple: Paris est la vitrine, mais Le Caire est la salle des machines. C’est là que se décide si l’on vient pour promettre, pour écouter, ou pour conditionner.

Le Caire sert aussi à clarifier une autre dimension essentielle: le lien entre soutien à l’armée et attentes politiques sur la souveraineté. Les sources relient explicitement la dynamique de préparation de la conférence au dossier de la limitation des armes hors contrôle de l’État, en particulier à l’idée d’une “deuxième phase” de planification au nord du Litani.  Dans cette logique, la réunion du 24 février devient l’endroit où les partenaires évaluent si les décisions libanaises suffisent à produire un récit crédible de “progression” et de “calendrier”. Or, les mêmes éléments indiquent que certaines capitales, et en particulier des positions attribuées aux États-Unis et à l’Arabie saoudite, seraient plus dures dans leur lecture, avec une inquiétude sur le fait que le temps accordé au processus libanais puisse être utilisé par le Hezbollah pour reconstituer des capacités, et sur le fait qu’Israël pourrait refuser tout retrait ou tout apaisement si elle juge la reconstitution en cours.  Le Caire, dans cette perspective, n’est pas un décor diplomatique. C’est le lieu où la conditionnalité s’exprime de manière plus directe, parce qu’on y parle entre États de la crédibilité du partenaire libanais et du coût régional d’un soutien jugé trop indulgent.

Beyrouth comme scène d’épreuve: réunions à l’ambassade d’Égypte, puis à Yarze, et alignement avec la présidence

La troisième étape est Beyrouth, car c’est là que se déroule la séquence la plus visible de la préparation, avec des réunions qui lient directement la commission des cinq au commandement de l’armée et à la présidence. Les sources décrivent une réunion des ambassadeurs de la commission des cinq à Beyrouth, notamment à l’ambassade d’Égypte, suivie d’une dynamique de rencontres qui culminent avec une visite des ambassadeurs au commandant de l’armée, Rudolf Heikal, à Yarze.  Sur la photo politique, le message est double. D’un côté, les partenaires extérieurs reconnaissent l’armée comme interlocuteur central et comme institution à soutenir. De l’autre, ils donnent à voir que ce soutien passe par une lecture du dossier sécuritaire, donc qu’il ne se sépare pas de la question du contrôle des armes et du territoire. Les sources listent les ambassadeurs présents lors de l’échange à Yarze: l’ambassadeur des États-Unis, Michel Issa, l’ambassadeur d’Arabie saoudite, Walid Boukhari, l’ambassadeur du Qatar, Saud ben Abdulrahman Al Thani, l’ambassadeur d’Égypte, Alaa Moussa, et l’ambassadeur de France, Herve Magro.  Cet inventaire a une valeur politique: il montre un noyau où coexistent des logiques différentes, certaines plus orientées vers la sécurité immédiate, d’autres vers la stabilité institutionnelle et la continuité de l’aide.

Dans la même séquence, l’alignement avec la présidence est mis en avant. Le président Joseph Aoun reçoit Rudolf Heikal et discute avec lui des préparatifs de la conférence de soutien, tout en étant informé de la visite du commandant de l’armée en Arabie saoudite et de sa participation à la conférence de Munich sur la sécurité, ce qui inscrit l’armée dans un réseau de contacts régionaux et internationaux.  Sur le plan diplomatique, cela renforce l’idée que l’armée ne se contente pas d’attendre une conférence. Elle cherche à consolider des relais, à crédibiliser ses besoins et à présenter sa vision. Dans les mêmes éléments, Joseph Aoun reçoit aussi la députée française des Français de l’étranger, Emilia Lakrafi, avec une discussion qui inclut explicitement les préparatifs de la conférence de soutien.  Cette articulation présidence–armée–partenaires extérieurs sert un objectif précis: montrer que le soutien à l’armée s’inscrit dans une stratégie d’État, et non dans un tête-à-tête isolé entre militaires et chancelleries.

Le dossier qui structure toute la chronologie: nord du Litani, calendrier implicite et malaise des capitales face à “la méthode libanaise”

La chronologie Paris–Le Caire–Beyrouth n’est lisible que si l’on comprend quel dossier l’organise de bout en bout. Les sources indiquent que les discussions et les attentes des partenaires se concentrent sur la mise en œuvre d’une stratégie liée à la limitation des armes hors contrôle de l’État, avec une phase annoncée au nord du Litani, présentée comme la partie la plus difficile et la plus sensible.  Dans cette architecture, le soutien à l’armée est conçu comme un instrument de capacité, mais aussi comme un instrument de preuve. On soutient l’armée parce qu’elle est vue comme l’institution nationale capable de tenir un territoire, de gérer une zone à haute tension et d’éviter une spirale. Mais on la soutient aussi parce qu’elle permet de vérifier si l’État libanais peut transformer une décision politique en action planifiée, donc en résultats observables. C’est pour cela que les partenaires relient explicitement le lancement de la phase nord du Litani à l’atmosphère de la préparation de la réunion du Caire et de la conférence de Paris.

