Parler aujourd’hui d’augmentation des taxes au Liban revient à demander davantage à une société déjà exsangue.
Or la véritable question n’est pas celle des recettes. Elle est celle des dépenses et de la structure même de l’État.
Depuis 2019, le Liban a connu l’effondrement d’un modèle fondé sur l’endettement, la rente et l’opacité.
Les ménages ont payé. Les déposants ont payé. Les entreprises ont payé.
La monnaie a été pulvérisée et les classes moyennes ont été laminées.
Et pourtant, la réforme structurelle de l’État demeure inachevée.
Avant d’alourdir la pression fiscale, pourquoi ne pas réduire drastiquement le coût d’un appareil public devenu hypertrophié, fragmenté et inefficace ?
Pourquoi ne pas engager une restructuration budgétaire ambitieuse visant à diminuer significativement les dépenses improductives ?
La rationalisation des administrations, la suppression des doublons, la digitalisation des procédures et la fin des recrutements clientélistes constituent des leviers évidents.
La crise libanaise est d’abord une crise de gouvernance.
L’autre pilier incontournable est la lutte réelle contre la corruption. Non pas déclarative, mais institutionnelle.
Cela suppose un dispositif rigoureux : contrôle patrimonial systématique des responsables publics, transparence intégrale des appels d’offres, traçabilité numérique des contrats et sanctions pénales effectives en cas de surfacturation ou de conflit d’intérêts.
Sans mécanismes contraignants, la confiance ne reviendra pas.
Il est également impératif de mener un audit forensic indépendant des ministères ayant concentré les pertes structurelles les plus lourdes, en particulier le ministère de l’Énergie et Électricité du Liban.
Des milliards de dollars ont été engloutis en subventions et en déficits chroniques.
Sans clarification exhaustive des responsabilités passées, aucune crédibilité future n’est possible.
Enfin, la réforme de la justice demeure le socle de toute reconstruction.
L’indépendance effective du pouvoir judiciaire — budgétaire, administrative et sécuritaire — est la condition première d’un État moderne.
Les juges doivent pouvoir instruire et juger sans pression politique ou financière.
Sans État de droit robuste, aucune réforme économique ne peut survivre.
Le Liban n’a pas seulement besoin de nouvelles ressources.
Il a besoin d’un État plus léger, plus transparent, plus contrôlé et plus responsable.
Augmenter les taxes sans réduire les coûts et sans assainir la gouvernance reviendrait à consolider un système que la population a déjà massivement désavoué.
Le redressement passe d’abord par la discipline budgétaire, la transparence et la justice.
C’est là que se joue la restauration de la confiance.
C’est là que se joue l’avenir.
Bernard Raymond Jabre