Le problème, selon les mêmes éléments, est que les partenaires ne lisent pas tous de la même manière la décision libanaise sur le calendrier. Des sources décrivent un malaise, voire un mécontentement, face à ce qui est présenté comme “la solution à la libanaise”, c’est-à-dire une approche qui annonce un horizon de quatre mois et qui pourrait ensuite être prolongée, ce qui est interprété par certains comme une manière de gagner du temps au lieu de produire des résultats rapides et vérifiables.  Cette perception est structurante, car elle impacte directement la logique d’aide. Si une capitale croit que le temps est offert à un acteur armé pour se reconstituer, elle hésite à financer l’environnement qui rend ce temps possible. Si une capitale croit qu’Israël ne se retirera pas ou ne réduira pas ses opérations tant qu’elle perçoit une reconstitution, elle hésite aussi à soutenir une stratégie libanaise qui ne produit pas de “réduction de risque” visible. Dans ce cadre, la chronologie devient une course entre trois horloges: l’horloge libanaise de la mise en œuvre graduelle, l’horloge des partenaires qui veulent des jalons rapides, et l’horloge régionale où la perception israélienne et les tensions autour des négociations entre Washington et Téhéran pèsent sur la nervosité générale.

Ce malaise explique aussi des signaux sur le niveau de participation attendu à Paris. Les sources indiquent que le rendez-vous du 5 mars pourrait se tenir, mais avec un niveau de participation plus faible et des résultats plus modestes que ce qui avait été espéré à un autre moment.  Paris devient alors un test de crédibilité: si le Liban offre un récit trop lent, le soutien s’effrite; si le Liban offre un récit trop brutal, il risque une crise interne et une escalade. Le compromis recherché est un récit d’exécution graduelle mais vérifiable, avec des étapes et des preuves, et c’est précisément ce que les réunions de Beyrouth et du Caire tentent de cadrer avant la vitrine parisienne.

Une diplomatie d’étapes, pas un chèque: ce que la séquence dit du nouveau mode de soutien à l’armée

La chronologie montre une transformation nette du mode d’aide. Les partenaires ne se contentent pas d’annoncer un soutien, puis de le déployer. Ils installent un mécanisme en étapes, où chaque réunion sert à contrôler la cohérence de la suivante. À Beyrouth, les ambassadeurs rencontrent Rudolf Heikal et discutent des préparatifs et des critères, en liant explicitement le soutien à l’idée que renforcer l’armée sert la sécurité et la stabilité dans “la phase actuelle délicate”.  Au Caire, ils cadrent la participation, la représentation et le niveau d’engagement possible, avec un format annoncé comme resserré, et une composition qui associe le noyau de la commission des cinq à des acteurs européens supplémentaires.  À Paris, ils se préparent à afficher ce soutien, mais avec une prudence qui se lit déjà dans la discussion sur la baisse du niveau de participation et sur l’abaissement des attentes.

Cette méthode traduit une attente simple: la cohérence institutionnelle au sommet. Les sources montrent un effort d’alignement entre la présidence et l’armée, avec des échanges entre Joseph Aoun et Rudolf Heikal portant sur les préparatifs, la sécurité et les contacts extérieurs.  Elles montrent aussi la volonté de la France d’ancrer la conférence dans une relation politique plus large, via des contacts parlementaires et diplomatiques, et via une défense du rôle français dans le mécanisme.  Mais elles montrent surtout que le soutien à l’armée est désormais pensé comme une garantie minimale dans un environnement instable, pas comme une solution globale. Autrement dit, l’armée est soutenue parce qu’elle est vue comme la meilleure option disponible pour tenir l’État debout, mais elle est soutenue sous condition parce que les partenaires veulent éviter de financer un statu quo qui ne réduit pas le risque régional.

Dans cette chronologie, Beyrouth est l’endroit où le Liban est observé, Le Caire l’endroit où il est évalué, et Paris l’endroit où il est jugé sur la scène internationale. L’enjeu de la séquence ne se limite pas à des montants. Il touche à la crédibilité d’une stratégie sécuritaire annoncée, à la capacité de l’État à la porter politiquement, et à la capacité de l’armée à la traduire en étapes opérationnelles.

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